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Des véhicules blindés en patrouille, août 2021.

Le soft power compliqué des casques bleus français au Liban

1h33
À retrouver dans l'émission

REPORTAGE – Sept cent soldats français portent actuellement le casque bleu au Sud Liban. Force « intérimaire » appelée à durer, la mission DAMAN est un symbole de coopération pacifique et de « soft power » français. Une émission spéciale de France Culture sur la « Blue line ».

Des véhicules blindés en patrouille, août 2021.
Des véhicules blindés en patrouille, août 2021. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

Le long reportage publié ci-dessous est le complément de l’émission « Soft Power » à écouter en podcast. Il comprend des ajouts significatifs et de nombreuses informations complémentaires.

Cet article est dédié à la mémoire de l’Adjudant-chef Ludovic Logez (Daman 40), décédé en mission durant ce reportage.

« Là-bas, vous voyez, c’est l’ennemi israélien », me dit l’officier des Forces armées libanaises qui nous accompagne. Il insiste plusieurs fois sur le mot « ennemi ». Nous sommes sur la « blue line », la « ligne bleue » du cessez-le-feu entre Israël et le Liban, désormais protégée, ou du moins surveillée, par environ 10 500 militaires provenant de 41 pays – les fameux « casques bleus » de la FINUL. Parmi eux : 700 soldats français. 

Ces bidons délimitent la "ligne bleue" de cessez-le-feu entre le Liban et la Palestine, surveillée par 10500 militaires de 41 pays : les "casques bleus".
Ces bidons délimitent la "ligne bleue" de cessez-le-feu entre le Liban et la Palestine, surveillée par 10500 militaires de 41 pays : les "casques bleus". Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

Avec une petite section d’une quinzaine d’entre eux, nous sommes en patrouille au Sud Liban, dans une zone montagneuse désertique, particulièrement escarpée et accidentée. Et alors que nous dévisageons un étrange bidon bleu, droit comme un piquet, l’un des milliers de symboles, tous identiques, qui marque la ligne bleue, en même temps qu’un grillage de barbelé sommaire, on interroge naïvement l’officier libanais qui nous guide : 

– « De l’autre côté, c’est Israël ? ».

Sa réponse fuse. Immédiate. Instinctive : 

– « Non. C’est la Palestine ».

Le drapeau français flotte au vent du Liban

La Force Intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), mise en place en 1978, devait rester, comme son nom l’indique, « intérimaire ». Plus de quarante ans après, elle est toujours en place sur le terrain. 

« Cette mission est aujourd’hui l’une des plus complexes qui soit. Car vous avez à la fois le sourire de tous les Libanais que nous croisons quand nous faisons des patrouilles et, en même temps, notre mission intrinsèque qui consiste à être capables, immédiatement, de changer de posture. C’est ce qu’on appelle, chez nous, dans notre langage, la “réversibilité” : être en mesure d’un seul coup, si nécessaire, sur très court préavis, de s’interposer entre belligérants et de repasser dans une posture de soldat », m’explique le colonel Ludovic Sommerlat, le chef de corps de la mission « DAMAN » – le nom de la participation française au Liban.

Cet été, j’ai passé le 14 juillet et les jours suivants avec les soldats français de la mission Daman à Deir Kifa, leur camp retranché, à une petite heure de route à l’Est de Tyr, au Sud Liban. J’ai pu les suivre, également, avec casque bleu et gilets pare-balles, dans leurs patrouilles sur la « blue line » à bord d’un VAB (Véhicule de l’Avant Blindé), encadré par deux VBL (Véhicules Blindés Légers). 

En route, à travers les villages à majorité chiite du Sud Liban (avec parfois des enclaves chrétiennes ou sunnites), les soldats français de cet Escadron de Reconnaissance et d’Intervention (ERI) semblent bien accueillis. Comme ils roulent à une vitesse réduite – un VAB pèse treize tonnes –, ils apparaissent sereins et pacifiques. On nous salue ; on vient même nous parler ; les jeunes libanais, en particulier, semblent regarder ces soldats bleus avec un certain respect. On ne nous accueille pas avec du riz et des fleurs, comme l’armée israélienne le fut par les Maronites au Sud Liban en juin 1982, mais je ne sens aucune hostilité. 

Je sais qu’elles existent, cependant, à peine déguisées. Des casques bleus en patrouille sont parfois bloqués par des paysans récalcitrants ou des accidents inopinés de la circulation… qui n’ont rien d’accidentels. D’autres fois ce sont des attroupements spontanés qui s’en prennent aux soldats de la paix ou les invectivent. Le Hezbollah, mouvement islamiste chiite libanais qui contrôle largement le Sud-Liban, agit-il en sous-main pour éloigner les regards bleus des sites les plus stratégiques où il dissimule son artillerie lourde ? Les experts et la presse libanaise l’affirment. Les casques bleus font semblant de croire aux contingences. C’est leur métier. 

« La FINUL doit être appréciée et aimée par les populations locales et crainte des acteurs non étatiques désireux de s’opposer à son mandat afin de les dissuader d’agir », insiste le général Hubert Gomart, chef d’état-major de la FINUL au Liban, lors d’un discours, auquel j’assiste, à la base de Deir Kifa à l’occasion du défilé du 14 juillet. Les  « acteurs non étatiques » se reconnaitront ! Et si le Hezbollah fait de la résistance, les casques bleus feront de la résilience – mot à la mode dans l’armée française aujourd’hui. 

Outre les critiques du Hezbollah et de ses officines (la chaîne Al Manar ou le journal Al Akhbar), les soldats de la FINUL sont parfois critiqués par des intellectuels plus sincères. Ainsi de l’écrivain Camille Ammoun, qui vient de publier un beau petit livre, Octobre Liban, dans lequel il dénonce incidemment le « dilettantisme » et les divertissements du « contingent français de la FINUL venus en treillis [au café Le Torino Express à Beyrouth] regarder les cuisses des Libanaises alors que des quartiers entiers de la banlieue sud étaient en train d’être rasés par les bombardements de l’aviation israélienne » (cette remarque sévère semble fausse, même si elle a pu correspondre à une certaine réalité en 2006, au moment des faits dont il parle. Aujourd’hui, les soldats français de la FINUL n’ont pas de permissions durant leur séjour et ils ne peuvent pas quitter leur base au Sud du Liban, ni visiter Beyrouth). 

« Regardez le drapeau qui flotte devant nous. Il est notre lien avec ceux de France. Inspirez-vous de lui. Notre action est celle de la France ; l’image que nous donnons est celle de la France ; les échecs que nous pourrions avoir seraient ceux de la France ; les exploits que nous pourrons réaliser seront ceux de la France », martèle encore le général Gomart dans son discours du 14 juillet. 

Il passe maintenant en revue les troupes, décore quelques soldats alors que les chiens militaires, assis au garde à vous et d’une droiture impeccable, aboient quelquefois, surpris par cet alignement impeccable de centaines de soldats obéissants. On hisse le drapeau de la FINUL, celui de la Finlande (une compagnie d’infanterie prête main forte aux Français), le drapeau Libanais, pays d’accueil – enfin, le drapeau Bleu Blanc Rouge s’élève lentement dans le ciel du Liban au son de La Marseillaise. C’est une chose banale que de voir hisser le drapeau français et pourtant, au milieu de ce quasi-désert, loin de la patrie, alors que la musique retentie, je suis ému aux larmes, comme tous les soldats. 

Le soir, lors du dîner avec l’état-major pour le 14 juillet (en principe ouvert à tous les soldats, mais réduit cette année à cause du Covid), le général Gomart me dit sa fierté de servir la France dans ce contexte « compliqué ». 

Drôle de paix

Pour éviter tout malentendu, les soldats de la FINUL sont généralement accompagnés en patrouille de représentants des Forces Armées Libanaises qui facilitent la circulation des convois et veillent au grain. « Nos amis Libanais » répètent les officiers français que j’interroge sur leur relation avec cette armée d’un État en faillite, à la fois professionnelle et un peu barbouze. Drôle de guerre ! Ou plutôt : drôle de paix !

