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Le Joker selon Todd Phillips, un personnage coincé dans une masculinité immature ? Un sociopathe ? Une victime des puissants ?

Incel ou Gilet jaune ? Derrière le masque du Joker...

45 min
À retrouver dans l'émission

Qui est Joker ? Un 'Involuntary Celibate" misogyne qui fantasme sur des femmes racisées ? Un pauvre, habitant d'un quartier pauvre, et qui va se révolter contre les riches ? Film réac ou appel à la révolte antisystème, le héros du film de Todd Phillips a-t-il un discours politiquement identifiable ?

Le Joker selon Todd Phillips, un personnage coincé dans une masculinité immature ? Un sociopathe ? Une victime des puissants ?
Le Joker selon Todd Phillips, un personnage coincé dans une masculinité immature ? Un sociopathe ? Une victime des puissants ? Crédits : Niko Tavernise

Lion d’or à la dernière Mostra de Venise, Joker, de Todd Phillips avec Joaquin Phoenix s’est imposé en une semaine comme un phénomène de société international.  Sans effets spéciaux, et doté du budget le plus faible d’un film de super-héros - 55 millions de dollars environ - le film a réuni 1, 6 million de spectateurs en sept jours entre les Etats-Unis et la France, s’assurant ainsi le meilleur démarrage de l’année, loin devant The Dark Night (1,2 million) et autres Batman V.S. Superman. Mi octobre, le film totalisait 548 millions de dollars de recettes dans le monde, devançant les films des studios Marvels comme Aquaman, Justice League, Watchmen ou Logan. Réalisé par un cinéaste surtout connu pour ses films potaches adolescents, Joker passe aussi pour le premier film de super-héros "adulte", abordant des questions sérieuses.

Avant même sa sortie, le film a déclenché une série de polémiques sur les réseaux sociaux : Todd Phillips étant rapidement accusé d’avoir réalisé une ode aux "petits blancs et aux tueurs de masse". Ces critiques ont été reprises par la presse de gauche, en particulier par le New Yorker qui a consacré deux articles pour dire tout le mal qu'il pensait du film. Même s’il reconnait la performance de Phoenix, Anthony Lane dit avoir "haï chaque minute" du film tandis que Richard Brody y voit un discours "cynique, inconsciemment raciste, et pro-Trump". En France au contraire, à l’exception notable des chroniqueurs unanimes du Masque et la plume sur France Inter, tout le monde trouve le film génial et révolutionnaire. Juan Branco s’est senti suffisamment concerné par le film pour annoncer sa sortie sur son compte Twitter :

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Tandis que Jacques Mandelbaum dans Le Monde voit dans Joker le film "le plus anticapitaliste jamais produit depuis des années", Pierre Ropert rappelait sur franceculture.fr que le Joker dans le tarot est la carte du Fou, du Bouffon du Roi, la wild card qui peut prendre n’importe quelle valeur. 

Plus que comme un personnage porteur d'un message politique, le Joker de Todd Phillips n'apparaît-il pas davantage comme une "surface révoltée" ? Un masque derrière lequel on peut mettre tout ce que l’on veut ? Libre à chacun de l’interpréter comme une ode à la révolte d’extrême-gauche ou à celles des "petits blancs" qui votent Donald Trump ?

Jordan Mintzer : "En effet, les critiques de gauche new-yorkais ont vu dans le film un discours de droite qui incite à la violence des Incel, des pro-Trump ! C’est la première fois que je vois cela ! En général ce genre de critique réactionnaire qui consiste à condamner la violence à Hollywood, vient plutôt de la droite. On se souvient il y a vingt ans des débats autour de Fight club quand la classe politique côté Républicains condamnait le film parce qu’ils avaient peur que les gens commencent à faire des fight clubs partout. Cette fois, c'est la gauche, qui, si elle n'appelle pas à l'interdiction du film, dit qu’il faut faire attention parce que le cinéma peut inciter à la violence ! Cela est très révélateur du clivage actuel gauche/droite aux Etats-Unis à cause de Trump."

William Blanc : "Pour moi, la dimension politique du film réside dans la critique d'une forme d'atomisation sociale. Le Joker n’est plus dans une société, il est dans du chacun pour soi, sa question c’est comment s’extraire de la masse. Andy Warhol prophétisait déjà les 15 minutes de célébrité pour chacun. La société du spectacle, du chacun pour soi, est un phénomène qui a commencé dès les années 70-80. Pour moi, Joker c’est quelqu’un qui n’a plus de contacts sociaux. Je vois le film comme une critique de l’ultralibéralisme, de l’absence de tissu social."

Samuel Blumenfeld : "La dimension intéressante du Joker — contrairement au film de Tim Burton dans lequel Jack Nicholson incarnait un peintre raté — c'est que Todd Phillips et son scénariste ont fait de lui un artiste de stand up raté, qui aimerait apparaître dans les médias. Sauf que, ne parvenant pas à faire carrière à la télévision, il va la faire "dans la rue" en se transformant en assassin. Cette référence à la "société du spectacle" — déjà explorée par Scorsese dans La Valse des pantins — prend une toute autre force à l’aune des années 2010, d’une société que l'on ne pourrait même plus qualifier du spectacle mais d’Internet, du selfie, etc. Cette aspiration du personnage à la célébrité trouve une résonance très forte aujourd’hui — parce qu'elle est précisément le fantasme véhiculé par le Web.  S'il y a bien une dimension politique à cette critique, la relier à un discours de droite ou de gauche me paraît à a fois hasardeux et pauvre."

Musiques diffusées

  • Cassandra Wilson, Death Letter
  • The Heavy, How you like me now
  • Rob Zombie, Pussy Liquor
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