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Le 28 septembre 2019 à Paris, Raphaël Enthoven prononçait un discours devant la Convention de la droite, le philosophe et essayiste était venu représenter « l'autre camp » auprès du public rassemblé par Marion Maréchal

Les populismes sont-ils des mouvements destinés à perdre ?

45 min
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Comment déconstruire le discours populiste ? Il est rare qu’un philosophe se risque à exposer ses arguments devant ceux-là mêmes qu’il considère comme ses ennemis. C'est ce qu'a fait pourtant Raphaël Enthoven, invité à s'exprimer devant la Convention de la droite le 28 septembre dernier.

Le 28 septembre 2019 à Paris, Raphaël Enthoven prononçait un discours devant la Convention de la droite, le philosophe et essayiste était venu représenter « l'autre camp » auprès du public rassemblé par Marion Maréchal
Le 28 septembre 2019 à Paris, Raphaël Enthoven prononçait un discours devant la Convention de la droite, le philosophe et essayiste était venu représenter « l'autre camp » auprès du public rassemblé par Marion Maréchal Crédits : Sameer Al-Doumy / AFP - AFP

Le rassemblement baptisé Convention de la droite qui s’est déroulé à La Palmeraie à Paris le 28 septembre dernier, et qui a surtout réuni les partisans de Marion Maréchal, voulait s’inscrire dans l’air du temps qui est, comme on sait, au populisme. Il a fait couler beaucoup d’encre, surtout du fait de la présence d’Eric Zemmour. Arrimé au pupitre, celui-ci n’a pourtant pas dit grand-chose de neuf ni spécialement brillé par ses talents d’orateur, mais la presse - y compris la presse de gauche - avait manifestement décidé de lui assurer une publicité de scandale, ce qui a permis une diffusion majeure non seulement de sa parole mais de cette Convention elle-même, et de ses accents populistes. Cet emballement médiatique a en outre contribué à marginaliser ce qui était peut-être la seule vraie nouveauté ce jour-là : l’invitation lancée par les organisateurs  à un contradicteur, en l’occurrence le philosophe Raphaël Enthoven, venu pour les "déconstruire", et pour affirmer devant eux que, contrairement à ce qu’ils croient, les populistes sont destinés à perdre. Comme il est assez rare qu’un philosophe choisisse de venir ainsi s’exposer et exposer ses arguments chez ceux qu’il considère comme ses ennemis - et qui le lui rendent bien - ce geste soulève un certain nombre de questions que nous avons décidé de lui poser. Au premier rang desquelles celle de savoir s'il fallait ou non "y aller".

Raphaël Enthoven : « Il fallait y aller. La logique d’opposition systématique aux idées d’extrême-droite, dans laquelle pourtant j’ai été élevé, qui a bercé toute mon enfance, a depuis longtemps montré ses limites. Je pense qu'il faut désormais lui substituer une logique contradictoire, une logique de débat, de démontage des arguments un par un. Et à ce titre, la liberté qui m’a été donnée de pouvoir dire ce que j'avais à dire pendant 20 minutes sans être interrompu me semble inestimable.

Peut-on vraiment affirmer au sujet des mouvements populistes que leur avenir politique sera celui d'une "force d’appoint" ?

Raphaël Enthoven : Le populisme avère une loi de la politique qui est que les qualités pour conquérir le pouvoir ne sont jamais les qualités qui font les bons gouvernants.

Alexandre Devecchio : _Je serai loin d'être aussi définitif sur ce constat. S’il y avait des élections demain, il n’est pas dit que Matteo Salvini ni Boris Johnson ne reviendraient pas au pouvoir. Quant à Trump, la procédure d’_impeachment en cours montre bien que les démocrates ne sont pas sûrs de gagner : il dispose d'un socle solide et de résultats économiques beaucoup moins apocalyptiques qu’on le disait. Quant à Orban, avec quatre mandats, il s’est ancré dans la durée. Je ne suis pas sûr que le monde populiste sera le monde de demain mais par contre je suis sûr que l’ordre global est vacillant. Je pense comme Gramsci qu’un monde est en train de disparaître et un autre est en train de naître.

De même, comment peut-on affirmer que le libéralisme - entendu au sens des valeurs - continuera à être le mode de pensée dominant au sein de nos sociétés ?

Raphaël Enthoven : Si l'on regarde le destin des droits sociétaux acquis comme la PMA, l’IVG, ou l’abolition de la peine de mort, nous n’avons jamais vu en démocratie - à moins d’un changement de régime - une liberté accordée, puis retirée. On n’a jamais vu une démocratie accorder l’IVG par exemple et puis ensuite, à la faveur d’une alternance, revenir là-dessus. En dépit des palinodies de certains politiciens. Mon point de vue est pragmatique, il n’y aucune téléologie, aucun sens de  l’histoire dans ma position. Je ne dis pas que les libertés sont irréversibles mais je constate que l’obtention d’une liberté fondamentale en démocratie est un palier en-deça duquel on ne peut pas revenir. C’est un fait avéré par l’Histoire. Pa conséquent, je pense que proposer ce chemin-là politiquement à un corps électoral, c’est le contraindre à la minorité. Je ne vois pas de victoire possible dans un cahier des charges de cette nature. 

Alexandre Devecchio : Mon désaccord fondamental avec Raphaël Enthoven tient à son constat que notre société serait "incurablement libérale", je n’en suis pas sûr. Beaucoup de gens sont en colère, votent pour certains partis extrêmes et je ne suis pas sûr que la meilleure stratégie soit de les traiter comme des "débris de l’histoire" qui vont automatiquement perdre. Je pense au contraire qu’il faut travailler à une réconciliation. Balayer un mouvement comme celui des Gilets Jaunes en disant qu’il ne signifie "rien" est une erreur. Je crois au contraire qu’il signifie beaucoup de choses et qu’il faut en tenir compte à l’avenir sinon on va avoir des mouvements de plus en plus violents. Dans mon livre, j'adresse une mise en garde aux élites, aux tenants du statu quo, pour leur dire "Attention ça va vous péter à la figure, essayez de vous préoccuper de la colère, du cri de révolte légitime de ceux d’en face". 

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