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Une maison endommagée dans un quartier de Damas tenu par les rebelles.

Une trêve pour réfléchir, sans illusions.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le cessez-le-feu en Syrie entré en vigueur ce week-end paraît encore bien fragile.

Une maison endommagée dans un quartier de Damas tenu par les rebelles.
Une maison endommagée dans un quartier de Damas tenu par les rebelles. Crédits : Bassam Khabieh

Tout avait pourtant bien commencé. Dans la plupart des grandes villes, les habitants sont sortis samedi matin après une nuit paisible pour faire leurs emplettes, goûtant à un calme inhabituel. Samedi était, en effet, le premier jour, depuis des années, où nous nous sommes levés sans avoir été réveillés par le bruit des chasseurs. Mais aujourd'hui, dimanche, écrit un journaliste basé dans le nord du pays et cité par THE WALL STREET JOURNAL, les bruits de la terreur ont à nouveau déchiré le ciel. Après une brève accalmie, la violence a de nouveau enflammé la Syrie, titre ainsi ce matin le quotidien américain. Selon le Haut Comité des négociations, l'organisme qui regroupe les principaux mouvements rebelles, l'aviation russe aurait mené hier pas moins de 26 raids. Des avions ont bombardé à l'aube six localités de la province d'Alep. Or à l'exception d'un village contrôlé par les jihadistes du Front al-Nosra (la branche syrienne d'Al-Qaeda), les zones frappées dimanche, précise toujours THE WALL STREET JOURNAL, sont toutes tenues par des groupes rebelles qui ont accepté le cessez-le-feu partiel et non par les extrémistes exclus de l'accord.

A l'inverse, la Russie a dit avoir recensé neuf cas de violation de la trêve en seulement 24 heures, parmi lesquels des tirs d'artillerie des insurgés dans la province de Lattaquié. En clair, depuis hier, les principaux protagonistes de la guerre en Syrie s'accusent mutuellement d'avoir violé le cessez-le-feu entré en vigueur dans la nuit de vendredi à samedi, tout en reconnaissant que cette trêve est toujours globalement respectée. De façon générale, admet le quotidien américain, force est de constater qu’il y aura eu moins de violence perpétrée ce week-end qu’il n’y en avait avant l'entrée en vigueur de la trêve.

Le cessez-le-feu semble globalement respecté. Le temps de souffler et de réfléchir à la suite mais sans beaucoup d’illusions.

La trêve en Syrie aura un prix, sauf pour Bachar el-Assad, prévient notamment THE NEW YORK TIMES repéré par le Courrier International. La cessation des hostilités entre Damas et l’opposition a été obtenue grâce aux efforts conjoints des États-Unis et de la Russie. Sauf que l’accord ne laisse en rien présager que l’avenir de la Syrie se dessine sans son président. A cet égard, souligne toujours le quotidien américain, Barack Obama qui répétait pourtant encore la semaine dernière que l’avenir de la Syrie ne pouvait inclure Bachar el-Assad, a d'ores et déjà perdu la partie, dit-il. Et puis une autre inconnue et de taille, pèse sur ce fragile cessez-le-feu : qu’adviendra-t-il de la Syrie si les hostilités sont suspendues de façon durable mais sans résolution du conflit ? L’hypothèse d’une partition du pays est ainsi clairement évoquée.

Et c'est peut-être même là, d'ailleurs, que se trouve le moyen d’instaurer une paix durable en Syrie, renchérit le quotidien slovaque UJ SZO. La seule façon de mettre fin à la guerre, dit-il, c’est de transformer la Syrie en fédération, sur le modèle du Liban. Cette forme de fédéralisme permettrait, en effet, de garantir qu’aucune des différentes confessions présentes en Syrie n’ait plus de pouvoir qu’une autre, et donc de préserver le délicat équilibre au Proche-Orient. En d’autres termes, faire en sorte que ni l’Iran chiite, ni l’Arabie saoudite sunnite, ne se sente lésé.

Reste un problème de taille : aujourd'hui, le cessez-le-feu en Syrie n’est pas généralisé puisqu’il ne s’applique pas aux islamistes radicaux.

Avec 1500 brigades différentes, regroupant peu ou prou 150 000 combattants, la portée réelle de ce cessez-le-feu reste floue. Cette trêve partielle, c’est un peu comme si on donnait un gros coup de bâton dans cette immense fourmilière. Il se peut bien qu’un certain nombre de fourmis agressives soient assommées, voire tuées. Mais la réaction des dizaines de milliers d’autres, reste imprévisible, commente ainsi l'éditorialiste du TEMPS de Genève. Même analyse pour son confrère bulgare 24 CHASA : la vérité sur cet accord, dit-il, c’est que personne ne croit qu’il sera respecté. C’est une simple fable pour adultes, un fantasme, une illusion, car il exclut notamment le Front Al-Nosra, Daech et combien d'autres groupes terroristes encore.

Tandis que chacun s'interroge sur la portée de cette trêve, un homme tient, lui, à rappeler les véritables causes de la guerre en Syrie.

Et cet homme n'est autre que le neveu de l'ancien président américain JFK, l'avocat Robert Kennedy junior, lequel rappelait la semaine dernière dans un article pour le magazine américain POLITICO que la racine du conflit armé en Syrie n'a pas commencé avec les manifestations pacifiques du printemps arabe en 2011, mais en 2009, lorsque le Qatar a offert de construire un pipeline pour 10 000 millions de dollars, qui traverserait l'Arabie Saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie. Ce projet aurait veillé à ce que les pays arabes du Golfe aient un avantage décisif sur les marchés mondiaux de gaz.

Seulement voilà, le président syrien Bachar el-Assad a rejeté ce projet, au motif que cela nuirait aux intérêts de son allié russe, le plus grand fournisseur de gaz naturel vers l'Europe. Et c'est ainsi qu'un an plus tard, Bachar el-Assad a commencé à négocier avec l'Iran, pour construire un autre gazoduc, qui transporterait le gaz de l'Iran vers le Liban. Le pays perse serait ainsi devenu un des plus grands fournisseurs de gaz vers l'Europe.

Et voilà comment immédiatement après le refus du projet initial, explique toujours l'avocat américain qui cite les données de divers rapports de renseignement auxquels il a eu accès, la CIA, les pays du Golfe (Qatar et Arabie Saoudite) mais aussi le régime israélien ont commencé à financer la "soi-disant" opposition syrienne et à préparer une révolte pour renverser le gouvernement syrien.

Par Thomas CLUZEL

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