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Place de la République, Paris, le 29 octobre 2017, collectif Les effronté-es.

A l'occasion du procès intenté par le premier accusé de #Balancetonporc contre Sandra Muller, retour sur le féminisme numérique

43 min
À retrouver dans l'émission

Le procès en appel de Sandra Muller, initiatrice du mouvement #BalanceTonPorc, poursuivie en diffamation par l'homme qu’elle avait accusé de harcèlement sexuel s'est tenu ce mercredi 27 janvier. Que restera-t-il de #BalanceTonPorc si sa condamnation est confirmée ?

Place de la République, Paris, le 29 octobre 2017, collectif Les effronté-es.
Place de la République, Paris, le 29 octobre 2017, collectif Les effronté-es. Crédits : Bertrand Guay - AFP

Sandra Muller est la journaliste à l’origine du mouvement #Balance Ton Porc, la version française de #MeToo née en octobre 2017. Le 25 septembre dernier, la 17ème chambre du tribunal de grande instance de Paris l’a condamnée en première instance pour diffamation contre Eric Brion, l’homme qu’elle avait dénoncé dans le tweet originel qui a lancé BalanceTonPorc. L’audience en appel se tenait la semaine dernière et une décision définitive est attendue pour la fin mars. Si le jugement est confirmé, Sandra Muller devra payer 15 000 euros de dommages et intérêts à Eric Brion et 5 000 euros de frais d’avocats. Le mouvement BalanceTonPorc, sinon le mouvement MeToo, s’en trouvera-t-il au mieux affaibli en France ? C’est en tout cas ce que craignent les féministes initiatrices de la tribune de soutien à Sandra Muller lancée sitôt connu le verdict de la première instance. Tandis que Sandra Muller maintient ses accusations tout en affirmant ne pas vouloir se livrer à la délation, Eric Brion affirme quant à lui avoir obtenu gain de cause après deux ans et demi de lynchage virtuel et d’ostracisme social qui l’ont plongé dans la dépression. Une fois de plus, la justice des réseaux et le Droit se heurtent dans la plus grande confusion.

Libération de la parole féminine et impact des réseaux sociaux

La dénonciation de ces propos sexistes, c'est une avancée, une prise de conscience par la société, d'un phénomène que les femmes ne supportent plus et l'utilisation du hashtag #MeToo et l'appel à pouvoir dénoncer ce type de propos va engendrer un vrai phénomène de société, un phénomène politique et une avancée pour le droit des femmes. Mathilde Jouanneau

Est-ce que finalement, déposer plainte dans un commissariat ou à travers une plainte ou en allant voir son avocat, est-ce que ce n'est pas aussi une façon de libérer sa parole ? Je ne suis pas sûre que la dénonciation, la délation sur les réseaux sociaux soit réellement une libération. Je pense que c'est plus un lynchage médiatique. [...] En tout cas, on voit bien que cette question de la libération de la parole de la femme dépasse évidemment le cas particulier de Sandra Muller et Eric Brion. Je fais une distinction entre la dénonciation et la délation. Dénoncer des comportements, ça me paraît extrêmement salutaire. Et puis, il y a cet appel à la délation : balancer des noms ! Ce qui est d'une violence absolument inouïe ! La délation devient quasiment moralisatrice, libératrice ! Marie Burguburu

On a le droit de nommer celui qui tient des propos sexistes. Cela fait partie d'un principe essentiel qui est la liberté d'expression. Sur les réseaux sociaux, il y a un danger parce que c'est une prise de parole qui va engendrer une vindicte populaire. Mais en droit, ça fait partie d'une liberté d'expression ; on peut s'interroger si elle est salvatrice ou si elle est destructrice... Personnellement, je pense que c'est un phénomène qui a fait avancer d'un grand pas, le féminisme et la prise de conscience d'un débat qui devient un débat politique. Ce n'est pas uniquement une libération de la parole des femmes ; c'est également sortir de la sphère privée et en faire un sujet public et donc un sujet politique. Mathilde Jouanneau

Cela a permis de faire émerger une sororité entre les femmes. [...] Je ne connais pas une femme qui n'ait pas vécu un délit d'outrage sexiste, qui n'ait pas vécu une agression sexuelle ou un comportement déplacé de la part d'un homme. [...] Il y une meilleure énergie à faire autre chose qu'à faire condamner la personne qui a permis de faire en sorte qu'il y ait une nouvelle révolution féministe en France (par exemple créer des organisations pour éradiquer ce qu'on appelle la masculinité toxique). Rebecca Amsellem

Je ne suis pas un dommage collatéral ! J'ai une vie ! Dommage collatéral, cela renvoie à quelque chose de très guerrier ! Je ne pense pas que la libération de la parole des femmes et de leur place dans la société, à laquelle je suis très favorable, se fera sans les hommes. Cela doit se faire ensemble. Eric Brion 

Pour aller plus loin 

"Je réclame le droit à la vérité et à la nuance" par Eric Brion, Le Monde, 30 décembre 2017. 

"Nous savons ce que nous devons à #BalanceTonPorc" : des militantes féministes déplorent la condamnation de Sandra Muller pour diffamation, France Info, 26/09/2019. 

Violences faites aux femmes : "Il est urgent de ne plus se taire mais aussi d’arrêter ce phénomène de délation, devenu obscène et jubilatoire", par Marie Burguburu, Le Monde, 08 octobre 2020.

Le Web et les réseaux sociaux, dernière vague du féminisme ?, par Josiane Jouët, La revue des médias, mars 2019.

Référence musicale :

Game of love de Joan Osborne

Intervenants
  • Avocate au barreau de Paris.
  • Avocate au barreau de Paris. Fondatrice et présidente de "Femmes et Droit".
  • Auteur de "Balance ton père : lettre à mes filles, du premier accusé de #Balancetonporc : récit" (JC Lattès, 2020).
  • fondatrice des glorieuses.fr
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