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Un jour sans fin.

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la réponse des autorités israéliennes aux lanceurs de pierres palestiniens, la guerre en Syrie, la responsabilité de l’Occident dans la crise migratoire et la jungle de Calais.
Un jour sans fin
Après trois jours de violences, sur le site très sensible de l'esplanade des Mosquées à Jérusalem, le Premier Ministre Benyamin Netanyahoua "déclaré la guerre", hier, aux lanceurs de pierres. Le gouvernement propose un nouveau durcissement de la répression, comme une nouvelle peine minimum et des amendes plus lourdes pour les parents de délinquants mineurs. Le chef du gouvernement aurait également demandé à ce que la police soit bientôt autorisée à tirer sur les Palestiniens au fusil d'assaut. Enfin les autorités ont également demandé au procureur général de déployer des snipers pour viser les attaquants, rapporte ISRAEL NATIONAL NEWS.

Autant de remèdes qui ne feront qu’aggraver le phénomène, estime pour sa part le journal de gauche HA'ARETZ. Et pourquoi ? Parce que les événements de ces derniers jours ne sont que l’énième réplique d’une longue série, voire la répétition d’un même épisode, qui résume à lui seul tout le conflit israélo-palestinien. Les affrontements autour du mont du Temple peuvent sembler chaotiques, sauf qu'en réalité ils se produisent toujours selon le même scénario : des pierres, des grenades assourdissantes, des Palestiniens qui se barricadent dans la mosquée et les autorités qui promettent toujours plus de répression pour que cela ne se reproduise plus.

En d'autres termes et même si, concède toujours le journal HA’ARETZ cité par le Courrier International, il est sans doute difficile de réinventer la roue après tant d’années passées à combattre le phénomène, les autorités semblent surtout à cours de solutions. Comme d’habitude, dit-il, elles proposent de faciliter la possibilité de faire feu sur les lanceurs de pierres. Une réponse dont il est pourtant permis de penser qu’elle n’est pas adaptée. Car l’expérience a montré que la combinaison de victimes, de funérailles et de manifestations supplémentaires a une conséquence certaine : des troubles plus graves et plus longs encore que ce qui les a précédés. Ou dit autrement, selon le journal de Munich SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, même s'il s'agit là des incidents les plus graves que la ville ait connus depuis longtemps, les provocations de part et d'autre sont incessantes. Ou quand cette nouvelle année débute, une nouvelle fois, sous de sombres auspices.

Un autre jour sans fin à la Une de la presse, en Syrie, cette fois-ci.
Pendant que la Syrie se vide, écrit le WASHINGTON POST, les chiffres sont sans équivoque (en tout, ils sont quatre millions à avoir fui la guerre), au-delà des réfugiés, beaucoup de familles restent sur place, souvent des femmes et des enfants dont les maris sont partis chercher une terre d’asile. Et pour les survivants, le quotidien est un véritable enfer, écrit THE NEW YORK TIMES. Lundi dernier, des frappes aériennes ont fait 122 morts, lors d’une attaque contre un marché. Et là aussi les chiffres sont terrifiants : plus de 80% des membres des habitants de ce quartier de Damas auraient déjà fui. Il faut dire que ce quartier pauvre n’a pas été frappé par hasard, par l’armée de Bachar el-Assad, puisqu'il a été l’un des touts premiers à se soulever contre le gouvernement.

Mais ce ne sont pas que les bombardements, qui affectent aujourd'hui le quotidien surréaliste décrit par la fraction de résidents vivant encore dans ce quartier : il faut encore faire ses courses dans des rues à moitié détruites, enlever ses ordures, s’occuper des morts, dépendre de tunnels et de contrebandiers pour les produits de la vie quotidienne. Et même quand la vie devient insupportable, les habitants tentés par la fuite doivent encore passer entre les mailles du filet des trafiquants et du gouvernement.

Et puis la guerre en Syrie nous ramène évidemment, une fois de plus, ce matin, à la crise migratoire encore très largement commentée dans les journaux.
En suivant la politique étrangère qui a été la sienne ces dernières années, l'Union Européenne a contribué à provoquer la crise actuelle des réfugiés, déplore notamment le quotidien croate JUTARNJI LIST. Nous n'avons rien fait, dit-il, lorsque des membres de notre propre Union ont déclenché les catastrophes en Irak et en Libye. Notre Europe a trahi et humilié le Kurdistan, dont on attend aujourd'hui qu'il nous protège de Daech Notre Europe et les Etats-Unis ont dévasté la Palestine et fait le lit du terrorisme. Et pendant des années, les dirigeants européens et américains ont également mal interprété ou ignoré les signaux préoccupants en provenance de Syrie. Or si les leaders politiques avaient su, il y a 4 ans, regarder et écouter réellement, combien de souffrances aurait-on pu éviter, interroge son confrère italien AVVENIRE ? Et d'en conclure, ceux qui nous parlent aujourd'hui d'exil, d'exode et de tragédie sont les mêmes qui nous contaient à l'époque l'histoire du "printemps arabe".

Enfin un dernier jour sans fin, ce matin, dans la « jungle » de Calais.
Il faut être là quand le jour s’estompe. Quand, garés le long des hauts grillages qui font du port de Calais une sorte de Guantanamo à ciel ouvert pour des milliers de camions, quelques poids lourds d’Europe de l’est profitent de la nuit tombée pour ouvrir leurs remorques aux clandestins, une liasse d'euros vite échangés. La «jungle» est le théâtre d’un combat ingagnable, écrit ce matin le correspondant du TEMPS de Genève. D'un côté, un va-et-vient louche de passeurs, de chauffeurs corrompus et de flics plus observateurs qu’acteurs. Et de l'autre, sans doute cinq à six mille migrants, échoués, accolés comme une plaie purulente au Centre d’accueil Jules Ferry. Symbolique retour de l'Histoire, Ferry, le chantre de la colonisation au XIXe siècle, rime ici avec une République civilisatrice désormais aux abonnés absents. Dans les dunes, la nuée de tentes bruisse de paroles, de cris et de larmes. A présent, il fait nuit et si les projecteurs n’inondaient pas de lumière le port, on se croirait dans un camp de déplacés au bout du monde. Une autre nuit, elle aussi, sans fin.

Par Thomas CLUZEL

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