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Identités multiples.

L’Irréconciliée : Fatima Daas, entre la loi du groupe et la tyrannie du désir

42 min
À retrouver dans l'émission

Signes des Temps, première : qu'est-ce qu'appartenir, qu'est-ce qu'une identité ? Musulmane pratiquante et lesbienne "pécheresse", femme individualiste et militante féministe, Fatima Daas signe un premier livre âpre, parfois discutable et sans concession : "La petite dernière".

Identités multiples.
Identités multiples. Crédits : Jonathan Knowles - Getty

Qu’est-ce qu’une identité ? Comment être soi, quand on est plusieurs choses sans se reconnaître dans aucune, comment faire concilier en soi, ce dont on hérite et ce que l’on croit choisir, l’ordre du groupe et la loi du désir, la nostalgie de l’appartenance et la quête d’autonomie ? 

Légitimes ou absurdes, ou les deux à la fois, ces questions sous-tendent une bonne part des débats autour du genre et de l’origine de la France post-attentats et post-mouvement MeToo.

Elles sont aussi au cœur d’un petit livre qui sort en cette rentrée littéraire : La petite Dernière de Fatima Daas, un premier roman âpre, qui est aussi une sorte d’autoportrait volontairement heurté. La petite Dernière est déjà sélectionné pour le Prix du Monde, bénéficiant d’un blurb de Virginie Despentes, le livre de Fatima Daas dessine par petites touches et par silences le parcours volontairement heurté d’une femme lesbienne affirmée et musulmane pratiquante, banlieusarde et parisienne, française et algérienne.

La petite Dernière est un autoportrait semi-fictif ; l'auteure porte le pseudonyme de sa narratrice. 

"Elle continue de se convertir à l'islam, elle considère que l'islam est une quête au même titre que l'amour. [...] Elle a un sentiment de honte qui la pousse à faire taire tout désir dont son désir de vivre son homosexualité." Fatima Daas

"Ce sentiment de honte est à mettre en relation avec la manière dont Fatima s'est construite. C'est lié à la honte de la précarité, la honte d'être lesbienne, la honte d'être différente, d'être française à l'intérieur de sa famille, d'être algérienne à Paris, la honte d'une double culture, la honte de venir de Clichy-sous-Bois et aussi la honte des actes violents qu'elle a pu commettre. Cette honte, c'est au sein de sa famille qu'elle commence. [...] Quand on est homosexuel, qu'on soit musulman, catholique, juif, la honte peut surgir parce qu'on se sent différent des autres." Fatima Daas

Des choix irréconciliables 

Fatima Daas évoque sa foi et sa sexualité homosexuelle. Elle choisi d'aimer Dieu tout en n'essayant pas de réformer l'islam, elle se perçoit comme "pécheresse".

Quelles possibilités et quel cadre pour vivre publiquement ces conflits ? 

Marc Weitzmann pose la question : est-ce que ce livre La petite Dernière aurait pu exister, par exemple, en Algérie dans les années 90 ? 

"Je n'ai pas envie de dire que c'est mieux en France ; je ne le pense pas. C'est moins terrible en France ! Bien sûr qu'il y a des choses qu'on peut s'autoriser ici, qu'on ne pourrait pas s'autoriser ailleurs... Je pense qu'il y a aussi beaucoup de violence ici..." Fatima Daas

"En France, par exemple, on peut vivre la douleur de la non-réconciliation, la douleur de ce que c'est qu'écrire un livre et de vivre le conflit à visage découvert, ce qu'on ne peut pas faire publiquement ailleurs. Ça ne veut pas dire que les choses sont confortables ; cela reste un conflit ! Mais au moins, vous pouvez le vivre et vous pouvez l'exprimer." Marc Weitzmann

Références musicales : 

Kendrik Lamar : Love

Maryam Salem & Zeid Hamdan : Emchi Ala Rimchi

Big Sexy Noise : Trust The Witch

Bibliographie

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PapichaMounia MeddourJour2fête, 2019

Intervenants
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