Convois en départ de patrouille, le 22 juillet 2021.
Convois en départ de patrouille, le 22 juillet 2021. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

Au Sud-Liban, en cet été 2021, la situation semble sous contrôle. Au Sud du fleuve Litani rien ne bouge, en apparence. Les officiers français que j’accompagne distinguent avec subtilité, en bons connaisseurs des nuances de gris, les situations « de menace », comme au Mali, et les situations « de risques », comme au Liban. Mais ils savent aussi que les risques peuvent rapidement devenir des menaces. 

Alors, en mission, on se protège : casques bleus « félin » sur le crâne ; lunettes balistiques qui protègent des impacts et s’adaptent à la vue ; gants de combats pour le tir « compatibles écran-tactiles » ; néo-rangers confortables aux pieds (les fameux Mendle « Desert Defence » de nouvelle génération) ; musette, dite « sac modulaire de combat », avec ration alimentaire pour 48 heures à portée de main ; FRAG sur le ventre et le dos obligatoire en permanence pour tous (le gilet pare-balles – 12 kg quand même –, également connu sous son nom de SMB ou Structure Modulaire Balistique – ça ne s’invente pas !). Avec la patrouille, je dois m’équiper comme tout le monde et je découvre que douze kilos, c’est lourd, en fin de compte…

Chaque soldat français est armé, parfois lourdement : arme de poing pour les officiers, fusil long à la main des soldats, mitrailleuse de 12,7 mm sur nos véhicules. Mais les militaires de la mission DAMAN, comme leurs collègues de plus de quarante nationalités, doivent faire au Sud-Liban, et sur la durée, l’épreuve de leur sang-froid. On n’utilise pas ses armes à la légère : un protocole strict d’usage de la force, commun à tous les soldats de la FINUL, encadre la légitime défense : ce sont les Règles Opérationnelles d’Engagement. Les militaires ont été également formés au secourisme de combat de niveau 1 (SC1) et chacun porte la TIC au ceinturon (la Trousse Individuelle du Combattant permet les premiers soins en cas d’attaque, contient de la morphine et de quoi faire un garrot). Tout le monde s’exprime en anglais et avec les acronymes d’usage.  

« Affirmatif. Nous n’avons rien à signaler de particulier, c’est calme. » nous indiquent les casques bleus indiens qui observent la zone qui leur a été attribuée depuis une tente de campagne au sommet d’une colline. Nous sommes près de la frontière syrienne et pourtant on se croirait en Inde tant la collection d’objets artisanaux des casques bleus indiens détonne dans ce paysage biblique. Ils nous offrent un thé chaud parfumé. 

Les casques bleus indiens sont environ 900. Ils restent sur place une année (contre quatre mois pour les Français). Leur mission a pour nom de code « INDBATT », l’équivalent de « DAMAN » pour les Français.

L’ambiance est détendue entre soldats de la paix. On fraternise. On allume une cigarette et presque tout le monde se met à fumer. Il n’y a rien d’autre à faire. « On fume quand on est un peu stressé ou quand on s’ennuie. Ici, on additionne les deux facteurs ! », m’indique un jeune soldat de première classe qui s’est promis d’arrêter de fumer quand il rentrera en France. Peut-être l’armée, qui jadis offrait gratuitement du tabac à la troupe, pourrait se lancer dans un grand plan de lutte contre le tabagisme ? Pour l’heure, non assistante à personne en danger, elle contribue à enrôler chaque année des milliers de soldats dans cette addiction d’un autre temps. 

Comme les Français, comme les Espagnols et les Népalais que nous croisons également, les Indiens passent leur journée à observer un conflit qui s’éternise avec leurs jumelles made in Japan et leurs télescopes monoculaires puissants made in China. Les collines et le désert à perte de vue sont calmes. Il fait une chaleur accablante. Les seules infiltrations à déplorer sur la ligne bleue actuellement sont celles de sangliers, hyènes, quelques loups gris et, rarement, d’un fameux daman. 

A bord d’un VBL, le soldat « radio-tireur », qui s’occupe des transmissions et d’une grosse mitrailleuse de calibre 12,7 mm, décroche sa radio : 

– « Base base 40 parlez ». 

– « 40 en patrouille, correct ? Parlez », répond une voix féminine depuis le centre d’opération de la base de Deir Kifa. 

– « Ici 40 pour nous toujours sur OP 3 Alpha. Parlez. » 

– « Vous repartez en patrouille, correct ? Parlez. »

– « On va décrocher. Ici 40. Terminé ».

La conversation fut brève. « On vient juste d’informer la base que tout va bien et qu’on continue notre route », m’explique le lieutenant Jean (pour des raisons de confidentialité, l’armée française ne souhaite pas que les noms de famille des soldats soient publiés par les médias, sauf pour les plus hauts officiers de l’état-major dont les noms sont déjà publics).

Tout est donc calme sur la ligne bleue. Les Indiens – une dizaine seulement ici – sont à leur poste et se portent bien. Ils ont été heureux de nous voir et semblent rassurés de ne pas être abandonnés sur ce petit point d’observation isolé du reste du monde. La patrouille peut repartir. On leur dit au revoir et on décampe.

Plus de dix mille casques bleus observent ainsi de jour comme de nuit le Sud-Liban sans sourciller. On appelle ça du « soft power ».   

Le Hezbollah fait de la résistance, les casques bleus font de la résilience

Pour rejoindre les soldats français à Deir Kifa, il faut montrer patte blanche. Bien que ce soit mon sixième voyage au Liban, la complexité des démarches me surprend. Trois types d’autorisations sont nécessaires : celle des Nations Unies à New York ; celle de l’état-major des armées françaises à Paris ; celle enfin – la plus difficile à obtenir – des forces armées libanaises. Plusieurs semaines à l’avance, je fais mes demandes. Si la FINUL à New York et le cabinet du chef d’état-major des armées à Paris donnent leur feu vert rapidement, après les vérifications d’usage, mon dossier bloque à Beyrouth au niveau de l’état-major libanais. Une quinzaine d’échanges suivent, souvent infructueux ; parfois, les communications se perdent dans les sables. Il faut, me dit-on, un permis mais nul ne m’indique où, ni comment, l’obtenir. J’interroge, lors d’un dîner, Benjamin Barthe, le correspondant du Monde à Beyrouth, qui me renseigne sur un mystérieux bureau à Saïda. La veille de mon départ de Beyrouth pour le Sud-Liban, au dernier moment, le colonel Khoury, porte-parole de l’armée libanaise, me contacte finalement par WhatsApp et m’indique une adresse où récupérer ce permis : le quartier général « Sud » de l’armée libanaise à Saïda (Sidon), la grande ville côtière du Liban méridional. 

Le lendemain matin, je suis au bureau du renseignement militaire, où deux officiers me dévisagent longuement, tout en finissant tranquillement des pizzas qui viennent de leur être livrées par Toters (un équivalent de Deliveroo au Liban). C’est dix heures du matin ! Ils sont lents mais courtois, et me donnent finalement un petit laissez-passer avec un numéro griffonné sur un bout de papier froissé. Pas de tampon ; pas de photo ; pas de QR code ! Je suis déçu ! Rien qu’un numéro gribouillé sur un chiffon ! 

Un détour est encore nécessaire par Tyr (Sur), plus au Sud, où l’armée contrôle à nouveau mon bout de chiffon, photocopie sous tous les angles mon identité et me laisse repartir avec mon chauffeur chiite qui connait bien la région de son enfance et sait prendre son mal en patience. Avec le laissez-passer griffonné et chiffonné, je peux passer les check-points qui me permettent d’atteindre Deir Kifa où tout devient plus simple dès que je suis entre les mains de l’armée française.

