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Benoît Hamon et Manuel Valls

Une nouvelle gauche socialiste est-elle en train de naître ?

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : L'outsider Benoît Hamon est arrivé en tête, à l'issue du premier tour de la primaire socialiste, devant Manuel Valls. Le duel du second tour s’annonce déjà comme le choc de deux gauches.

Benoît Hamon et Manuel Valls
Benoît Hamon et Manuel Valls Crédits : JOEL SAGET - AFP

Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce premier tour de la primaire socialiste était scruté de près à l’étranger. Tout d'abord, parce que la presse internationale a bien saisi l'enjeu national de ce scrutin, résumé ainsi par le quotidien EL PAIS : la gauche française y joue ni plus ni moins sa survie. Et puis si cette élection intéresse tout particulièrement nos voisins, c'est également parce qu’elle constitue un baromètre du mécontentement des peuples européens. Or à ce jeu-là, précise pour sa part THE NEW YORK TIMES, aucun parti ne se trouve aujourd'hui plus en disgrâce que les socialistes au pouvoir.

Premier enseignement, le vote d'hier constituerait un tir de sommation de la part des électeurs qui, à l'évidence, veulent rompre désormais avec les options défendues par la gauche de gouvernement, version François Hollande, note LE TEMPS. En 2011, l'actuel président avait fait en partie campagne contre la finance mais aussi pour une réindustrialisation guidée par la puissance publique, avant de se ranger aux compromis économiques indispensables, écrit l'éditorialiste, pour permettre aux entreprises de retrouver le chemin de leur compétitivité perdue. Au final, le désaveu du Hollandisme, distillé par cette primaire, est patent. Comme si une majorité d'électeurs de gauche souhaitaient oublier non seulement, ce quinquennat d'espoirs déçus, mais aussi les contraintes imposées par l'exercice difficile du pouvoir, dans un pays corseté par ses difficultés à la fois économiques, budgétaires et sociales. A ce titre, le résultat d'hier est donc on ne peut plus clair : c'est bien le candidat le plus marqué à gauche de cette compétition, Benoît Hamon, qui est sorti en tête, face au candidat incarnant le mieux le pouvoir sortant, Manuel Valls.

Et quand on dit le plus marqué à gauche, s'agissant de Benoît Hamon, c'est presque un euphémisme à en croire la presse internationale. THE GUARDIAN parle ce matin de Jeremy Corbyn à la française, en version beaucoup plus jeune ; LA REPUBBLICA évoque pour sa part une gauche radicale et utopiste ; un candidat d'extrême gauche écrit de son côté THE TIMES ; un populiste renchérit THE ECONOMIST. Quant au très conservateur DAILY TELEGRAPH, la surprise créée hier par Benoît Hamon est surtout pour lui l'occasion de moquer tout à la fois sa proposition de revenu universel, sa promesse de légaliser le cannabis ou bien encore sa suggestion de taxer les robots pour compenser les pertes d’emploi liées à ces machines. Une idée qualifiée de blague par l'éditorialiste qui, lui-même, ironise : Hamon a oublié de préciser si les robots devraient aussi respecter les 35 heures. Enfin THE FINANCIAL TIMES semble, lui, désolé de ce résultat qui inflige un coup à Manuel Valls et va probablement intensifier un peu plus encore, dit-il, les divisions au sein du Parti autour du tournant pro-business du président François Hollande.

Bref, à l'issue de ce premier tour, difficile de ne pas sentir le vent de l'implosion socialiste, écrit à nouveau LE TEMPS, ce que confirme aussi, d'ailleurs, le très mauvais score de Vincent Peillon. D'où cette question : L'élection présidentielle de 2017 était-elle vraiment l'enjeu de cette primaire organisée par le Parti socialiste français, pour tirer le bilan du quinquennat de François Hollande ? A voir les résultats de ce premier tour et la nette victoire de Benoît Hamon, la réponse est plutôt non. Ce n'est pas un candidat pour accéder à l'Elysée en mai 2017 que la majorité des votants ont désigné, mais davantage un avocat à la fois humble et courageux de nouvelles idées et d'une approche aussi différente que controversée de notre société future. Bien sûr, sans doute l'idée d'une gauche encore capable de réinventer et de réenchanter le monde en est-elle sortie vivifiée. Mais après ? Peut-on penser que Benoît Hamon, à l'issue d'une bonne campagne, a véritablement des chances de s'imposer lors de la présidentielle ? Selon l'éditorialiste, l'hypothèse semble pour l'heure irréaliste, dit-il, face aux adversaires issus du même camp politique et a priori bien mieux ancrés que sont Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron.

C'est là l'autre enseignement de ce premier tour, renchérit le magazine SLATE. Désormais, les véritables clivages à gauche sont en réalité entre Emmanuel Macron d'un côté, héritier d'un social-libéralisme et le populisme néo-gaullien de Jean-Luc Mélenchon de l'autre. Et au fond, que disent aujourd'hui les électeurs de Benoît Hamon ? Qu’ils voteront Jean-Luc Mélenchon et pour son programme «éco-socialiste» si c’est Manuel Valls qui remporte la primaire. Et que répondent les soutiens de Manuel Valls ? Qu’ils iront chez Emmanuel Macron pour défendre le bilan du quinquennat si c’est Benoît Hamon qui devient le candidat du Parti Socialiste en 2017. En d'autres termes, note à son tour LA REPUBBLICA, à l'issue du deuxième tour dimanche prochain, pour celui qui sortira vainqueur de ce duel, il ne faudra pas oublier que ses adversaires les plus redoutables sont restés en dehors de cette élection.

Quant au journal hongrois MAGYAR IDOK, son analyse va encore plus loin. Selon lui, vu la situation politique actuelle, on peut supposer qu'aucun candidat affilié à un parti de gauche ne parviendra à l'Elysée. C'est pourquoi ni le futur candidat du PS, ni l'ex-ministre de l'Economie Emmanuel Macron, fondateur du mouvement En Marche !, n'auront pour but réel d'arriver au second tour du scrutin. Ils tenteront plutôt de réussir leur campagne électorale respective, afin de jeter les bases de leur candidature aux élections de 2022, où ils tenteront alors de se présenter en sauveurs charismatiques de la gauche.

Par Thomas CLUZEL

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