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Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis

Une issue à l'image de la campagne : affligeante

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche suscite stupeur et inquiétude.

Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis
Donald Trump, 45ème président des Etats-Unis Crédits : MANDEL NGAN - AFP

Si tous les 4 ans, il est de coutume de qualifier la campagne électorale américaine de pire de tous les temps, celle-ci, n'aura pas fait exception à la règle. Bien au contraire. Quand, récemment, un chroniqueur du WASHINGTON POST décrivait ainsi son calvaire lors de cette course à la Maison Blanche, la plus abyssale de ma vie, l'autre grand quotidien américain, THE NEW YORK TIMES, n'avait pas de mots assez durs, lui non plus, pour résumer ce que venaient de vivre pendant plusieurs mois les États-Unis : pitoyable, moche et décourageant. Autant dire qu'hier encore, la presse américaine se félicitait à l'idée de sortir, enfin, de ce long tunnel. Partout, l'atmosphère aurait pu se résumer à ces quelques mots de l'agence de presse américaine AP : Adieu la campagne 2016 et bon débarras.

Retrouvez notre dossier : Donald Trump, les enjeux d'une présidence américaine

Sauf qu'au vu des résultats, même encore partiels qui nous arrivent ce matin de l'autre côté de l'Atlantique, force est de constater que c'est encore la déprime qui suinte. Le cauchemar que fut cette campagne pour certains médias ne prendra, sans doute, pas fin aujourd'hui comme par magie. Si vous pensez que cette élection a été moche, les quatre prochaines années seront bien pires, lance notamment THE SEATTLE TIMES.

La journée avait pourtant commencé plutôt calmement, aux États-Unis. Et puis, à partir de 21 heures, heure locale, le choc. Une sérieuse tension a commencé à se faire ressentir. Une heure plus tard, THE NEW YORK TIMES donnait même Trump gagnant à 59%. Cette perspective a aussitôt fait chuter les marchés. Soudain, au cœur de la nuit électorale américaine, la perspective est devenue possible : Donald Trump, 45ème président des États-Unis.

Et d'ailleurs, quand bien même dans un ultime sursaut Hillary Clinton parviendrait à l'emporter au finish, la sensation de soulagement ne serait que de bien courte durée, peut-on lire dans les colonnes du magazine FOREIGN POLICY, repéré par le Courrier International. A présent et peu importe finalement l'issue du vote, il sera désormais difficile de se débarrasser de cette impression tenace que, décidément, quelque chose ne tourne plus rond en Amérique.

Comment en est-on arrivé là ? Et à qui la faute ? On peut, comme le fait d'ailleurs THE NEW YORK TIMES, contempler la catastrophe qui se profile à l'horizon et blâmer la campagne et l’attitude de Donald Trump. Mais qu'a-t-on fait pour l'arrêter, s'agace aussitôt son confrère THE DENVER POST ? Les Américains auront eu à choisir entre deux des candidats les plus nases, peut-être de l'histoire.

On peut aussi, comme le suggère cette fois-ci la radio publique américaine NPR, se regarder dans le miroir et se rendre compte que tout ceci est, peut-être, un peu la faute également des citoyens américains, plus polarisés que jamais. Le compromis est aujourd'hui devenu un gros mot aux États-Unis. Ou dit autrement, commente THE WASHINGTON POST, si Trump existe c’est à cause de nos profondes divisions à la fois politiques, raciales, de classe et de genre.

Quoi qu’il arrive et c’est désormais plus sûr que jamais, les Américains se réveilleront, ce matin, dans un pays déchiré, prévient de son côté LA PRESSE canadienne. Et gardons nous, d'ailleurs, de croire que cette ligne de fracture se limite au seul clivage républicains / démocrates. Car les deux grands partis sont en réalité, eux aussi, minés par des divisions internes, des fractions importantes qui tirent les deux partis vers les extrémités du spectre. Une tendance qui rendra, évidemment, encore plus difficile à l'avenir la recherche d'un compromis au centre.

D'où cette question, soulevée par le quotidien suédois AFTONBLADET : Trump et les siens n'ont-ils pas été portés dans leur ascension par leurs adversaires les plus farouches à gauche ? Bien sûr, il serait exagéré de dire que la gauche a créé Donald Trump. En revanche, une chose est sûre : le populisme, lui, grandit à mesure que la gauche (ou du moins celle qui se revendique comme telle) devient un projet élitiste, qui ne représente plus ni les travailleurs, ni les chômeurs, jusqu'à en oublier des groupes entiers. C'est ainsi que naissent les peurs et que les mensonges peuvent prospérer sans garde-fou.

A ce titre, d'ailleurs, le quotidien suisse LE TEMPS relève, lui, ce paradoxe : même si la chose n'est que trop rarement rappelée, le populisme est d’abord de gauche (le concept de lutte des classes y correspondant exactement). Sauf que le mot n’avait pas cours à l'époque. Et c'est ainsi qu'il est apparu plus tard, pour désigner des mouvements de droite (voire d’extrême droite), lorsque ceux-ci ont entrepris de relayer les préoccupations des classes inférieures ou moyennes, non prises en compte par les gens au pouvoir. Or à bien des égards, reprend THE WASHINGTON POST, Trump et ses sympathisants incarnent ce rejet des élites. Les gens qui se sentent laissés pour compte, ignorés, se sont trouvés un champion en lui, même si (autre paradoxe) Trump n'est au fond rien d'autre lui-même qu'un pur produit de l’establishment médiatique new-yorkais.

Enfin l'homme, tout comme le phénomène politique, soulève une question épineuse : si Trump est, sans conteste, la plus parfaite incarnation de la politique spectacle (à la fois vulgaire et hypnotique), s'il a réussit à modifier la parole politique et accentuer les clivages dans un pays déjà polarisé, s'agit-il pour autant d'un phénomène passager ? Ou dit autrement, selon le journal de Washington : Trump a-t-il changé les États-Unis ou bien les a-t-il seulement révélés sous leur jour véritable ?

Toujours est-il que ce qui reste aujourd'hui, conclue le quotidien italien AVVENIRE, c'est le tableau désolant que donne à voir la plus ancienne démocratie de l’époque contemporaine. Il y a quelques jours, le journal de Floride MIAMI HERALD écrivait : si cette élection présidentielle était un vol commercial, on aurait tous des sacs à vomi sur les genoux. Et ce matin, les sacs semblent déjà bien remplis.

Par Thomas CLUZEL

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