Je suis nouveau ici, mais les soldats le sont aussi. A Deir Kifa, « Daman 39 » vient de laisser la place, le 12 juillet, à « Daman 40 », le nouveau contingent français au Liban. Ces sept-cent soldats resteront en mission, après avoir fait une « quarantaine » Covid de deux semaines (ils sont tous également vaccinés), pendant quatre mois. Une durée jugée équilibrée entre les besoins de la mission et pour éviter les « burn out », la « combat fatigue » et autres PTSD (les « post-traumatic stress disorders » dans le langage de l’armée américaine). Les officiers, sous-officiers et militants du rang de « Daman 41 » leurs succéderont à la fin de l’automne. 

Le nom de Daman a été choisi en référence à un petit animal du Proche-Orient ayant l’apparence d’une marmotte. On peut trouver l’image cocasse tant le daman, animal sage, passe son temps à dormir ! Erreur, me dit-on : « le daman vit dans les rochers et ne dort jamais que d’un œil ». Tout un symbole pour un casque bleu, surtout que cet animal qui figure dans l’Ancien testament est une référence commune aux Chrétiens, Juifs et Musulmans. 

Si les références du code sont un peu compliquées à déchiffrer, la mission l’est plus encore. La FINUL est présente au Sud Liban depuis 1978 mais son dispositif a été revu par plusieurs résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Des attentats meurtriers contre les casques bleus, perpétrés successivement par presque tous les belligérants du Sud Liban, que ce soit par des groupes palestiniens liés au Fatah de Yasser Arafat ou dissidents de lui (groupe Abou Nidal), les milices chiites Amal ou le Hezbollah, et même par Tsahal, l’armée israélienne, ont nécessité plusieurs remises à plat du mandat onusien. 

Encadrée aujourd’hui par la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, la présence des casques bleus au Liban fait l’objet de renégociations régulières. La mission porte actuellement sur une bande d’environ quarante kilomètres de large au Sud du fleuve Litani, laquelle s’étend de la mer Méditerranée jusqu’à la frontières syrienne, sur environ 650 km2, jusqu’à la « blue line » qui épouse, bon gré mal gré, la frontière israélienne. Idéalement située, la base française de Deir Kifa est au cœur de cette zone, point d’observation adéquat depuis Israël jusqu’au Litani. Le fleuve Litani ? Lorsque je le traverse, je vois un pitoyable ravin. Il n’a de fleuve que le nom. C’est un « wadi », une sorte de torrent modeste et généralement asséché.

Part militaire, part soldat de la paix, chaque Français a, sur les épaulettes de son treillis, l’écusson de l’ONU et celui de l’armée française : « peacekeeper » citoyen du monde et combattant français. De fait, ce millier d’hommes assurent une mission complexe de « soft power » au service de la paix. Ce qui n’est pas sans risque : le 23 octobre 1983, 58 casques bleus français ont été tués dans un attentat terroriste contre l'immeuble Drakkar qu’ils occupaient à Beyrouth. 

A la différence des casques bleus statiques des quarante autres nationalités, répartis dans deux zones de bataillons multinationaux (une zone « Ouest », sous commandement italien, où sont basés les Coréens, les Irlandais, les Polonais, les Malaisiens etc. ; une zone « Est », sous commandement espagnol, avec les Indiens, Indonésiens, Népalais etc.), la mission Daman est spécifique. 

En patrouille dans le secteur Ouest, rencontre et point de situation avec les casques bleus ghanéens. 03/07/2021
En patrouille dans le secteur Ouest, rencontre et point de situation avec les casques bleus ghanéens. 03/07/2021 Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

Dans le jargon militaire souvent anglo-saxon, elle a été baptisée « Force Commander Reserve » ou FCR : cela signifie que les soldats français (épaulés par une compagnie d’infanterie finlandaise) sont mobiles et actifs. Cette force de réaction rapide de sécurité n’est pas sectorisée : au lieu d’observer et de patrouiller dans sa zone, elle peut intervenir dans toute la région de la FINUL, militairement s’il le faut. « La mission des Français consiste à pouvoir faire face à une escalade de la violence ici. Et là vous voyez qu’on est au-delà du soft power puisqu’il faut pouvoir utiliser la force si nécessaire pour s’interposer entre des belligérants », me précise le colonel Ludovic Sommerlat, le chef de mission DAMAN, et celui qui commande l’ensemble des forces françaises au Liban, lors d’un autre diner avec l’ensemble de son état-major. Lequel ajoute : « Je parlerais plutôt de smart power, en reprenant les mots de Mme Hillary Clinton : le soft power associé, s’il le faut, à la force ». 

Une force embarquée pour un très long « intérim »

Soft Power ? Hard Power ? Smart Power ? L’armée française multiplie aujourd’hui les scénarios qui combinent souvent l’immatériel et l’influence avec le combat et le renseignement militaire. L’État-major des armées prépare les guerres potentielles de demain, dites de « haute intensité », que ce soit en direction de la Chine ou de la Russie. Une composante digitale de « cyberguerre » est désormais programmée, ainsi qu’une dimension vers l’espace. Ce n’est plus seulement une guerre 2.0 : c’est à une guerre de nouvelle génération en 3D que se préparent les forces armées françaises. 

Face à ces scénarios d’avenir, la mission Daman – la seconde après l’opération Barkhane au Mali en termes de nombre de soldats engagés sur le terrain – est un concentré en miniature de tous les savoir-faire de l’armée française, comme une petite expérimentation grandeur nature, en terrain hostile. Loin d’une organisation nécessairement « en silo », comme en France, elle associe ici des militaires de l’armée de terre, de la marine nationale et de l’armée de l’air et de l’espace, sans oublier un détachement de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, qui veillent aux incendies et interpellent sans sourciller serpents et autres scorpions venimeux sur la base, et un peloton de la gendarmerie prévôtale, qui fait office de police militaire. Force technique et ultra-sophistiquée, la mission Daman comporte également d’importants moyens de « batterie » : les radars Cobra et Martha, une défense sol-air composée de missiles SATCP Mistral, ainsi que des outils de surveillance sophistiqués inscrits dans le nouveau programme de modernisation de l’armée de terre baptisé « Scorpion ». Ces moyens techniques exceptionnels permettent aux soldats de Daman d’observer l’ensemble de l’espace aérien du Liban Sud, afin de détecter toute intrusion aérienne. 

La caserne du détachement de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, qui veillent aux incendies en coopération permanente avec les autres corps de métier.
La caserne du détachement de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, qui veillent aux incendies en coopération permanente avec les autres corps de métier. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

La plupart de ces missions sont réalisées avec les autres casques bleus, soldats des armées alliées, sous commandement essentiellement européen. C’est le cas d’un bataillon d’infanterie finlandais, avec lequel je passe du temps à Deir Kifa, dirigé par un militaire jovial, le lieutenant-colonel Mikko Illi, un réserviste expérimenté, qui me fait visiter le sauna où ses hommes se reposent. « Le sauna fait partie de l’identité finlandaise. C’est une tradition ancestrale. Dès qu’on arrive sur un terrain d’opération extérieure, on construit un sauna. » Dans la petite cabine de bois, le bain de chaleur sèche dépasse les 70° Celsius et je trouve amusant que dans un pays si chaud on cherche à augmenter encore la chaleur ambiante. Le lieutenant-colonel jette de l’eau sur les pierres brulantes du Kiuas et la chaleur grimpe encore.

