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La consommation de Ritaline devient-elle excessive?

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Ritaline
Ritaline

La Ritaline est un médicament prescrit aux enfants, à partir de 6 ans, atteints de trouble de l’attention et d’hyperactivité, souvent désigné par les initiales TDAH. En France, ce traitement concerne de 3% à 4% des garçons et 1% des filles en âge scolaire, soit de 135 000 à 170 000 enfants. Aux Etats-Unis, de 5% à 10% des enfants de 9 à 12 ans seraient sous Ritaline. Le problème apparaît lorsque l’on observe la progression des ventes de Ritaline en France. Les chiffres ont été révélés par la société Celtipharm et publiés par le journal Le Parisien du 29 mai 2013. En analysant les ventes de plus de 3000 pharmacies, Celtipharm a constaté que le nombre de boîtes vendues a augmenté de près de 70% en cinq ans. Il est ainsi passé de 283 700 boîtes en mars 2008 à 476 900 boîtes en mars 2013. Pire, le nombre d’utilisateurs a bondi de 83% en 5 ans et de 114% chez les moins de 20 ans.

Les raisons d’une telle explosion des ventes sont probablement liées à la nature particulière de la Ritaline. La molécule utilisée, le méthylphénidate, est considérée comme une cousine des amphétamines. Il s’agit d’un psychostimulant dont les effets sont parfois comparés à ceux de la cocaïne. Ainsi, la consommation déborderait largement l’indication de TDAH et concernerait des enfants, mais aussi des étudiants, cherchant à améliorer leurs résultats scolaires, en particulier lors des examens. Etrange dérive lorsque l’on sait que la prescription est strictement encadrée. Elle doit être faite initialement par un spécialiste hospitalier. Mais elle peut être ensuite renouvelée par des médecins… La Haute autorité de santé, la HAS, s’est déjà inquiétée de la dérive dont on constate l’aggravation aujourd’hui. En octobre 2012, elle notait « un risque d’usage détourné, de mésusage ou d’abus ».

Une fois de plus, sommes-nous en face d’un médicament qui échappe aux indications pour lesquelles il a reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM) sans que les autorités sanitaires ne puissent ou ne veuillent intervenir ?

La prescription initiale de la Ritaline de Novartis, également commercialisée sous les marques Concerta par Janssen Cilag et Quasym par Shire France, est elle effectuée, comme le demande l’HAS, uniquement en seconde intention, c'est-à-dire après avoir fait appel à des « mesures psychologiques, éducatives et sociales » ?

Dans un éditorial publié par le magazine Elle le 7 juin 2013, la journaliste Dorothée Werner parlait de Junkid, c'est-à-dire d’enfants drogués. Mais trois jours plus tard, le 10 juin, la même journaliste a publié sur le site de Elle une interview de Christine Getin, présidente de TDAH France, sous le titre « On peut faire en sorte que ces enfants en souffrance deviennent des adultes épanouis » . Cette défense de la Ritaline pour des enfants qui sont parfois simplement un peu trop « dans la lune » est-elle justifiée ?

Intervenants
  • journaliste à Slate.fr et docteur en médecine, auteur du blog « Journalisme et santé publique »
  • Psychiatre pour enfants et adolescents, psychanalyste, directrice de la maison de Solenn et professeure à l'université Paris-Descartes
  • pédo-psychiatre au CHU Robert Debré, Paris
  • de Celtipharm (organisme de suivi de la consommation de médicaments)
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