LE DIRECT
Hot temperatures and deforestation have reduced water level at Los Laureles and Concepcion to 50 percent of their capacity which will soon cause water rationing in the Honduran capital.

La fin du monde

46 min
À retrouver dans l'émission

Nous parlerons du livre "Le Mal qui vient. Essai hâtif sur la fin des temps" de Pierre-Henri Castel en compagnie de Pierre-Henri Castel, de Jean-Baptiste Fressoz et de Paul Jorion.

Hot temperatures and deforestation have reduced water level at Los Laureles and Concepcion to 50 percent of their capacity which will soon cause water rationing in the Honduran capital.
Hot temperatures and deforestation have reduced water level at Los Laureles and Concepcion to 50 percent of their capacity which will soon cause water rationing in the Honduran capital. Crédits : Orlando SIERRA / AFP - AFP

Paul Jorion a été présenté par erreur à l'antenne comme étant le titulaire de la chaire "Ethique et Transhumanisme" à l'Université Catholique de Lille. Le titulaire de cette chaire est David Doat, maître de conférences en philosophie. Paul Jorion est professeur associé à cette même Chaire.

C'est un livre de moraliste qui ne propose pas de solution et qui n'éclaire pas la décision politique . (...) Il est aujourd'hui difficile de mobiliser une heuristique de la peur. La crise environnementale que nous vivons est liée à des processus lents, mystérieux...  L'angoisse peut être paralysante. Elle pose la question de la hâte: prélever au détriment des autres les dernières richesses (Pierre-Henri Castel)

L’une des façons dont se raconte l’époque est sans aucun doute le sentiment de sa fin. Le How it ends. Annihilation. La nuit a dévoré le monde. Anna and the apocalypse. Hurricane, sont par exemple les titres de quelques-uns seulement des films sortis depuis le début de cette année. La plupart, bien sûr traitent des conséquences apocalyptiques du réchauffement climatiques que même Donald Trump ne conteste plus. Le monde se meurt, la catastrophe en cours  est immense, peut-être sans précédent dans l’histoire humaine, écrivait ainsi l’astrophysicien Aurélien Barrau, dans une tribune parue sur le site Diakritik le 27 août dernier, soit par hasard la veille de la démission de Nicolas Hulot. Le mois suivant une pétition appelant à "éviter le pire" publiée dans le Monde réunissait 400 signatures parmi lesquelles Isabelle Adjani, Alain Delon, Emmanuel Carrère, Ethan Hawke, Christopher Hampton, Tim Robbins, le chanteur Raphaël  et Isabella Rosselini. Le 8 octobre enfin paraissait le dernier rapport du GIEC, le Groupe d’Expert Intergouvernemental sur l’Evolution, montrant que si rien n’est fait à l’échelle mondiale, la température à la fin du siècle aura augmenté de 5,5°. 

Mais le sentiment de cataclysme qui traîne dans l’air est-il la seule conséquence de ces mauvaises nouvelles ? Ou faut-il y ajouter la crise des réfugiés en Europe et, plus généralement, de la situation politique mondiale inédite depuis la fin de la seconde guerre mondiale ? Qui n’a pas eu le sentiment d’une catastrophe tragique en voyant Trump arriver au pouvoir ? Des amis brésiliens avec qui je parlais ce matin évoquaient l'apocalypse des prochaines présidentielles. Et que dire du meurtre d’un journaliste dans le Consulat de l’Arabie Saoudite à Ankara  ou de certains experts américains qui estiment à 25% le risque d’un conflit nucléaire entre les USA et la Corée du Nord avant la fin du mandat Trump ? La fin de la guerre froide a fait croire un temps que l’équilibre de la terreur nucléaire était à ranger aux oubliettes, que le monde allait désormais avancer vers le progrès. Dix-huit ans plus tard, ce n’est pas au retour de l’Histoire que l’on assiste, mais au sentiment dominant que le monde tout entier est entré dans un temps chaotique qui prélude peut-être, si rien n’est fait, à la fin de tout. 

La plupart de ceux qui écrivent sur ce sujet tirent la sonnette d’alarme. Il faut éveiller les  consciences, il faut se mobiliser si l’on veut avoir une petite chance d’éviter la catastrophe. Un petit ouvrage qui sort en ce moment, le mal qui vient, prend un point de vue tout à fait différent. Il ne s’agit pas d’un livre sur l’écologie ou sur la tyrannie politique mais d’un livre de morale à mi-chemin entre la philosophie et la psychanalyse, qui part d’un constat glaçant : l’apocalypse est inévitable. Les hommes de la fin, ce sont nous. La questions qui se pose n’est plus de l’éviter mais de savoir comment la vivre. 

_La pensée de l'effondrement est extrêmement dangereuse. Elle est très ancienne. Nous avons le résultat de ce que nous avons voulu. Mais il ne s'agit pas d'une catastrophe à venir. Les sociétés sont dès à présent impactées, de manière très inégalitaire. Les riches des pays riches n'ont pratiquement rien à craindre dans un temps relativement long. En revanche, les pauvres des pays pauvres sont déjà très lourdement impactés.  _Jean-Baptiste Fressoz

Nous vivons sur une bande extrêmement étroite qui se réduit comme peau de chagrin. Nous devons construire la représentation la plus lucide possible de l'état du monde aujourd'hui. Et cette représentation conduit à la peur. Paul Jorion

Programmation sonore

- Arnold Schoenberg : " Gurrelieder : Stimme der waldtaube : tauben von gurre ! sorge quält mich "direction Eza Pekka Salonen, Philharmonia Orchestra

- Hubert Félix Thiefaine : " Alligator 427 "

- Catastrophe : " Phoenix" ( il y aura un matin) 

Intervenants
  • philosophe, psychanalyste, directeur de recherches au CNRS, EHESS/Paris Sciences et Lettres, LIER-Fonds Yan Thomas
  • historien des sciences, des techniques et de l'environnement
  • Anthropologue, économiste et professeur associé à la chaire Ethique et transhumanisme à l’université catholique de Lille
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
À venir dans ... secondes ...par......