Les Français n’ont pas de sauna au Sud-Liban mais ont-ils les moyens de leur politique ? J’ai posé la question à plusieurs officiers, au PC Tactique comme aux postes de sécurité, aux chefs opération comme aux « Command group » et à l’Adjoint Soutien Interarmées (ASIA). Les fonctions logistiques semblent assurées ; les moyens à la hauteur de la tâche. Les officiers interrogés emploient, dans leurs réponses, les codes militaires : « Correct », « Affirmatif », même s’ils pourraient toujours rêver de « plus » ou de « mieux » (on m’a parlé de quelques retards et de livraisons « en carafe » mais cela reste inévitable à 4 300 km de Paris). En tout cas, nul ne m’a dit que Daman 40 était « sous-équipé », « sous-doté » ou « sous-entraîné », comme on le lit parfois à Paris. Je compte à Deir Kifa 35 véhicules de l’avant blindés (VAB) et 45 véhicules blindés légers (VBL), des dizaines de véhicules banalisés et camions de sapeur-pompiers et une réserve de munition massive, sous bonne garde. Les officiers sont en réalité conscients des efforts budgétaires que fait la nation avec une loi de programmation militaire prévoyant d’atteindre un budget annuel de 50 milliards d’euros pour nos armées. La « singularité militaire » est préservée. (En fait, la mécanique financière ONU/France est complexe : s’agissant de la « mission Daman » spécifiquement, celle-ci est financée par la France mais subventionnée partiellement, et donc en partie remboursée ensuite par l’ONU ; la France est cependant, et historiquement, l’un des contributeurs de la FINUL.)

Le 22 juillet 2021, exercice pour le détachement BSPP de la FCR, dont les camions comptent parmi les quelques 90 véhicules de l'armée sur place.
Le 22 juillet 2021, exercice pour le détachement BSPP de la FCR, dont les camions comptent parmi les quelques 90 véhicules de l'armée sur place. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

Il faut dire que le Commissariat des armées soigne les militaires en « OPEX » (opérations extérieures) et le Soutien National France est au rendez-vous. Les moyens sont d’ailleurs visibles à Deir Kifa : l’électricité est permanente – alors que les pannes sont omniprésentes au Liban – ; l’eau est potable partout (même s’il faut l’économiser) ; les treillis sont partout impeccables et la laverie tourne à belle cadence ; la gestion base-vie est efficace ; le dispositif médical est impressionnant ; la climatisation fonctionne bien comme les douches ; les salles de sport sont spectaculaires. Pour le profane que je suis, les moyens apparaissent ici exceptionnels.  

Les infrastructures et équipements installés sont nombreux, à l'image de cette unité de traitement des eaux qui garantie un accès à l'eau potable simplifié.
Les infrastructures et équipements installés sont nombreux, à l'image de cette unité de traitement des eaux qui garantie un accès à l'eau potable simplifié. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.
Les salles de sports, elles aussi très bien équipées, témoignent du soin apporté au confort de vie de l'armée sur place.
Les salles de sports, elles aussi très bien équipées, témoignent du soin apporté au confort de vie de l'armée sur place. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

La dimension de « soft power » existe plus encore. Outre un partenariat avec l’armée nationale libanaise, qui nécessite doigté et vigilance, et qui se traduit en formation militaire, en accompagnement tactique et en influence, Daman compte également une mission active de coopération dans le domaine civil. 

Dans le langage maison, on parle du « CIMIC » (ou CIvil MIlitary Coopération). Il s’agit de faire de l’ « outreach » (tendre les bras à quelqu’un) et de « gagner les cœurs et les âmes » (« Winning Hearts & Minds » dans le jargon). Une section modeste mais expérimentée de onze soldats (un officier, six sous-officiers, quatre militaires du rang) est en charge de cette tâche : il s’agit d’apprendre à connaître le terrain et les acteurs locaux, nouer des relations avec les maires, les ONG et les coopératives, préparer les visites que le chef de mission rendra aux préfets en charge d’une « mohafazah » ou aux responsables des « caza » (districts ou cantons). Les casques bleus en charge de cette coopération sont généralement accompagnés dans leurs déplacements d’un militaire arabisant. « On enlève notre casque, on laisse le gilet pare-balle dans la voiture et on part au contact avec les maires, les préfets, les associations » résume l’adjudante Claire. 

Cette chef d’équipe CIMIC me présente les actions menées sur le terrain au service des populations. Trois domaines se dégagent : la santé, en particulier par temps de Covid (les militaires distribuent des masques, du gel, des kits sanitaires) ; l’éducation avec un axe prioritaire sur la francophonie organisé en partenariat avec les services culturels de l’Ambassade de France à Beyrouth ; enfin des projets de génie civil plus lourds en matière d’éclairages publics, de purification de l’eau, de groupes électrogènes ou de construction de terrains de foot. Ces actions sont articulées avec l’Agence française de développement. « Mais nous ne sommes pas des humanitaires », insiste cependant l’adjudante Claire. Qui ajoute : « Nous restons des militaires et si nous nous déplaçons en véhicules de gamme commerciale non blindés, nous conservons l’arme de poing au ceinturon. Notre mission consiste à faire mieux accepter la force par la population locale ». 

Parmi les actions menées sur le terrain, des projets de génie civil comprennent l'équipement en éclairages publics.
Parmi les actions menées sur le terrain, des projets de génie civil comprennent l'équipement en éclairages publics. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

La mission Daman multiplie également les contacts d’influence et de communication vis-à-vis des populations civiles. La dimension informative est importante et il n’est pas anodin que le régiment français déployé au Sud Liban soit essentiellement composé de Hussards car ils forment, avec les Cuirassiers et les Dragons, les forces de la cavalerie de l’armée de terre les plus avancées dans la guerre de l’information avec des missions de renseignement. 

Il faut dire que la « drôle de paix » entre Israël et le Liban est actuellement une bataille de « storytelling ». Chacun avance son récit et ses informations. L’officier libanais qui me reçoit officiellement dans son bureau de Deir Kifa pour évoquer la mission Daman, et multiplie les éloges sur les soldats Français, tout en sirotant son Maté (il est Druze), en profite toutefois pour insister sur « les violations du cessez le feu par l’ennemi israélien sur terre, dans les airs et en mer qui restent un défi majeur pour la stabilité de la région ». Il m’indique avec prudence et en lisant, à la virgule près, un papier préparé par sa hiérarchie pour notre entretien que « l’ennemi israélien a effectué, entre janvier et juin 2021, 257 violations navales, 315 violations aériennes et 226 violations terrestres ». 

Des chiffres qui ne sont ni confirmés, ni infirmés par les Nations Unies. On me précise d’ailleurs que « si violations il y a, elles concernent tant les Libanais qui pénètrent le territoire israélien, que les Israéliens qui pénètrent le territoire libanais ». Selon un porte-parole de l’armée israélienne, cité par les agences de presse, les tirs de roquettes sont fréquents depuis le Liban. En cause, le Hezbollah ou des groupes dissidents palestiniens. 

Lorsque j’interroge la capitaine Sophie, issue du 1er régiment d’artillerie de l’armée de terre française, et qui commande la « batterie », elle me confirme que les soixante militaires de l’opération Daman chargés de cette surveillance radar de l’espace aérien mènent un « monitoring » capable de détecter nuit et jour, qu’il pleuve ou qu’il vente, et dans un rayon de trente kilomètres qui couvre l’ensemble du Sud Liban, tous les aéronefs, missiles ou drones, petits ou grands, qui traversent la « blue line » d’un côté comme de l’autre. Ces informations brutes sont transmises au quartier général de la FINUL sans autre commentaire. 

Les systèmes impressionnants de surveillance sol-air : trois gigantesques radars dont la France dispose au Liban.
Les systèmes impressionnants de surveillance sol-air : trois gigantesques radars dont la France dispose au Liban. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.
Les opérateurs de la Batterie en repérage  sur le terrain, le 5 août 2021.
Les opérateurs de la Batterie en repérage sur le terrain, le 5 août 2021. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

L’officier avec lequel je visite l’un de ces trois radars gigantesques dont la France dispose au Liban me confirme la bataille de récit qui oppose Israéliens et Libanais, « une véritable bataille de narratif », résume-t-il. 

Soudaine poussée de fièvre en plein été

Début août, quelques jours après mon départ du Sud-Liban, le cessez-le-feu respecté par le Hezbollah et Israël a été brutalement rompu. Contrairement à ce qu’affirment les forces armées libanaises, c’est du Liban que sont partis les premiers tirs de roquettes, le 4 août, vers le plateau du Golan pour des raisons obscures. La réponse d’Israël ne s’est pas faite attendre et on a assisté pendant quelques jours à une escalade militaire, et surtout verbale, entre l’État hébreu et le mouvement chiite libanais, considéré comme un « proxy » de l’Iran (qui agit par procuration, pour le compte de l’Iran).

