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Des réfugiés Rohingyas dans le camp de Kutupalong à Ukhia

Un "emplâtre humanitaire" à 300 millions d'euros pour les Rohingyas

5 min
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A la Une de la presse internationale, les grandes puissances occidentales s'achètent une bonne conscience humanitaire sur le dossier des Rohingyas, les pays d'Europe centrale se divisent sur la réforme Macron du travail détaché, et les larmes d'une veuve de guerre américaine face à Donald Trump.

Des réfugiés Rohingyas dans le camp de Kutupalong à Ukhia
Des réfugiés Rohingyas dans le camp de Kutupalong à Ukhia Crédits : TAUSEEF MUSTAFA - AFP

344 millions de dollars. Est-ce à ce prix que la Communauté internationale s'achète une bonne conscience, face à la crise humanitaire des Rohingyas ?

C'est en tous cas ce que dénonce Simon Petite, du quotidien suisse Le Temps, ce matin. Il revient sur ces promesses de dons, près de 300 millions d'euros, récoltées hier par l'ONU, celle-là même qui parle de la communauté musulmane birmane des Rohingyas, comme victime "d'épuration ethnique", mais dont les Etats membres sont pourtant si réticents à condamner le régime birman soutenu par les chinois.

Alors faute de vraiment s'engager pour enrayer l'exode des Rohingyas, la communauté internationale met la main au porte-feuille: c'est un "emplâtre humanitaire" très loin d'être à la hauteur de la situation, sur le terrain, laquelle a tout l'air d'un "crime contre l'humanité", écrit encore Le Temps.

Pour le reste on devra se contenter de nouvelles menaces, réitérées par les Etats-Unis et dont le Bangkok Post se fait l'écho. Washington exprime en terme très diplomatique sa "vive préoccupation" face au sort des Rohingyas. Dérisoire, c'est vrai, face à la situation de ceux qui fuient et s'entassent dans des camps de réfugiés au Bangladesh. Pour ce qui est des conséquences de cet exode sur la société bangladaise, on lira dans le Dhaka Tribune cet article, plutôt troublant, où l'on nous explique qu'à leur arrivée dans les camps les mères de familles Rohingyas se voient proposer, sinon imposer, un moyen de contraception. 10 000 sont arrivées enceintes et devraient accoucher très prochainement en exil. Les autorités du Bangladesh, débordées par cet afflux démographique, veulent donc contrôler les naissances, mais se heurtent à un refus massif en particulier des hommes Rohingyas.

On trouvera bien peu, dans la presse d'Europe centrale ce matin, d'articles sur la "victoire" d'Emmanuel Macron quant à la réforme des droits des travailleurs détachés en Europe

Bien peu de références en Hongrie comme en Pologne, par exemple, à cette âpre soirée de négociations à Luxembourg qui a finalement débouché sur un compromis plutôt favorable à Emmanuel Macron qui se voulait à la manœuvre sur ce dossier.

Les pays d'Europe centrale, qui fournissent le gros du bataillon de ces travailleurs détachés, saluent avec le ministre tchèque du Travail cité par les Ceske Noviny, le fait que Macron et Merkel "sont revenus à la table des négociations hier avec un texte très adouci, pour parvenir à un compromis". Paris Et Berlin ont lâché du lest, en particulier sur le secteur cher aux Polonais, Hongrois et Tccèques, celui des transports, des chauffeurs routiers. La réforme du travail détaché y est repoussée à de futures discussions spécifiques. Les Tchèques s'en sont contentés, ils ont approuvé, finalement "l'accord Macron"... et c'est bien ce qui leur reprochent les hongrois et les polonais qui eux ont persisté à voter contre. Macron a créé une ligne de fracture dans le bloc de l'Est européen, regrettée par la ministre du travail Polonaise sur le site d'info Interia Facty. La ministre s'y dit "déçue" par le manque d'unité affiché par le groupe de Visegrad, lequel est censé incarner l'alliance des 4 voisins orientaux de l'Allemagne.

Les larmes d'une veuve de guerre, en Une de la presse américaine

Les larmes de Mieshya Johnson, jeune afro-américaine, mère de deux enfants, enceinte d'un troisième. Jusque-là, elle pleurait la mort de son mari, le sergent La David Johnson, soldat tué en mission au début du mois au Niger. Mais ses larmes, désormais, sont contre Donald Trump. Le New York Times nous rappelle les faits: quand il l'a appelée pour lui annoncer la mort de son mari et lui présenter ses condoléances, c'est la tradition, le président américain avait, selon la jeune femme, un ton absent.

Il a oublié, puis balbutié, le nom du sergent tué, et il a dit à sa veuve qu'après tout, "son mari savait bien ce pour quoi il avait signé".

Cela fait une semaine que l'indignation monte, aux Etats-Unis. Elle a encore été ravivée, hier par le témoignage en direct sur la chaîne ABC de Mieshya Johnson. Ce qui choque, c'est l'arrogance de Trump qui sur Twitter s'enferre dans ses mensonges, et comme l'écrit le Washington Post, dans son refus de présenter des excuses à qui que ce soit.

Et puis, tout ça, bien sûr arrive, ou plutôt revient... dans un contexte bien particulier: cette mission, au Niger, où les 4 soldats américains sont tombés dans une embuscade demeure très opaque. La plupart des américains, en fait, ont découvert à cette occasion que des Marines étaient engagés au sol, au Sahel, et Trump, nous rappelle le Washington Post , n'a pas du tout communiqué sur l'affaire avant d'y être sommé par la presse 12 jours après les faits. La veuve Johnson, elle, demande qu'on lui donne des détails sur les 48 dernières heures de la vie son mari, et c'est ça, aussi, qui complique la communication de la Maison Blanche.

Des larmes, au rire, enfin, le satiriste du New Yorker, Andy Borowitz a décidé de s'amuser de cette polémique: il cite un faux Trump qui se vante sur Twitter d'être le plus courageux des présidents américains, celui qui s'attaque enfin à la vraie menace qui plane sur l'Amérique, celle des veuves de guerre! "Oubliez l'Iran, la Chine et Little Rocket Man", fait dire Borowitz à Trump. "Moi, j'ai combattu pied à pied cette veuve de guerre, j'ai contesté sa version des faits et j'ai refusé de la soutenir dans son deuil. Ça c'est de l'héroïsme!"

Heureusement encore que ce n'est que de la satire...

Une revue de presse présentée par Camille Magnard

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