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Un protestataire dans les rues de Philadelphie, habillé en Donald Trump, porte un masque d'Alien.

Une semaine en Amérique, « made in » Trump

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : A l’exception du marché américain qui a repris vie, cette semaine, grâce aux décisions du nouveau président Donald Trump, la plupart des commentateurs se montrent, pour le moins, sceptiques.

Un protestataire dans les rues de Philadelphie, habillé en Donald Trump, porte un masque d'Alien.
Un protestataire dans les rues de Philadelphie, habillé en Donald Trump, porte un masque d'Alien. Crédits : DOMINICK REUTER - AFP

Une semaine, jour pour jour, après l’investiture de Donald Trump, on ne compte plus le nombre d’articles racontant ce qui apparaît, chaque fois un peu plus encore que la veille mais toujours moins que le jour d’après, comme un véritable festival de nouvelles pour rire … ou pleurer, c’est selon.

Tout a commencé avec ce que le magazine SLATE appelle, non pas « L’étrange Noël de Monsieur Jack » mais « L’étrange week-end de Donald Trump ». Et c’est vrai que si l’on se réfère au titre du film de Tim Burton (dans sa version originale cette fois-ci) ce premier week-end avait tout du cauchemar pour le nouveau président. Un jour seulement après son investiture, des centaines de milliers de personnes ont commencé par descendre dans la rue en signe de protestation : un demi-million de personnes mobilisées, par exemple, à Washington. Aussitôt, face au contraste saisissant offert par cette mobilisation record au regard de l’affluence peu flatteuse, la veille, lors de sa cérémonie d’investiture, Donald Trump piqué au vif s’est lancé dans une guerre des chiffres, accusant les journalistes de vouloir tromper l’opinion. S’en est suivi toute une série de propos surréalistes, au point que pour caractériser les contre-vérités manifestes soutenues par la Maison Blanche, la conseillère du président a inventé un nouveau concept, celui de « faits alternatifs ». Une remarque qui, comme le note le site MASHABLE, a évidemment provoqué l’hilarité d’une bonne partie de la Twittosphère. De son côté, THE WASHINGTON POST rapporte (et ceci n’est pas un fait alternatif) que le concept inventé par la conseillère a rappelé à beaucoup de lecteurs l’univers de Georges Orwell, au point que le roman « 1984 » était, avant hier, en tête des ventes de livres sur Amazon. Mais tout cela ne suffit pas, bien évidemment, à masquer surtout l’inquiétude exprimé par de très nombreux médias. Ce spectacle de mensonges évidents diffusés par l’administration est une tragédie pour la démocratie américaine, a notamment commenté un chroniqueur du FINANCIAL TIMES, avant d’ajouter que si en rapportant les fausses affirmations de la Maison Blanche un journaliste de la BBC avait jugé bon de rire, il aurait dû plutôt en pleurer. Sans quoi, ce serait oublier que toute la trajectoire politique de Trump baigne depuis le début dans la tromperie.

En réalité, à peine investi, Donald Trump s’est empressé de mettre œuvre ce qu’il avait promis pendant sa campagne. Et en ce sens, force est de constater qu’il a, au contraire, tenu parole. Sans atermoiements, note le journal grec DEMOKRATIA, Trump a multiplié sur le champ les décrets. Le magazine SLATE s'est, d'ailleurs, engagé à tenir à jour la liste de ces promesses édifiantes qui commencent déjà à se réaliser. Trump a tout d'abord commencé par ordonner l’annulation de la réforme du système de santé ; retirer les Etats-Unis des négociations du Traité de Libre-échange Transpacifique ; relancer deux projets d’oléoducs suspendus en raison du danger qu’ils représentaient pour l’environnement ; geler les embauches de fonctionnaires (à l’exception des services liés à la sécurité) ; et enfin interdire le financement des ONG favorables au choix à l’avortement. La photo, d’ailleurs, immortalisant la signature de ce décret, où l’on peut voir Trump entouré de six hommes et pas une seule femme, a remué un peu plus encore le couteau dans la plaie, note le site MIC.

On pourrait également citer la décision de Trump d'effacer du site de la Maison Blanche toute mention relative au changement climatique, mais aussi les onglets concernant les droits des LGBT, ou bien encore le choix de supprimer la version du site de l'administration en espagnole. Officiellement la Maison Blanche assure que le portail n’a pas vraiment été supprimé mais qu'il est en reconstruction. Sauf que certains, à l’instar du quotidien madrilène ABC, y voit déjà la démonstration d'une volonté très claire d’exclure des citoyens en fonction de leur appartenance.

Toujours lors de cette première semaine, Trump s’est attaqué à l’immigration illégale en promettant d'expulser davantage de sans-papiers. Le gouvernement va, d’ailleurs, publier chaque semaine une liste complète des actions criminelles commises par les immigrés. Il a également décidé d'interdire de manière temporaire l'accès au territoire américain aux réfugiés originaires de certains pays, en particulier du Moyen-Orient. A ce titre, on notera que juste avant, le compte Twitter du Pentagone a subtilement tweeté un article honorant l'histoire et le patriotisme d'un réfugié originaire d'Irak devenu soldat américain, une petite pique à l'encontre de la diabolisation des musulmans promue par Trump. Enfin le nouveau locataire de la Maison Blanche a signé plusieurs décrets pour la construction du fameux mur le long de la frontière mexicaine.

Aussitôt, la plupart des journaux américains (progressistes en particulier) se sont montrés sceptiques sur ces premières salves, ainsi que l’écrit THE NEW YORK TIMES. THE LOS ANGELES TIMES parle, lui, de mauvaises options pour le pays. S’agissant plus particulièrement de la construction du mur, l’une des pires idées de Trump écrit le quotidien de Californie, ses confrères du Texas ou de l’Arizona évoquent, eux, un projet chargé de sous-entendus racistes.

Pour être tout à fait complet, reconnaissons que ces premières décisions auront eu, au moins, un effet positif : la bonne humeur à la bourse ! Tout un symbole pour le nouveau président dont la stratégie, écrit THE WALL STREET JOURNAL inspire visiblement confiance aux investisseurs. A moins que tout cela n'est pas de rapport direct, puisqu'avant même que Trump n’entre en fonction, les cours à Wall Street tiraient déjà vers le haut, rappelle le site de la DEUTSCHLANDFUNK. Quant au quotidien belge DE TIJD, il prévient : cette histoire ne s’achèvera pas sur un happy end. Et ceux qui veulent aller encore plus haut devraient surtout être pris aujourd'hui de vertige.

Enfin une question demeure au terme de cette première folle semaine : Faut-il craindre désormais une érosion de la démocratie américaine ?, interroge son confrère suisse LE TEMPS. Réponse du directeur de Human Rights Watch interrogé dans les colonnes du journal : la principale question sera, dit-il, l’attitude du Congrès, contrôlé par les Républicains. Plusieurs initiatives de Trump ne font pas partie de la plate-forme politique du parti. Par ailleurs le financement de plusieurs de ces mesures devra encore être approuvé par le Congrès. Alors suivra-t-il le président ou remplira-t-il sa fonction de supervision ? En clair, le Congrès est-il prêt à se battre pour défendre la Constitution et les Droits de l’Homme ? Pour l’heure, il semble surtout effrayé par Donald Trump.

Par Thomas CLUZEL

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