En plein cœur de l’été, le Hezbollah a tiré au total dix-neuf roquettes et, pour la première fois depuis plusieurs années, il a même revendiqué cette opération visant, semble-t-il, la petite zone tampon sur le plateau du Golan, deux kilomètres de large sur dix de long, connue sous le nom des « fermes de Chebaa ». Actuellement sous contrôle israélien, ce territoire minuscule suscite depuis longtemps une vive dispute de souveraineté entre le Liban, la Syrie et Israël ; les casques bleus le surveillent comme le lait sur le feu. Pour quelles raisons le Hezbollah s’est-il lancé en plein été dans cette série d’opérations dangereuses ? Elles sont aussi mystérieuses que la réponse israélienne fut claire. Pourtant, en utilisant son aviation en représailles, l’État hébreu a-t-il voulu faire une démonstration de force ? Les raids aériens visaient, selon le porte-parole de Tsahal, Amnon Shefler, des sites de lancement de roquettes. « Nous n’avons aucun intérêt au Liban, si ce n’est que la situation sécuritaire soit apaisée » a déclaré de son côté Benny Gantz, le ministre de la défense israélien. Le général à la tête de la FINUL a, pour sa part, réclamé un « cessez le feu immédiat ». 

Pour être prêts à intervenir à tout moment, les soldats s'entraînent régulièrement avec des exercices d'évacuation médicale (MEDEVAC), ici le 7 août 2021.
Pour être prêts à intervenir à tout moment, les soldats s'entraînent régulièrement avec des exercices d'évacuation médicale (MEDEVAC), ici le 7 août 2021. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

Aucune des salves, tirées de part et d’autre, n’a fait de victimes et la situation semble être redevenue calme après quelques jours. Une sorte de dissuasion mutuelle s’est opérée mais cela confirme toutefois des risques permanents d’escalades et de poussée de fièvre rapide sur la « Blue line ». 

Jargon, anglicismes et langage codée

« Blue Line », « Proxi », « Opex », « Daman », « FCR » : au Liban tout le monde parle sa propre langue et l’armée française aussi. Les acronymes sont innombrables au point qu’il faut s’habituer à décrypter, dans une même phrase, les sigles, abréviations, mots-valises et autres « radar ». Cela nécessite un petit apprentissage qui se complique avec l’emploi de mots spécifiques comme « théâtre », « Opex » ou « projection », « Correct », « Négatif » et d’une foule d’anglicismes rendus plus opaques lorsqu’ils sont, comme de juste, eux-mêmes utilisés en acronymes.

Au départ, il m’a été difficile d’employer par exemple le terme « projection », qui signifie qu’un soldat va être « projeté », c’est-à-dire envoyé en « opération extérieure » sur un « théâtre d’opération » au Mali ou au Liban. On « projette » les soldats, les équipements mais aussi les chiens. 

Daman 40 compte neufs chiens d’excellence, parmi lesquels Majork, la mascotte du camp, un superbe Berger malinois handicapé de sept années qui, à force de volonté, de débourrage et de dressage, a réussi à passer tous les concours en étant dressé au geste, non au son – il est sourd. Majork a même reçu plusieurs décorations pour ses états de service et une lettre de félicitation du chef de mission. 

Sur le terrain, les chiens servent soit « à la détection et à la neutralisation humaine », une action « très dissuasive mais non létale », me précise-t-on, soit à la détection d’armement et d’explosif. « J’ai avec Majork un rapport fusionnel énorme », me dit le caporal-chef Florian, un cyno-technicien qui passe près de sept heures chaque jour à travailler avec son chien au Sud-Liban. Lorsque l’animal sera réformé (mis à la retraite), le soldat Florian pourra le récupérer à titre personnel – une option autorisée par l’armée qui frappe de bon sens quand on voit l’amour des maîtres-chiens pour les neuf Bergers allemands, malinois, hollandais et belge Tervueren que compte Daman 40. 

Mais le peloton le plus exigeant de l’opération française à Deir Kifa appartient, fort étrangement, à la fois à l’armée de terre et à la marine : rattachés à l’infanterie et à la cavalerie, ces éléments au sol peuvent aussi nager et… même s’échapper au mépris des règles les plus élémentaires de la vie en mission. En termes de tenue de camouflage, ils battent également tous les records. « Ce sont nos dix-sept tortues, m’indique le capitaine Aurélien. On fait l’appel chaque matin, avec situation de prise d’arme, comme pour n’importe quel soldat ». Sur un petit panneau, dans l’enclos à tortues, je lis : « Effectif théorique : 17. Effectif présent : 17 ». Parfois, un élément manque à l’appel…

Le pape François, lui aussi, est un casque bleu

L’armée a son humour, ses codes, ses règles, sa culture. C’est un monde un peu à part. On la dit conservatrice, « catho-tradi » et parfois réactionnaire. Une étude du CEVIPOF confirme, pour une part, que le vote des militaires, en particulier des officiers, se situe à la droite de l’échiquier politique. Au premier tour de 2017, 41 % des soldats auraient voté pour Marine Le Pen et 37 % pour François Fillon. L’étude a fait l’objet de critiques méthodologiques mais elle indique une tendance politique. 

Sur le terrain, pourtant, l’armée semble peu politisée et personne ne parait prendre très au sérieux les « putschistes » autoproclamés qui ont récemment défrayé la chronique dans Valeurs Actuelles. Avec plusieurs militaires du rang et des officiers, je parle franchement du Rassemblement national, du logiciel de la droite et de la gauche, de François Hollande et d’Emmanuel Macron, du courage, du patriotisme, de la tradition, de la question gay, du catholicisme. Je sens des réticences sur tel ou tel sujet mais plutôt une envie de débattre, de comprendre. Je sens aussi une demande : non pas « moins » de République mais une demande de « plus » de République. Ce qui ne veut pas dire une aspiration autoritaire avec des généraux de droite caporaliste qui ont un agenda personnel et des penchants politico-catholiques. Le nom du général Pierre de Villiers fait surface mais je sens que les officiers se méfient des aventures personnelles, hasardeuses, et de ceux qui se font « mousser pour vendre des livres », selon la formule de l’un d’entre eux.

Du coup, ce qui semble le mieux définir l’armée, celle en tout cas que je côtoie au Sud-Liban, c’est avant tout son « impartialité » en tant qu’institution de la République (même si chaque militaire peut exercer – et c’est heureux – son droit de vote librement). Le Saint Patron des militaires n’est ni dans l’opposition, ni dans le recours aventuré à un général à la retraite : c’est le président de la République.  

Ce qui change aussi la donne politique dans l’armée : la technique. La plupart des soldats que j’ai rencontrés ont des compétences informatiques, électroniques ou robotiques, incommensurablement supérieures à celles des générations militaires précédentes. Le basculement dans la 3D est en cours dans la loi de programmation militaire 2019-2024 avec les drones (893 engins déjà disponibles dans l’armée de terre), les tirs au-delà des vues directes ou les combats collaboratifs en imagerie. En se professionnalisant, en se modernisant, l’armée s’est technicisée comme jamais dans son histoire. Les « SIC » (Systèmes d’information et de communication) sont devenus le cœur du métier. Le programme « Scorpion » de l’armée de terre va la faire basculer dans les réseaux et l’électronique. Le Griffon, nouveau véhicule blindé multi-rôle de 24,5 tonnes appelé à devenir la référence sur le terrain (et à remplacer le VAB), est bourré d’informatique ; quant au nouveau gilet pare-balle dit « gilet de protection balistique » de nouvelle génération qui équipe tous les soldats et leur nouveau casque F3 (dit « Félin ») ils seront également connectés et ultra-modernes. 

