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"Le Jeu de la dame" ou l'ode aux femmes intelligentes

42 min
À retrouver dans l'émission

The Queen's Gambit/Le Jeu de la dame : comment une série centrée sur un jeu immobile devient un succès planétaire ?

Echecs
Echecs Crédits : Cavan Images - Getty

"Le Jeu de la Dame", ou “The Queen’s Gambit” est une mini-série, située en pleine Guerre froide, qui raconte l'histoire de Beth Harmon. La jeune fille, initiée aux échecs par un employé marginal de l’orphelinat sinistre où elle a été placée à 9 ans après le suicide de sa mère, va faire son chemin dans le monde international des échecs, dominé par les hommes. 

Adaptée d’un livre écrit par un romancier oublié et centrée sur un jeu cérébral à priori pas du tout spectaculaire, où les protagonistes silencieux passent leur temps vissés sur leurs chaises devant un échiquier, la série mise en ligne par Netflix le 23 octobre dernier est devenue en quelques mois un phénomène planétaire. 62 millions de foyers dans le monde ont regardé au moins une partie de la série, et partout où elle a été diffusée, elle a réveillé un intérêt pour les échecs, en particulier auprès des femmes et des jeunes filles.

Chess.com, l’un des principaux sites de jeu d’échec en ligne, annonce par ailleurs avoir enregistré plus de deux millions de joueurs supplémentaires depuis la sortie de la série, et les inscriptions de femmes sont en hausse de 15%.

Un autre site, Premier Chess, précise que les inscriptions à des leçons virtuelles cet automne ont crû de 50%, et concernent en grande partie des femmes. À la Chess Max Academy de Manhattan, la demande de cours particuliers a aussi doublé. 

Et le phénomène n’est pas seulement américain. Depuis le lancement de la série, les fabricants d’échiquiers indiquent une augmentation des ventes entre 215 et 1000%. 

Qu’est-ce qui explique le succès de cette série dont l’héroïne arrogante, solitaire et glamour, féministe et féminine, va à l’encontre des discours en vogue d'aujourd’hui ?

Le don et la colère vont-ils de pair dans le monde des échecs ? 

Marc Weitzmann rappelle que dans l’oeuvre de l'auteur du livre, Walter Tevis, on retrouve souvent un lien entre la tendance à l’autodestruction et le talent inné.

Ce qui est fascinant dans la série, c’est la façon dont est représentée le génie extrême : on assiste à l’itinéraire d’un personnage qui va se développer dans une perspective perfectionniste. Elle essaie constamment de se vaincre elle-même, car elle est son pire ennemi. La série montre cette  transformation d'une adolescente étrange et ingrate en un personnage puissant, qui parvient à contourner tous les obstacles.  
Sandra Laugier

Techniquement, c’est une représentation parfaite, et c’est sûrement ce qui plaît le plus aux joueurs. Mais ce que montre la série, c’est plutôt une image que les gens ont du joueur d’échecs, qui serait troublé ou fou. Ce n'est pas quelque chose que j'ai pu observé dans la réalité.  
Andreaa Navrotescu

Un récit d'apprentissage hollywoodien

On retrouve dans la série une idée structurante du cinéma hollywoodien, qui a toutefois un peu disparu aujourd’hui : pour avoir un héros, il faut d’abord un mentor. Et il y a autre chose de très américain : le don, dont vous héritez, vous offre d’abord une émancipation financière.  
Samuel Blumenfeld

Pour moi, c’était une affaire de famille, mon père est maître international et m’a appris à jouer. Pour le personnage de Beth, c’est très différent, les échecs sont un échappatoire. Mais comme pour elle, les échecs ont été pour moi un ascenseur social en France. Toutefois, dans la série, la situation des femmes n’est pas réaliste. Nous sommes encore aujourd'hui une minorité, et nous ne sommes pas considérées comme joueurs, mais joueuses d’échecs. La série est donc plus un idéal de ce que devrait être la place de la femme dans les échecs.   
Andreaa Navrotescu

Pour aller plus loin

Chroniques philosophiques : meilleures ennemies, Libération, de Sandra Laugier, 3 décembre 2020.
Comment "Le Jeu de la Dame", la série la plus regardée de Netflix, redonne goût aux échecs, Midi Libre, 30 novembre 2020.

Musiques :

Peggy Lee : fever

Peter Cicotti : hangover city

Mavis Staple : eyes on the prize

Bibliographie

Intervenants
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