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Bustes en cire des 4 candidats aux législatives espagnoles

Un penchant suicidaire

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : dernier jour de campagne pour les législatives en Espagne, alors que les conservateurs, talonnés par la coalition de gauche Unidos Podemos, sont éclaboussés par un nouveau scandale.

Bustes en cire des 4 candidats aux législatives espagnoles
Bustes en cire des 4 candidats aux législatives espagnoles Crédits : Andrea Comas

De l’équation à plusieurs inconnues, aux scénarios possibles du jour d’après, en passant par les messages de peur ou d'espoir, c'est selon. Sans oublier le sempiternel débat sur les dysfonctionnements du système. Pour peu qu'on y ajoute encore une citation de l'auteur national : "entre le oui et le non d'une femme, il n'y a guère de place pour une épingle" et vous vous dites, très certainement, qu'il est une nouvelle fois question ici d'en être ou de ne pas en être. Et pourtant, telle n'est pas la question puisque nous ne sommes pas là au pays de Shakespeare mais au Royaume de l'autre grande figure de la littérature mondiale, dont on célèbre également cette année le 400ème anniversaire de la disparition, j'ai nommé Cervantes.

Reste qu'une question commune demeure : l’abîme au bord duquel se trouve aujourd’hui la société britannique est-il révélateur des pulsions autodestructrices que ressentent les démocraties occidentales gâtées ? s'interroge le quotidien conservateur ABC. Car de la même manière que le parti eurosceptique UKIP a changé la donne au Royaume-Uni en jouant les trouble fêtes parmi les Conservateurs et les Travaillistes, en Espagne, l’arrivée de deux nouveaux partis, fruits de la crise économique et des frustrations sociales (les centristes de Ciudadanos d'un côté et les radicaux de Podemos de l'autre), a également tout bouleversé. Jusqu’à un passé très récent, l’Espagne était une sorte d'anticyclone politique, note LE TEMPS de Lausanne, un pays dominé par un numéro de duettiste avec d’une part le Parti Populaire (le PP, balayant presque toute la droite) et d'autre part le Parti Socialiste (le PSOE, raflant le centre et la gauche, sauf son versant communiste). Et c'est ainsi que lorsque l’un était au pouvoir, l’autre dirigeait l’opposition à sa guise. Mais aussi lorsque l’un n’obtenait pas la majorité absolue, il passait une confortable alliance avec les nationalistes (basques ou catalans) en échange de contreparties dans leurs territoires respectifs. Sauf qu'aujourd'hui le vote s’est fragmenté. Parallèlement, chaque formation a renforcé son identité, auprès de son électorat, en traçant des lignes rouges. Résultat : chacun campe désormais sur ses positions et tout le système s'en trouve bloqué.

Ce faisant, cette nouvelle configuration a accouché d’un paradoxe, en Espagne : avec le passage de deux à quatre partis dominants, le nouveau parlement est, certes, davantage démocratique. Mais l’incapacité à sceller des alliances accentue la lassitude et la sensation d’incompétence de la classe politique. Ce week-end, les Espagnols vont retourner aux urnes pour la seconde fois, en 6 mois. Avec l’espoir de voir émerger, enfin, une majorité dans un paysage politique bouleversé. Or d'ores et déjà une question se pose : un troisième scrutin consécutif sera-t-il nécessaire ? Dans les talk-shows politiques, au gré des réseaux sociaux ou à longueur d’analyses, publiées dans la presse par des commentateurs chevronnés, l’hypothèse fait florès : et si, au terme des législatives nationales de ce dimanche, les résultats étaient une nouvelle fois confus, ne permettant pas une majorité claire, et obligeaient à convoquer une troisième fois les Espagnols aux urnes en moins d’un an ? Il ne s'agit là, évidemment, que d'une hypothèse, mais l’évocation même de ce scénario en dit long sur la très instable situation politique et sur le sentiment, dominant, de vivre dans un pays difficilement gouvernable.

Sans compter qu'en Espagne (comme au Royaume-Uni, d’ailleurs), la campagne a tourné à la guerre de coups bas. A moins d’une semaine du scrutin, les opposants et rivaux conservateurs du leader socialiste l'ont notamment accusé de flagrant délit de racisme. En cause, une vidéo mise en ligne sur Twitter. On y voit Sanchez en campagne dans les rues de Madrid, s’essuyer les mains après avoir salué une femme et deux enfants noirs. Et la droite espagnole n’est pas la seule à avoir saisi l’occasion de tirer sur le leader du parti socialiste, note le site d'ARRET SUR IMAGES. Plusieurs soutiens de Podemos, aussi, se sont empressés d'épingler Sanchez. Même si les cadres du front des gauches alternatives n’ont pas directement commenté cette vidéo, en revanche note EL PAIS, plusieurs relais non-officiels de Podemos sur les réseaux sociaux, eux, ne s’en sont pas privés.

Autre polémique, quelques jours plus tôt à peine, le leader du parti de gauche Podemos, Pablo Iglesias, a surpris en déclarant sur les ondes de la radio CADENA SER, que José Luis Zapatero avait été le meilleur Premier ministre depuis la fin du franquisme. Une récupération qui relève de la plus pure stratégie électorale, selon LA VANGUARDIA. Quoi qu'il en soit, la stupeur et l’indignation ont frappé les socialistes, persuadés que Podemos essaye ainsi de semer la division entre les militants et surtout entre les électeurs, remarque EL PAIS. « C’est un exemple de l’hypocrisie d’Iglesias, qui dit tout et son contraire. Lui qui a été le plus critique envers le gouvernement de Zapatero, sa réforme du travail mais aussi de l’article qui encadre strictement les dépenses publiques, dit maintenant qu’il le considère comme le meilleur Premier ministre. C’est un hypocrite de compétition », a notamment commenté, le coordinateur de la campagne socialiste.

Enfin dernière affaire en date, mardi, le site d'information PUBLICO a révélé que le ministre de l'Intérieur du gouvernement espagnol avait fabriqué de fausses preuves de corruption contre plusieurs responsables catalans. Sur un enregistrement, on entend distinctement le ministre en discussion avec le directeur de l'office antifraude de Catalogne, demander à son "complice" de trouver des informations tendant à discréditer les dirigeants indépendantistes, avant le référendum de 2014. D'où le titre du quotidien catalan ARA : une guerre sale à découvert. Difficile, en effet, de penser à autre chose qu'à une manœuvre du pouvoir central, dans le but de salir des indépendantistes, avec lesquels le gouvernement espagnol n'a jamais souhaité dialoguer. D'autant que, toujours dans l'enregistrement, le ministre de l'intérieur assure que le président du gouvernement (Mariano Rajoy) est au courant. Autant dire que le Parti Populaire se serait bien passé de ce scandale, à trois jours seulement des élections législatives, lui qui était en tête, jusqu'à présent dans les sondages.

Par Thomas CLUZEL

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