L’armée, de ce fait, n’attire plus forcément les fils de parachutistes monarchistes nostalgiques de Jean-Marie Le Pen et davantage les « geeks ». Pour être recruté, il vaut mieux mettre en avant sur son CV un passage à « l’école 42 », un bon niveau d’anglais, une passion pour les jeux-vidéo et une expertise en « cybersécurité », en « IA», « Cloud computing » ou en « Advanced Persistent Threat » que des années de catéchisme. Le jeune « hackeur » bilingue est désormais mieux vu que le militant du GUD ou l’enfant de chœur franchouillard.   

Certains seront d’ailleurs surpris qu’on ait « projeté » avec DAMAN 40 à Deir Kifa un curé ! Je rencontre le spécimen : un aumônier catholique frêle et évaporé avec qui je parle à bâtons rompus mais qui ne semble pas faire recette ici (il y a aussi un imam). Les laïcards obtus pourraient dénoncer le fait que ce curé célèbre des messes dans le campement – au demeurant pour un très petit nombre de brebis non égarées –, mais ils méconnaitraient alors gravement la loi de 1905 qui les autorise explicitement dans les endroits clos, tels les pensionnats, les prisons, les hôpitaux ou les armées (les articles 1 et 2 de la loi de 1905 imposent de rendre effectif le libre exercice du culte et autorise les aumôneries dans les institutions publiques fermées comme les casernes). Qu’il y ait ici parmi les militaires, comme ailleurs, des catholiques traditionnels est un fait – mais il ne s’agit que d’une minorité. A l’armée, on ne va plus guère à la messe, comme partout en France, et à Deir Kifa, il y a des sacerdoces militaires autrement plus cruciaux. L’apostolat bleuté et désintéressé pour la paix au service de toutes les communautés libanaises fait meilleur office. 

De même, s’il est possible que certains soldats soient venus au Liban dans l’idée de « protéger » les Chrétiens d’Orient, leur séjour leur aura appris la complexité de la situation. Au Liban, où les associations chrétiennes pullulent, tout catholique sensé se rend vite compte que la ligne équilibrée de l’Œuvre d’Orient vaut mieux que celle prosélyte et dangereuse du groupuscule proche de la droite extrême SOS Chrétiens d’Orient. Personne n’a envie de jouer avec le feu. Même les chrétiens maronites, pilier essentiel du Liban (et qui sont des arabes) refusent d’opposer les religions entre elles et privilégient la modération : ils savent d’expérience ne rien avoir à gagner des tensions avec les Musulmans. Le pape François lui-même n’a cessé de répéter depuis son élection qu’il ne fallait faire aucun militantisme catholique au Moyen Orient : il faut protéger toutes les victimes, lesquelles sont d’abord, a répété le Saint Père, et très majoritairement, musulmanes. A sa façon, le pape François est un casque bleu. 

Ponctualité du militaire et montres de gros calibres

A chacun de mes rendez-vous, je suis frappé par la ponctualité des militaires du rang et des officiers. Ils adoptent même, la plupart du temps, la règle non écrite des « quinze minutes d’avance » avant toute rencontre. Je découvre ainsi que la ponctualité peut être une politesse. Lors du défilé du 14 juillet à Deir Kifa, auquel j’assiste et qui réplique fort modestement celui des Champs-Élysées, j’admire également la tenue impeccable des soldats. Nous sommes dans un quasi-désert, il fait une chaleur d’enfer, toutes les facilités de la ville manquent et pourtant les militaires sont sur leur « 31 ». D’ailleurs, dans le campement et dans la vie quotidienne, aucun laisser-aller non plus : personne n’est déboutonné, débraillé, dépoitraillé. Ce monde est si éloigné de celui que je connais à Paris où le moindre intellectuel arrive en retard, la chemise ouverte et la veste avachie, comme s’il ne fallait pas se prendre au sérieux. Ici aucune débraille ! Je ne juge pas ; je ne sais pas ce qui est bien ou mal, mais je comprends que l’ « ordre » des militaires n’est pas seulement une politique, c’est aussi une éthique de vie.  

Défilé du 14 juillet 2021 au camp de Deir Kifa, à une heure de route à l’Est de Tyr, au Sud Liban.
Défilé du 14 juillet 2021 au camp de Deir Kifa, à une heure de route à l’Est de Tyr, au Sud Liban. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.
Une cérémonie avant tout militaire, où l’ « ordre » n’est pas seulement une politique mais une éthique de vie.
Une cérémonie avant tout militaire, où l’ « ordre » n’est pas seulement une politique mais une éthique de vie. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.
Le 14 juillet, de façon plus festive peut-être, reste une occasion pour les soldats de s'entrainer.
Le 14 juillet, de façon plus festive peut-être, reste une occasion pour les soldats de s'entrainer. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

En patrouille sur la « blue line », je suis également surpris que chaque soldat ait au poignet une montre de gros calibre. Alors que les jeunes en métropole ont tendance à abandonner la montre-bracelet, avantageusement remplacée par un portable qui donne l’heure, ces jeunes militaires résistent à cette nouvelle mode. Je demande aux soldats de me montrer leurs belles mécaniques et chacun y va de sa complication. Je découvre ainsi que la montre est un outil clé du militaire et, parmi les treillis F3 et les casques Félin tous identiques, un objet chéri de distinction. « Avant, on avait des montres en dotation, maintenant on doit l’acheter de sa poche », se désole un soldat pour reconnaître, aussitôt après, que cela lui laisse la liberté de choisir son modèle. Puisque chacun a la sienne, autant en profiter pour se singulariser. Les militaires du rang semblent privilégier les beaux modèles japonais, solides et qui ont des prix accessibles autour de 100 Euros (la Casio G-Shock Rangeman, la Citizen BM8180 à énergie solaire, la Seiko 5 à bracelet nylon typé OTAN). Ces montres disposent généralement d’options très recherchées par les soldats : une boussole, un altimètre et un chronomètre, des outils qui sont superfétatoires pour le commun des mortels, mais peuvent s’avérer vital en situation de guerre. 

Du côté des sous-officiers et des officiers, on ose parfois les montres d’une complexité – et d’un prix – supérieurs (autour de 500 euros). « Les modèles outdoor sont plébiscités surtout les montres les plus solides et celles qui résistent bien à l’eau », me dit un capitaine. Les classiques Luminox Navy Seal ou l’Hamilton Khaki Aviation au bracelet en résine sont très prisées (un militaire choisit toujours un bracelet en acier, en nylon, en résine ou en « fibre textile militaire », plutôt qu’en cuir comme les « gens des villes », car il s’abîme vite en exercice). La Lip Grande Nautic ou la Lip modèle De Gaulle, une montre française porté notamment par le GIGN, ont aussi leurs adeptes. Les pompiers préfèrent plutôt la Victorinox Carbon qui résiste à la chaleur et les saint-cyriens la Raid de MAT-Watches, en série limitée, et de fabrication française (MAT signifie Mer Air Terre). Le plus souvent, ces montres font figurer la « petite seconde » à six heures, ce qui est caractéristique des montres militaires d'époque, comme l’est aussi une décoration du cadran en « chemin de fer ». Enfin, les puristes ou les plus hauts gradés n’hésitent pas s’offrir des montres de luxe, en versions neuves ou d’occasion : la Rolex Submariner, une Omega classique dite « type militaire », une Longines Heritage Military (mais ces montres furent portées par les soldats allemands dans les années 1930…) ou encore les luxueuses IWC Chronographe Spitfire ou la Breitling Avenger Hurricane. Un mythe de la soldatesque veut que si on possède une montre de valeur, on peut l’échanger contre sa vie en cas d’enlèvement… 

Des soldats prêts à mourir dans cet Orient compliqué

Un soir avant de retrouver mon habitation, une chambre modeste avec un lit une place, mais très fonctionnelle, découpée dans un container métallique comme l’ensemble des bureaux et des chambrées de Daman, j’accompagne le colonel Sommerlat, dans sa tournée d’inspection nocturne du régiment. Encadré de gardes du corps armés, même à l’intérieur du camp, Sommerlat s’arrête pour saluer chacun, interroger tel soldat en faction, encourager tel autre qui fait son jogging de nuit. A l’improviste, nuitamment et sans crier gare, il fait souvent, me dit-on, ce type de virée pour voir si la garde est correctement assurée à Daman, chacun bien à son poste, et remonter le moral aux soldats du rang chargés de la sécurité collective quand tout le monde dort. 

