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Le leader nord-coréen, Kim Jong-un, examine une bombe H miniaturisée

Une véritable onde de choc

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Les Etats-Unis ont menacé dimanche la Corée du Nord d'une "réponse militaire massive", au cas où elle menacerait leur territoire ou celui de leurs alliés, à la suite du sixième essai nucléaire du régime de Pyongyang.

Le leader nord-coréen, Kim Jong-un, examine une bombe H miniaturisée
Le leader nord-coréen, Kim Jong-un, examine une bombe H miniaturisée Crédits : STR / KCNA VIA KNS - AFP

La photo diffusée par l'organe de presse officielle du régime est à la Une de très nombreux quotidiens, ce matin, à l'instar du WALL STREET JOURNAL. On y voit le leader nord corréen, entouré comme à son habitude d'officiels obséquieux, en train d'examiner un objet métallique avec de gros boulons, posé sur un trépied : la fameuse bombe H miniaturisée, ainsi que l'atteste la légende. L'homme à sa droite l'invite à s'approcher de la chose et semble lui signifier qu'il peut même la toucher, sous-entendu, sans risque qu'elle ne lui explose à la figure. Kim Jong-un tend la main. Les autres militaires à ses côtés regardent les doigts du petit dictateur s'approcher de la bombe. Et dans leurs regards, légèrement anxieux, on lit cette question : va-t-il oser ? Sur un autre cliché, Kim Jong-un a, cette fois-ci, la main bien posée sur l'engin. Et tous autour de lui sont hilares, manière de féliciter le président, rassurés aussi, peut-être, de constater que, en effet, la bombe n'a pas explosé.

Quoi qu'il en soit, une question et une seule intéresse toute la presse, ce matin : Jusqu’où ira Kim Jong-un ? Après le test réussi hier d'une bombe à hydrogène, plus puissante que celles qui ont rasé Hiroshima et Nagasaki, plus personne ne semble vouloir hausser les épaules et se dire qu’il ne s’agit là que d’un énième épisode de la saga nucléaire nord-coréenne. D'autant que si, jusqu'à présent, certains pouvaient encore douter des progrès réalisés par Pyongyang dans son programme nucléaire, les révélations du WASHINGTON POST la semaine dernière ont fini de jeter un froid. Selon les conclusions d’un rapport confidentiel, achevé le mois dernier par l’agence américaine de renseignement militaire, Pyongyang a réussi à adapter suffisamment la taille de ses têtes nucléaires pour pouvoir les placer sur ses missiles intercontinentaux et ainsi faire peser la menace d’une attaque nucléaire, en particulier, sur les Etats-Unis.

La réaction de Donald Trump, d'ailleurs, n’a pas tardé aussitôt l’Amérique réveillée. Dans le style qui lui est familier, le président américain a réagi sur son profil Twitter en trois messages pour dénoncer à la fois un « Etat voyou », malgré les efforts de la Chine qui « essaie d’aider » et alors que les Coréens du Sud, eux, comprennent enfin que « l’apaisement ne marchera pas ». Bien entendu, il n'en fallait pas davantage pour que nombre d’experts outre-Atlantique, mais aussi au Japon et en Corée du Sud, ne cachent plus leur inquiétude au sujet d’une opération militaire de Washington. Et ils ne craignent pas seulement une arme nucléaire, mais aussi et surtout, en cas de représailles de Pyongyang, une réplique conventionnelle dévastatrice. Car la Corée du Nord a beau être rongée par la faim et la pauvreté, elle dispose de forces conventionnelles qui pourraient anéantir des quartiers entiers de Séoul. Le Japon, lui non plus, ne serait sans doute pas épargné. Le chef du Pentagone, le général Mattis, en est d'ailleurs parfaitement conscient, lui qui ne craint même plus de contredire le président américain, pour rappeler qu’on n’est « jamais à court de solutions diplomatiques ».

