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National Endowment for the Arts, petit Ministère de la Culture américain

La politique culturelle américaine trois ans après la victoire de Donald Trump

1h19
À retrouver dans l'émission

Trois ans après la victoire de Donald Trump, quel bilan tirer de la politique culturelle américaine ? Détour par une histoire mouvementée et singulière d'une politique qui ne fait pas consensus, de Roosevelt à aujourd'hui.

National Endowment for the Arts, petit Ministère de la Culture américain
National Endowment for the Arts, petit Ministère de la Culture américain Crédits : JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP - AFP

Le 17 mars 1941, le Président Franklin Roosevelt inaugurait la National Gallery, le principal musée de Washington et le seul musée véritablement public aux États-Unis. Entre la Grande Dépression et l'entrée en guerre des Etats-Unis, Roosevelt prononce un discours essentiel,  l’un des plus importants de toute l’histoire de la politique culturelle américaine. (Discours à réécouter sur le podcast).

Après Roosevelt, sous Truman et Eisenhower, la politique culturelle se précise et l'emprise de la « guerre froide » cristallise  la conception et le crédit que les hommes politiques accorderont à la culture du point de vue des pouvoirs publics. 

L'artiste Duke Ellington et le Président Harry Truman déchiffrant une partition musicale, à la Maison Blanche, le 29 septembre 1950.
L'artiste Duke Ellington et le Président Harry Truman déchiffrant une partition musicale, à la Maison Blanche, le 29 septembre 1950. Crédits : BIO DUKE ELLINGTON - HARRY TRUMAN - AFP

Ce mouvement se généralise sous Kennedy, qui va défendre la liberté de l’artiste et sa nature intrinsèquement critique, face aux Soviétiques et à l'emprise du pouvoir sur la création en URSS. Un mois avant son assassinat, le président Kennedy prononce un discours majeur, le 26 octobre 1963 à l’occasion d’un hommage au poète Robert Frost, à l’université Amherst. 

Assassiné, Kennedy n’aura pas eu le temps de bâtir la politique artistique qu’il avait envisagé avec son principal conseiller, Arthur Schlesinger. Et de fait, c’est Johnson qui crée l’agence culturelle américaine, un véritable petit ministère des arts aux Etats-Unis : le National Endowment for the Arts. Toutefois, les sixties et le tournant de 1968 comme la Guerre du Vietnam font infléchir le rôle qu'il accorde aux artistes, comme en témoigne le discours prononcé le 21 novembre 1968.

Richard Nixon succédant à Lyndon Johnson, la politique culturelle apparaît alors renouvelée et très favorable aux artistes : Duke Ellington joue pour lui à la Maison Blanche. Le budget du NEA, l’agence culturelle américaine, va considérablement augmenter durant le premier mandat de Nixon (discours à écouter sur le podcast).

La politique culturelle américaine est donc bien singulière et apparaît comme un contre modèle en comparaison avec la gestion par l'État en France des affaires culturelles.

Jimmy Carter résume avec ironie cet antagonisme : 

Nous n'avons pas de ministère de la Culture aux Etats-Unis, et je prie pour qu'il n'y en ait jamais.

À la place de la défense élitiste de la culture, Carter privilégie l'éducation artistique, l'art vers les communautés ethniques, la diversité culturelle. 

La politique américaine peut ainsi s'interpréter comme les deux faces de la notion de culture, comme la démarcation de la high culture, de la culture d'élite d'une part, et de la culture comme reflet des identités communautaires d'autre part. De Reagan à Trump, les Républicains seront sur une ligne plutôt élitiste et mettront l'accent sur la philanthropie culturelle, alors que de Clinton à Obama, les Démocrates seront beaucoup plus enclins à mettre en avant la notion de diversité culturelle.

Cette émission "soft power" propose, au-delà des débats avec deux spécialistes de la politique culturelle américaine sur la politique artistique de Donald Trump, de nombreuses archives sonores des discours présidentiels antérieurs sur la culture (Roosevelt, Johnson, Nixon, Carter, Reagan, Clinton et Obama), ainsi qu'un entretien avec le dramaturge américain Tony Kushner. 

POUR ALLER PLUS LOIN : 

• Sur la politique culturelle de Roosevelt : William F. McDonald, Federal Relief Administration and the Arts (1969)

• Sur la politique culturelle de Kennedy : Arthur Schlesinger, A Thousand Days, John F. Kennedy in the White House (1965)

• Sur la politique culturelle de Johnson : Robert Caro, The Years of Lyndon Johnson (3 tomes, 1990-2002)

• Sur la politique culturelle de Nixon : Michael Straight, Nancy Hanks , An Intimate Portrait, The Creation of the National Endowment for the Arts (1988)

• Sur la politique culturelle de Jimmy Carter : Livingston Biddle, Our Government and their Arts (1988) 

• Sur la politique culturelle américaine en général, de Roosevelt à Obama, et les "culture wars" en particulier : Frédéric Martel, De la Culture en Amérique (Gallimard, 2006, en poche Champs Essais, 2011).

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La Nuit Blanche
Intervenants
  • Spécialiste de la politique des arts américaine, Professeure à l'Université d’Indiana
  • professeure à l’université George Mason de Virginie, auteure de « Understanding Cultural Policy » (publié chez Routlege en 2018)
  • journaliste à Radio France, correspondant à Washington
  • Interprète de conférence et traducteur
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