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Une chanson pour Erdoğan

Une chanson pour Erdoğan

4 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : l'Union européenne critique la convocation de l'ambassadeur d'Allemagne en Turquie par les autorités d'Ankara, mécontentes d'une émission satirique allemande se moquant du président turc Erdoğan.

Une chanson pour Erdoğan
Une chanson pour Erdoğan Crédits : YouTube/NDR/extra 3

"Erdowie, Erdowo, Erdogan". Cette chanson au titre moqueur a été diffusée pour la première fois le 17 mars dernier dans une émission satirique, sur la chaîne publique allemande NDR. Et figurez-vous, que ce clip d'à peine 2 minutes n'a pas fait rire ni même sourire le président turc, lequel a donc convié la semaine dernière l'ambassadeur d'Allemagne pour l'enjoindre à supprimer la dite vidéo. Il faut dire que la chanson n'est pas particulièrement tendre avec le chef de l'Etat. Elle dénonce son exercice autocratique du pouvoir, en particulier, les atteintes à la liberté de la presse. Elle critique aussi les dépenses pharaoniques engagées par le président pour la construction de son luxueux palais près d'Ankara.

Sauf qu'en réagissant violemment à cette satire, avec la convocation de l'Ambassadeur d'Allemagne (un geste diplomatique relativement fort), non seulement le président Erdoğan n'a fait qu'aggraver un peu plus encore son image, note le journal de Vienne KURIER, mais il a lui-même prouvé, dans le même temps, le bien-fondé de la satire. Même analyse pour DIE WELT, lequel estime que la réaction exagérée d'Erdoğan montre deux choses : que la chanson satirique tape, en effet, malheureusement dans le mille. Le chef de l’État se rêve désormais intouchable et ne réagit plus que de manière hystérique. Mais cette chanson prouve aussi que ce président est vraiment à des kilomètres des standards européens en matière de liberté de la presse. En clair, pour lui, liberté de la presse égale outrage à la présidence.

Et d'ailleurs, précise aussitôt son confrère DIE TAGESZEITUNG, cette histoire de satire est presque insignifiante, en réalité, à côté des critiques adressées à l'Ambassadeur d'Allemagne concernant cette fois-ci sa présence et celle de plusieurs autres diplomates de pays européens, au procès de deux journalistes, farouches adversaires du régime. Accusés d'espionnage, ils risquent aujourd'hui la prison à vie pour un article mettant en cause le régime turc dans des livraisons d'armes à des rebelles islamistes en Syrie. Leur procès, qui a été interrompu dès le jour de son ouverture, vendredi dernier, doit reprendre demain. Or pour monsieur Erdoğan, les accusés sont ni plus ni moins que des terroristes qui veulent le renverser. Autrement dit, pour le président turc, écrit toujours le TAZ, le fait que des diplomates occidentaux assistent à ce procès signifie que ces diplomates soutiennent, eux même, ouvertement, une organisation terroriste.

Hier l'Union Européenne a réagit pour critiquer la convocation de l'Ambassadeur d'Allemagne.

La porte-parole de la Commission européenne a jugé devant la presse que cette initiative éloignait davantage la Turquie de l'UE qu'elle ne l'en rapprochait. Reste que cette crise, rappelle le site SWISSINFO, intervient alors que Bruxelles et Berlin ont multiplié, depuis l'automne, les rencontres avec les autorités turques dans l'espoir de trouver une solution à la crise des réfugiés. Le 18 mars dernier, les Européens ont même conclu un accord avec le gouvernement turc, en dépit des critiques et des inquiétudes sur le respect des droits de l'Homme en Turquie.

Et voilà pourquoi, même si la chancelière Angela Merkel et d’autres politiques européens se retrouvent aujourd'hui à devoir faire le grand écart entre la nécessité de préserver le partenaire turc d’un côté, et l’obligation de ne pas trahir leurs propres valeurs de l’autre, il convient de rappeler que ces valeurs sont universelles et non négociables, peut on lire sur le site du SPIEGEL. Le gouvernement allemand doit le faire savoir clairement et en toute transparence. Et d'ailleurs, à travers ce cas concret, l'occasion lui est justement donnée de s’engager en faveur de la liberté d’opinion et d'appeler la Turquie à respecter ces valeurs. Sinon, il s’exposera au soupçon de vouloir étouffer l’affaire, dans le seul but de ménager les sensibilités d’Erdoğan et l’accord sur les réfugiés. Même analyse pour son confrère KURIER : D’un côté Erdoğan doit comprendre que l’on ne peut étouffer les blagues et la critique dans les pays libres. Et de l’autre, l’Europe doit se demander à qui elle délègue certains pans de sa politique actuelle.

Pour sa part, la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG rappelle que depuis toujours, en réalité, les puissants de ce monde et les religieux fanatiques ont tenté de faire passer cette forme d'humour qu'est la satire pour un crime de lèse majesté et un blasphème. Que ce soit en Russie, en Chine, en Iran, en Égypte et même en France, dit-il, il ne fait pas bon aujourd'hui d'être drôle. Et pourtant, insiste le journal, l'arme désarmante de l'humour doit être plus que jamais défendue.

En réaction, des partisans de Recep Tayyip Erdoğan ont, eux, créé le mot-dièse #WeLoveErdogan pour soutenir leur héros. Ce hashtag relayé notamment par plusieurs ministres turcs et membres du parti au pouvoir a été propulsé mardi parmi les sujets "les plus tendance" sur Twitter. Des adeptes ont également mis en ligne plusieurs photos : Erdoğan embrassant des enfants ou bien encore Erdoğan jouant au football. Sauf que cette campagne a rapidement laissé place à la polémique. Les partisans du chef de l’État ont en effet accusé Twitter de censure, quand le mot-dièse a disparu de la liste des plus tendance. Dès-lors, un nouveau mot-dièse #TwitterCensoredErdogan a fait son apparition. De son côté, Twitter n'a pas voulu réagir dans l'immédiat à cette polémique.

Par Thomas CLUZEL

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