Reste qu'entre les déclarations à l'emporte-pièce d’un président américain (dont on va même jusqu’à questionner la stabilité mentale) d'un côté, et les provocations absurdes du dictateur nord-coréen de l'autre, tous les ingrédients d’une crise majeure aux conséquences incalculables sont désormais réunis. La maladive soif de reconnaissance de l'un comme de l'autre rend cette crise susceptible de dégénérer de façon imprévisible, juge notamment le quotidien suisse TAGES ANZEIGER. Alors que faire ?, interroge son confrère LE TEMPS. Les circonstances, écrit ce matin l'éditorialiste, exigent une diplomatie à la fois musclée, urgente et sincère. L’initiative ne viendra pas de Pyongyang. Elle doit donc venir des Etats-Unis, de la Chine, de la Corée du Sud et du Japon, sans oublier la Russie. Le quotidien chinois HUANQIU SHIBAO, ne dit pas autre chose en appelant à l’ouverture d’un dialogue direct entre Pyongyang et Washington. La diplomatie représente l'unique moyen de résoudre le conflit avec la Corée du Nord, insiste à son tour le journal slovène DELO. Si Trump ne veut pas rester dans les mémoires comme un mauvais président, dit-il, alors il doit se demander ce qu'il peut encore faire pour rendre véritablement « leur grandeur aux Etats-Unis ». Par exemple, en faisant en sorte que la réflexion et la diplomatie prennent le pas sur le bellicisme.

Un autre coup de tonnerre, largement commenté dans la presse, la décision ce weekend de la Cour suprême kényane d'invalider la victoire du président sortant

Toute la presse nationale salue la décision « historique et courageuse » de la Cour, qui a annulé pour irrégularités l'élection présidentielle. THE DAILY NATION, en particulier, soutient que l'annulation du scrutin est la preuve de la suprématie de l'Etat de droit et de la maturation de notre démocratie. Un grand jour pour le Kenya mais aussi un exemple pour le reste du monde et en particulier l'Afrique, se réjouit de son côté THE DAILY STAR, qui annonce néanmoins des jours difficiles pour le pays. Les Kenyans devront revoter d'ici deux mois. Or il y a dix ans, on se souvient que les contestations post-électorales avaient provoqué un véritable bain de sang. D’où cette question : cette décision de justice va-t-elle renforcer la démocratie kényane, relatif îlot de stabilité en Afrique de l’Est, ou bien le pays va-t-il, au contraire, renouer avec ses démons ? Aucun Kényan ne se risque, ce matin, à une réponse.

Enfin, hier soir, avait lieu une confrontation très attendue en Allemagne : l'unique débat télévisé entre Angela Merkel et Martin Schulz

Un duel décisif, que de très nombreux journaux, à l'instar d'HANDELSBLATT, avaient qualifié de celui de « la dernière chance » pour le candidat SPD, à la traîne dans les sondages. Face à sa rivale, dont la spontanéité et l’éloquence ne sont pas vraiment les premières des qualités, Schulz espérait sans doute tourner la situation à son avantage. En vain, a priori. D'après les premiers sondages effectués par les chaînes de télévision publique, la chancelière a été jugée plus convaincante : 55% contre 35% pour son adversaire (selon l'enquête ARD) et 32% contre 29% (selon celle de ZDF(. Schulz marque mais c'est Merkel qui l'emporte, titre ainsi la FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG. Pourquoi Schulz n'était pas très convaincant ? Ses réponses sonnaient souvent trop répétées, analyse de son côté une linguiste dans les colonnes de la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. Et puis surtout, Angela Merkel a annoncé hier être favorable à un arrêt des négociations sur l'adhésion à l'UE de la Turquie. Or en faisant preuve de fermeté à l'égard d'Ankara, alors même que la détérioration de la situation des droits de l'homme en Turquie a pris une place centrale dans la campagne électorale allemande, Angela Merkel a tout simplement coupé l'herbe sous le pied de son rival social-démocrate.

Par Thomas CLUZEL

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