Nous montons dans une haute tour de contrôle, à l’arrière du compound. Avec le sas d’entrée du camp et les abris souterrains baptisés « shelters », où l’on peut se replier en cas d’attaques, les tours sont au cœur de la sécurité de la base militaire. Plusieurs échelles raides, sur des paliers successifs, nous permettent d’accéder au sommet où nous retrouvons le capitaine Aurélien et le lieutenant Baudoin, un jeune officier lettré féru de géopolitique, tout juste sorti de l’école spéciale militaire de Saint-Cyr. Pendant près d’une heure, nous regardons avec des jumelles infrarouges de vision nocturne les déplacements aux alentours du village de Deir Kifa, scrutant tout mouvement suspect, et nous échangeons aussi sur de nombreux sujets. 

Journaliste à France Culture, je n’ai jamais été très calé en affaires militaires et sans être antimilitariste comme tant de journalistes et d’intellectuels « de gauche », je ne connais guère l’armée française. On la dit homophobe, « manif pour tous », rigide et catholique traditionnelle mais je n’ai ressenti aucun rejet ni même de méfiance vis-à-vis du journaliste pro-gay et anti-Vatican que je suis – tout au contraire. Nous parlons de ces sujets sans aucun tabou avec le colonel, le capitaine et le jeune lieutenant. 

Je suis étonné, ébranlé. Je suis au milieu de ces sept-cent hommes et femmes qui servent notre pays dans le Sud du Liban, prenant des risques importants pour leur vie alors que nous nous réjouissons, en métropole, de la fin des confinements et de la réouverture des cafés et des restaurants. Qui sont ces hommes perdus dans le Levant prêts à prendre tous les risques ? Pourquoi accepter de mourir au milieu de nulle part, dans cet « Orient compliqué » ? C’est un mystère que j’ai tenté de comprendre en séjournant avec eux à Deir Kifa. 

Je suis ému, en fait, par leur mission et, plus encore, par leur sens du service public français, leur abnégation. Avec la préfectorale et la diplomatie, rares sont les administrations françaises qui acceptent les ordres sans sourciller. L’armée en fait partie. Au cours de notre conversation, je mesure tout ce qui sépare le journaliste du militaire : le premier est toujours dans la critique, la remise en cause, le dissent ; il n’est jamais d’accord, jamais content ! Il se veut « insoumis » ! Le soldat, lui, obéit, sans état d’âme, et quoi qu’il pense. Le journaliste a un droit de dire ; le soldat un devoir de réserve. Tous deux sont également nécessaires en démocratie. Le journaliste obéit parfois, lui aussi – à son rédacteur en chef, par exemple, quoique toujours de façon récalcitrante. Le soldat peut parfois demander des explications ou se faire commenter les décisions en amont, notamment grâce au système de remontée d’information par grade via les « présidents de catégories » (il n’y a pas de syndicats dans l’armée mais ce procédé de discussion à chaque niveau hiérarchique peut atténuer les tensions et cautériser les frustrations). En outre, le colonel en charge de Deir Kifa est accessible, me dit-on, à tout soldat, quel que soit son grade, sur simple demande. 

Les opérateurs de la batterie, experts dans la détection et la localisation de tirs d’artillerie, assurent une surveillance permanente de l’espace aérien
Les opérateurs de la batterie, experts dans la détection et la localisation de tirs d’artillerie, assurent une surveillance permanente de l’espace aérien Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

Mais une fois les décisions prises, les militaires ne les discutent plus. Le débat est clos – c’est la force du système et le gage d’un bon fonctionnement de l’armée et, en fin de compte, de la République. Le soldat a toujours un supérieur au-dessus de lui : un militaire du rang accepte d’autant plus les ordres de son lieutenant, qu’il sait que celui-ci dépend d’un capitaine, et celui-là d’un colonel. Le plus haut gradé répond à son ministre et en fin de compte au président de la République, contrairement au journaliste. 

On peut ironiser sur cette hiérarchie pesante en milieu clos, à certains égards désuète ; on peut se moquer des grades, des promotions, des Légions d’honneur et autres mentions au Who’s Who mais que serait la France sans ses soldats, notre dissuasion sans son armée, et que vaudrait notre siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU sans nos casques bleus au Sud Liban ? Telle est sans doute le sens profond de la mission Daman : on ne peut réclamer la paix et la voter à New York dans les enceintes des Nations Unies sans la mettre en œuvre à Deir Kifa. 

Et pourtant, il y a quelque chose d’un peu désespérant à voir les infrastructures civiles du Sud-Liban, largement financées par l’ONU et l’Union Européenne, être régulièrement détruites par des bombes israéliennes financées ou fournies par les États-Unis. Désespérant aussi de voir la milice chiite Amal – moitié clique paramilitaire, moitié mafia commerçante – faire sa loi dans les villages du Sud Liban au nez de nos casques bleus. Désespérant encore de voir le Hezbollah et l’armée israélienne se livrer à une « bataille de narratif » à coup de mensonges, d’opérations de bluff et d’incursions inoffensives ou plus stratégiques pour tester les nerfs des casques bleus. Tel est le « soft power » compliqué des casques bleus français au Liban.  

Géopolitique et affaires militaires

Durant nos échanges au sommet de la tour de contrôle du camp, je m’intéresse aux parcours de ces hommes. Le lieutenant Baudoin a beaucoup hésité avant de se lancer dans une carrière militaire, pensant peut-être déjouer une forme d’inévitabilité ou d’atavisme familial. Mais le sens des relations internationales et l’appel de Saint-Cyr ont été plus forts. Lors de mes conversations au Sud Liban, il m’a semblé que peu d’officiers avaient de formation géopolitique. Les relations internationales sont pour le Quai d’Orsay ; la grande muette ne parle pas des affaires du monde. C’est peut-être un tort. 

Le colonel Sommerlat et le lieutenant Baudoin font exception. Avec eux – le plus jeune comme le plus gradé sont diplômés en relations internationales et formés à Saint-Cyr –, j’échange sur les ressorts géopolitiques et religieux de cette « drôle de paix » au Sud-Liban. « Paix impossible, guerre improbable » : on connait la formule fameuse de Raymond Aron, qui semble s’appliquer actuellement au conflit libano-israélien, même si on peut la revisiter, en empruntant une autre formule du théoricien des relations internationales Pierre Hassner : « La paix est devenue un peu moins impossible et la guerre un peu moins improbable. » 

Dans la douceur de la nuit levantine, nous discutons à l’infini sur l’opposition entre stratégie et tactique, le long terme et le court, la réflexion et l’opérationnel, le hard et le soft et tout le monde reconnaît que la mission de « soft power » de l’ONU doit être à la fois l’un et l’autre. Le « soft » n’est possible que parce qu’on a du « hard » ; le « hard » n’est accepté que parce qu’on est « peacekeeper ». Mais pas facile de penser un projet d’ensemble dans ce « bourbier » libanais, surtout lorsqu’on est de passage dans ce Moyen Orient millénaire pour quatre petits mois. 

Quelles sont les stratégies des Forces armées libanaises au Sud Liban ? Que cherche le Hezbollah qui semble désormais faire la loi à Beyrouth comme en dessous du fleuve Litani ? Est-il vrai, comme me le disent à Beyrouth des experts, que l’armée libanaise est liée, parfois inféodée, qu’elle fait allégeance et, a minima, serait toujours coopérative avec le « parti de Dieu » au Liban ? « L’idée que l’armée libanaise est indépendante du Hezbollah au Sud Liban est une fiction mais en même temps elle est également liée aux Américains, aux Anglais et aux Français : c’est ça la complexité du Liban », me dit un journaliste de L’Orient-le-Jour, bon spécialiste du sujet, interrogé à Beyrouth. (Le Hezbollah a été officiellement déclaré comme une organisation terroriste par les États-Unis et, plus récemment, par le Royaume Uni et l’Allemagne. La « branche militaire » du Hezbollah est officiellement considérée comme une organisation terroriste par l’Union européenne et par la France, même si notre pays qui n’a pas classé sa « branche politique » en tant que terroriste, continue à entretenir un dialogue avec ses élus.)

