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Variété des journaux en kiosque, 2015.

La gauche et l'héritage des Lumières

43 min
À retrouver dans l'émission

A l'heure où s'ouvre le procès des attentats de janvier 2015 et que le débat sur les caricatures se fait entendre à nouveau, où en est-on à gauche avec l'universalisme ?

Variété des journaux en kiosque, 2015.
Variété des journaux en kiosque, 2015. Crédits : Philippe Huguen - AFP

C’est dans les situations de chaos collectif que le besoin de penseurs calmes et rationnels se fait le plus sentir. Le problème est que c’est dans ces moments-là qu’ils se font le plus rare. Le problème en d’autres termes, c’est que la raison a besoin de la raison pour penser. Quand le monde devient fou, les tenants de la raison, les Intellectuels sont souvent les premiers à entrer dans la danse.

L’ouverture du procès des attentats de Janvier 2015 à rouvert à gauche les débats autour des caricatures et de la délicate balance entre liberté d’expression et ce que tout le monde appelle le "respect" que l’on dit dû aux minorités ; minorités qui deviennent si nombreuses avec le temps que l’on risque de se trouver vite dans la situation qui prédomine aux Etats-Unis où il devient impossible de ne pas offenser quelqu’un sitôt que l’on prend la parole. 

Ce débat sur l’actualité en cache un autre, plus profond. Selon un courant de pensée de plus en plus puissant des deux côtés de l’Atlantique, c’est la philosophie occidentale des Lumières, qui permettait croyait-on la libre expression de chacun, qui serait en fait l’ultime responsable des dérives de cette même liberté. Sous couvert de liberté et d’universalisme, les Lumières auraient permis l’esclavage, la colonisation, le racisme, le capitalisme mondial et même Hitler. Etre vraiment de gauche aujourd’hui se serait donc déboulonner les statues de Voltaire et Montesquieu en plus de celles des grands navigateurs et commerçants.

La gauche du XXIe siècle est-elle contre les lumières ? 

"Les Lumières : besoin de tout comprendre, de tout harmoniser, comme l'aspiration encyclopédique et cosmopolite ; la passion de la science et de l'humanité". Jean Jaurès

-Nouvelle écoute pour cette émission initialement diffusée le 6 septembre 2020-

La critique des Lumières

La critique des Lumières remonte aux années 1960-1970 et aux courants de pensée structuraliste, post-structuraliste et post-moderne. Stéphanie Roza définit les Lumières comme un mouvement pluriel et paradoxal. 

"Le problème n'est pas de nier cette dimension-là [raciste et antisémite] des écrits de Voltaire, mais de les replacer dans leur contexte et le cadre des débats de l'époque". 

"En revanche, il y a quelque chose que toute cette mouvance [de critique des Lumières] oublie en faisant preuve d'un manque de sens historique évident : c'est que Voltaire a défendu les minorités. Il s'est élevé contre la persécution des juifs, des protestants. Bien sûr, Voltaire n'était pas exempte de préjugés. Ce qui importe de voir, ce sont les pas en avant pour sortir de l'ethnocentrisme. Et comprendre pourquoi les Lumières ont servi de base aux combats émancipateurs qui ont suivis." Stéphanie Roza

"Revenir en deçà de la période des Lumières -comme le souhaite le collectif Constellations- c'est également revenir en deçà du progressisme et également des acquis de la Révolution française donc de l'égalité civique et d'une conception scientifique du monde qui a permis des progrès." Stéphanie Roza

Archéologie de la tendance anti-moderne à gauche

La grande question qui se pose après-guerre est : comment l'Occident des Lumières a-t-il pu engendrer les catastrophes du XXe siècle ? 

Marc Weitzmann évoque l'optimisme dans la tradition des Lumières et la confiance en la capacité des sociétés humaines à faire bon usage du progrès. 

"Dans les années 1960-1970, ces intellectuels de gauche vont s'opposer à ces partis -sociaux-démocrates, communistes- et aussi à toute cette tradition philosophique et politique dans laquelle ils s'enracinent. A mon avis, un pas de trop est franchi". Stéphanie Roza

Pour aller plus loin :

Article "L’universel lave-t-il plus blanc ?" : "Race", racisme et système de privilèges, Horia Kebabza, Les Cahiers du Cedref, 2006.

Article "Voltaire Spread Darkness, Not Enlightenment. France Should Stop Worshipping Him", Nabila Ramdani, Foreign Policy, 31 août 2020.

Références musicales :

She Keeps Bees : Vulture

David Olney : You never know

Joan Osborne : High Water

Intervenants
  • Chargée de recherches au CNRS, spécialiste des Lumières et de la Révolution française.
L'équipe
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