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Spike Lee, who wears knuckle rings with love and hate on them attends the screening of 'Blackkklansman' during the 71st annual Cannes Film Festival at Palais des Festivals on May 14, 2018 in Cannes

Les métamorphoses politiques de Spike Lee

45 min
À retrouver dans l'émission

Dans les années 1990, Spike Lee réalisait des films polémiques, "Malcom X", "Do the Right Thing" et d'autres qui ont divisé le public et la critique. "BlackKklansman" offre contre Trump une oeuvre étrangement œcuménique. A-t-il changé ou bien est-ce la radicalité qui n'est plus ce qu'elle était?

Spike Lee, who wears knuckle rings with love and hate on them attends the screening of 'Blackkklansman' during the 71st annual Cannes Film Festival at Palais des Festivals on May 14, 2018 in Cannes
Spike Lee, who wears knuckle rings with love and hate on them attends the screening of 'Blackkklansman' during the 71st annual Cannes Film Festival at Palais des Festivals on May 14, 2018 in Cannes Crédits : Venturelli/WireImage - Getty

Balckkklansman  s’inspire d’une histoire authentique qui s’est déroulée en 1979,  celle de Ron Stallworth, le seul agent noir de la police de la ville de Colorado Spring, qui a infiltré la cellule locale du KuKlux Klan pendant plusieurs mois avec l’aide d’un co-équipier blanc.  Stallworth parlait aux membres du Klan au téléphone, et son partenaire blanc allait à sa place aux réunions en portant son nom. Spike Lee exploite à fond dans son film ce canevas de farce et de changement d’identité , pour en faire une sorte de métaphore militante. Dans le film, le co-équipier de Ron Stallworth est juif, et même la militante des Black Panthers théoriquement hostile aux policiers se range finalement dans le camp des deux hommes. Tous sont unis par un même but, plus que jamais actuel nous dit Spike Lee. Tous combattent le même ennemi. 

Dans son film, Spike Lee  fait ouvertement le lien entre le combat pour les droits civiques des années 60-70 et le mouvement black lives matter aujourd’hui. Il s’achève d’ailleurs sur les images de la manifestation "Unite the right" de Charlottesville l’année dernière, à laquelle le vrai David Duke a participé, qui a fait une victime,  et que Donald Trump a refusé de condamner. C’est contre cela que Spike Lee prêche l’union des Noirs, des Juifs, des policiers et des militants révolutionnaires.   Alors que le monde a changé et que la situation aux Etats-Unis se fait tragique, le réalisateur de Malcolm X abandonne ici ses positions les plus dures. Il n’est plus question de brûler le drapeau américain, comme dans les premières images de Malcolm X, mais de défendre l’Amérique multiculturelle.

Documents sonores

Extraits du film "BlackKklansman" de Spike Lee, 2018

"Strange Fruits" dans la version de Nina Simone

" Can I get a witness " de Camille Yarbrough, dans la version du disque Ancestor House.

"F... tha Corporate World" par Afroman

"Pour Spike Lee, il y a une sorte de continuité qui nous amène jusqu'à Charlottesville; il y a un changement qui est faible par rapport aux forces de la continuité" (André Kaspi)

"Il y a un enjeu politique.  Spike Lee vise à empêcher la réélection de Trump en montrant bien que Trump c'est la même chose que David Duke" (Eric Fassin)

"Une chose qui me frappe dans le film de Spike Lee est la lecture qu'il fait des images. Il y a une volonté de tracer une généalogie de la représentation du Noir à l'écran depuis le film Naissance d'une nation qui fait l'éloge du Ku Klux Klan "(Samuel Blumenfeld)

Intervenants
  • historien, spécialiste des Etats-Unis
  • sociologue, Professeur à l’Université Paris-8 Vincennes-Saint Denis (Département de science politique et Département d’études de genre), Chercheur au LEGS (Laboratoire d'études de genre et de sexualité, CNRS / Paris-8 / Paris-Nanterre)
  • journaliste au journal Le Monde
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