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Renzo Piano à la présentation de la Fondation Seydoux - Pathé à Paris, le 5 septembre 2014.

Renzo Piano : "Les banlieues, c'est des lieux qu'on décide de quitter et ça vous donne de la force"

29 min
À retrouver dans l'émission

Pour parler du secret professionnel des banlieues du XXIe siècle, rencontre passionnée et constructive avec l'architecte Renzo Piano.

Renzo Piano à la présentation de la Fondation Seydoux - Pathé à Paris, le 5 septembre 2014.
Renzo Piano à la présentation de la Fondation Seydoux - Pathé à Paris, le 5 septembre 2014. Crédits : Eric Feferberg - AFP

"Les villes sont au fondement de ce qu’on appelle la civilisation. L’une des premières dont nous ayons trouvé la trace était Ur de Mésopotamie, il y a cinq mille ans. C’est un Italien, c’est-à-dire un habitant de ce pays où les villes ont été si importantes, qui en a trouvé les premiers vestiges au XVIIe siècle. Il s’appelait Pietro Della Valle, et il était Romain, de la ville qui avait réussi de manière si insolente que, dans l’Antiquité, elle ne se donnait pas le nom de Rome et se contentait orgueilleusement de s’appeler la Ville, Urbs.

Autour des villes, jadis, il n’y avait rien d’organisé. On y trouvait ce qu’on appelait en français des faubourgs, des quartiers qui étaient fors le bourg, c’est-à-dire en dehors du bourg. C’est à la fin du XIXe siècle, que le mot banlieue a servi à designer un amas de villages et de petites villes entourant une grande ville. Il a pour racine le mot « ban », terme féodal désignant le territoire sous la juridiction d’un seigneur, l’étendue de pays, d’une lieue  ou davantage, où s’exerçait l’autorité. Au XXIe siècle, on a parfois l’impression que bien de ces lieux sont sortis du ban et que, pour des raisons à déterminer, des pans entiers de ce qui entoure les villes est devenu hostile à ces villes. Et semble parfois devenu, pour certains de ses habitants, invivable. En proie à l’ennui, ou à des squatters, quand ce n’est pas des voyous. Un homme a décidé de tenter de changer cela. Cet homme, un des plus célèbres architectes du monde, a été nommé sénateur à vie par l’ancien président de la République italienne. Il a décidé de consacrer son mandat à ce qui lui semble un des défis du XXIe siècle, l’amélioration des banlieues occidentale. Pour parler du secret professionnel des banlieues du XXIe siècle, je reçois donc Renzo Piano . – ou plutôt c’est lui qui nous reçoit, dans son cabinet du quartier du Marais, à Paris."

Charles Dantzig

Je suis un homme de ville mais je suis un homme de banlieue. Je suis né dans la banlieue de Gênes. Et grandir dans la banlieue d'une ville comme Gênes, sur la mer, avec les promenades d'adolescence, ça fait des désirs. Les banlieues c'est assez souvent l'endroit dans lequel on grandit avec des désirs. Renzo Piano

Si aujourd'hui on construisait le Centre Pompidou [...], je crois qu'on ne le referait pas dans le centre, on le ferait dans la banlieue. [...] Les lieux publics, il faut les construire dans la banlieue puisque c'est le seul moyen pour la féconder la banlieue, pour la rendre urbaine, pour lui rendre un lieu dans lequel la ville devient ville. Renzo Piano

L'architecte voit de la beauté dans la banlieue et d'abord une "beauté humaine". Et ensuite parce qu'il pense que "c'est une erreur trop facile de dire : les banlieues sont moches", c'est juste "un manque d'imagination" de notre part. Pour lui "la ville du futur, on l'a sous les yeux, la voilà, la banlieue est la ville du futur !"

Le métier d'architecte, c'est quand même un métier politique. Pas dans le sens que j'appartiens à un parti mais politique vient de "polis", "la ville", et c'est inévitable. [...] Vous mettez dans la ville, les graines de la civilisation. Renzo Piano

Pour Renzo Piano, les villes ne doivent plus grandir et s'élargir dans des zones péri-urbaines qui sont des "non-lieux" : "Les villes doivent avoir une ligne de croissance".

Depuis toujours, nos villes ont grandi sur elles-mêmes. Toutes les villes d'Europe et du monde sont pleines de "trous noirs" : les zones industrielles, les friches industrielles abandonnées [...] c'est plus noble, c'est plus intéressant de réfléchir à l'idée d'intensifier la ville. Au lieu de grandir les villes par explosion, il faut qu'elles grandissent par implosion : en construisant sur du construit. Renzo Piano

Pour conclure cette discussion, l'architecte humaniste nous livre sa réflexion sur la ville vs la nature :

Il y a ce double rapport avec la nature : un rapport d'amour mais aussi de défi, presque. La ville c'est justement une autre nature, c'est une invention. Et je crois que cette notion d'urbanité c'est finalement l'affinité entre les gens qui jaillit, qui sort et qui fait qu'on voit une sorte d'espoir, de tolérance, et de vivre-ensemble. Renzo Piano

Bibliographie :

Renzo Piano,* La désobéissance de l’architecte* , Arléa, 2009

Stefano Fera, Renzo Piano et Carlos Freire*, Gênes, * 2005

Renzo Piano et Ariella Masboungi, Penser la ville heureuse, Editions de La Villette, 2005

Renzo Piano, *Carnet de travail, * Seuil, 1997

Intervenants
  • Architecte italien, constructeur notamment, avec Richard Rogers, du Centre Pompidou à Paris
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
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