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Aux portes de l'Europe, des "bateaux-mondes", symboles de l'humanité entière

47 min
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Qu’est-ce qui suscite l'émotion collective ? En cette rentrée littéraire, Signes des Temps pose la question du pouvoir de la littérature face aux drames humains à deux écrivains du "réel", Fatou Diome qui publie "Les veilleurs de Sangomar" et Louis-Philippe Dalembert, auteur de "Mur Méditerranée".

Crédits : MAIQUE MADEIRA / AFP - AFP

"Où sont vos monuments, vos batailles, vos martyrs ? Où est votre mémoire tribale ? Messieurs, dans ce caveau gris. La mer. La mer les a enfermés." Derek Walcott, poète caribéen, Prix Nobel de littérature

Qu’est-ce qui détermine l’émotion dans notre époque marquée par les crises et les bouleversements permanents ? Qu’est-ce qui fait que tel naufrage, tel drame humain, nous touche ou pas ? Et quand on est échappe de peu à la catastrophe, qu'elle soit maritime ou migratoire, comment lui survit-on ? Comment appelle-t-on les endeuillés ? Certains mots manquent cruellement à la langue française. Marie Darrieussecq rappelait récemment que pour désigner cette nouvelle catégorie de la population mondiale qui pourrait bien devenir de plus en plus importante à l’avenir, on ne trouve même pas de nom : migrants ? exilés ? réfugiés ? déplacés ? 

Voici quelques unes des questions qui permettent de jeter des ponts entre deux romans qui, à première vue, ne partageaient rien d'autre que le motif du bateau - "cette humanité en miniature" - en cette rentrée littéraire : Les veilleurs de Sangomar (Albin Michel) et Mur Méditerranée (Sabine Wespieser) et de faire dialoguer leurs auteurs respectifs, Fatou Diome et Louis-Philippe Dalembert.

"Coumba ne dormait presque plus depuis qu'elle avait appris par la radio que le Joola avait sombré et, avec lui, ce qu'elle avait de plus cher au monde : son ami d'enfance, son confident, Bouba son tendre époux. Elle était alors à Dakar, avec leur fille de cinq mois, dans leur minuscule studio de jeunes mariés désargentés. (...) Dès le lendemain, il fallait partir, quitter ce lieu où le malheur était venu les frapper. Partir ! Parce que la vie elle-même les harcelait, les mettait à l'étroit dans l'angoisse. (...) De l'eau ! Au lever, ils n'avalèrent que de l'eau parce qu'ils n'avaient plus de larmes. De l'air ! Il leur fallait de l'air, prendre le large pour ménager leurs poumons comprimés par la douleur. Las, ils partirent, chassés par le glas." Fatou Diome extrait de Les veilleurs de Sangomar (Albin Michel)

Fatou Diome : En 2002, 2 000 personnes ont péri dans le naufrage du Joola, au large de la Gambie. Ce bateau était à lui seul comme une miniature de l’humanité. Il y avait à bord des gens de plusieurs nationalités, de tous les âges, des touristes français, des commerçants de Dakar. C’est un traumatisme pour le peuple sénégalais, et j’ai été choquée que cela ne fasse pas plus de bruit. 

Comment un écrivain haïtien en vient-il à écrire sur le sort de migrants africains ?

Louis-Philippe Dalembert : En tout premier lieu, et tout simplement, parce que je suis un être humain. Mais aussi parce que j’appartiens à une génération qui a été marquée par les drames des boat people cubains qui cherchaient à atteindre les Etats-Unis, et haïtiens, qui fuyaient la dictature duvaliériste dans les années 1970-1980 : toute mon adolescence a été marquée par cela. 

Leur rêve était d’ériger un mur en Méditerranée pour barrer la route aux envahisseurs musulmans du Sud comme cela se faisait déjà dans d’autres régions du monde qui avaient plus à cœur l’avenir de leurs citoyens. Il suffisait de le vouloir. Une telle prouesse technologique démontrerait la supériorité de la civilisation européenne sur les autres. Louis-Philippe Dalembert, extrait de Mur Méditerranée (Sabine Wespieser)

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