Roland Barbar, ancien rédacteur en chef de l'importante chaîne d'information Futur TV (pro-sunnite), avec qui je dîne à Beyrouth, explique : 

« Au départ, le Hezbollah s’occupait de la frontière Sud avec Israël et se présentait comme une force de résistance (contre toute agression israélienne). Aujourd'hui, il est passé de cette soi-disant force de défense nationale à une force militaire offensive à l'extérieure des frontières libanaises. En gros, maintenant, les forces armées libanaises, c’est l’armée intérieure ; le Hezbollah, qui combat en Syrie, en Irak et au Yémen aux côtés des chiites, c’est l’armée extérieure. La première s'occupe du maintien de l’ordre à domicile en utilisant des moyens conventionnels ; la seconde est une milice qui gère les frontières au bon gré des ordres des Gardiens de la Révolution iranienne et en utilisant des moyens non conventionnels. Cette mainmise du Hezbollah sur les questions régaliennes (intérieur, défense et affaires étrangères) se fait, évidemment, hors de tout consensus politique libanais et en totale contradiction avec notre Constitution. Reste à savoir si le Hezbollah c’est l’armée du Liban ou si c’est l’armée de l’Iran ? ».

Les sunnites, une large partie des chrétiens et même certains chiites critiques avec le Hezbollah, ne se posent même plus la question : « Le Hezbollah veut décider librement ses opérations militaires à l’étranger et ne pas être dérangé au Yémen, en Syrie et en Irak. Mais imagine-t-on qu’une force militaire d’un pays démocratique aille combattre à l’étranger sans l’aval et sans mandat de son gouvernement ? », s’étrangle Ali Mourad, un célèbre intellectuel libanais, d'origine chiite, et bon connaisseur du Hezbollah.

D’une manière plus générale, les spécialistes interrogés à Paris comme au Liban sont unanimes pour considérer que le mouvement chiite Hezbollah a un agenda iranien : il prend ses ordres à Téhéran et y récupèrent des millions de dollars (la charte du Hezbollah précise explicitement son allégeance au Guide Suprême iranien). « Il n’y a pas de solution politique au Liban sans le Hezbollah. Il fait partie de la solution » confirme Kassem Kassir, un intellectuel chiite pro-Hezbollah, que je rencontre dans un café de Badaro, l’un des quartiers « bobo » de Beyrouth. 

Comme j’ai pu le constater à d’autres occasions, lors de rencontres avec l’état-major politique et militaire du Hezbollah (ce dont j’ai fait un long reportage pour un livre), ou lors d’une visite dans les tunnels de Mlita, le « musée » du Hezbollah au Sud Liban, la milice politico-militaire n’a guère l’intention de respecter les traités de paix onusiens. 

Le « parti de Dieu » n’a pas davantage accepté la présence de la FINUL, pourtant souhaitée officiellement par le gouvernement du Liban (dont le Hezbollah fait partie). Le Hezbollah n’aime pas que des casques bleus « viennent perturber le déploiement de ses missiles russes ou iraniens au Sud Liban ou freiner le creusement de ses tunnels tactiques qui traversent la frontière », m’explique un bon connaisseur du dossier à Beyrouth. Hassan Nasrallah, le chef du mouvement chiite libanais, s’est d’ailleurs vivement opposé en 2020 à une extension du mandat de la FINUL qui aurait permis aux casques bleus de pouvoir inspecter les domiciles privés au Sud Liban en cas de suspicion d’armes. Son refus signe un aveu. 

En fait, le « parti de Dieu » veut être libre de pouvoir préparer le bombardement éventuel des villes du Nord et du Nord-Est d’Israël – comme par exemple Kiryat Shmona, une ville de « développement » créée en 1949 sur un ancien village palestinien et située à deux kilomètres de la frontière libanaise ; de son côté, l’armée israélienne veut, elle aussi, pouvoir répliquer sans compter aux roquettes Katioucha envoyées par le Hezbollah. Des deux rives de la « Blue Line », on se dit pacifique, mais on est prêts à en découdre avec l’ennemi à la moindre occasion, comme ce fut le cas début août. A chaque fois : on montre ses muscles. 

En dépit du fait que plusieurs résolutions de l’ONU imposent le désarmement du Hezbollah, celui-ci n’a jamais eu lieu dans les faits, même s’il a été signé sur le papier. Ses soldats sont restés sur le terrain ou ont rejoint l’armée libanaise. Les spécialistes considèrent même que l’armement du Hezbollah dans la banlieue Sud de Beyrouth, au port de la ville, et au Sud Liban, d’origine iranienne ou russe, est aujourd’hui « autrement plus conséquent » qu’il ne l’était lors du conflit israélo-libanais de 2006. En définitive, pour qui voudrait agir sur la dimension militaire du Hezbollah au Sud Liban, c’est à Téhéran qu’il faudrait s’adresser pour discuter. Plusieurs voix s’élèvent d’ailleurs au Liban pour inciter les occidentaux à faire pression sur l’Iran afin qu’il desserre son étau sur le Liban dans les négociations en cours sur le nucléaire. « Il faudrait que l’accord sur le nucléaire iranien englobe le volet de l’expansionnisme iranien au Moyen Orient qui se fait par le biais de milices inféodées à l’Iran, comme le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen ou la milice dite de “mobilisation populaire” en Irak. Cet expansionnisme, s’il était maintenu et consacré dans la région par un accord sur le nucléaire serait une source de déstabilisation et de conflits permanents dans toute la région. L’accord ne doit pas être signé au détriment de la souveraineté libanaise ou en “livrant” le Liban au Hezbollah car ce serait la fin de son modèle de vivre ensemble et d’ouverture sur le monde », me dit Michel Touma, éditorialiste de L’Orient-Le Jour.

Enfin, un général libanais à la retraite me résume la situation, sous couvert d’anonymat, lors d’une rencontre chez lui à Beyrouth peu après mon retour de Deir Kifa. Le haut gradé pèse ses mots au trébuchet et me demande de pouvoir relire ses propos (ce que j’accepte de faire, exceptionnellement, en raison des risques et du contexte). Voici ce qu’il me dit : « L’occupation syrienne du Liban en 1990 a été le tournant critique pour l’armée libanaise. Elle a perdu sa souveraineté. Ensuite, pendant quinze ans, jusqu’en 2005, l’occupation s’est traduite par un véritable lavage de cerveau contre l’idée de la souveraineté libanaise, l’armée libanaise devenant une simple division de l’armée syrienne. La doctrine officielle de l’armée libanaise, son slogan principal, c’était à cette époque le soutien à la “résistance” contre Israël, autrement dit le soutien au Hezbollah. Après l’assassinat du premier ministre Rafik Hariri en 2005, et les manifestations qu’il a suscitées, le retrait de la Syrie a marqué le retour à la souveraineté du Liban. Mais l’obligation de défendre la “résistance” du Hezbollah est restée. Le Hezbollah a pris la place de l’armée syrienne, d’une certaine façon, et a influencé l’armée de l’intérieur, infiltrant notamment ses services de renseignement. Depuis, la prise en compte des confessions religieuses imprègne tout le système militaire, la présence chiite étant particulièrement valorisée et fortement influente dans l’état-major au Sud du pays. As a matter of fact, un officier ne peut pas être anti-Hezbollah au Sud-Liban. Et aujourd’hui, la doctrine officielle de l’armée libanaise demeure favorable au parti chiite. Ce sont deux entités séparées mais s’il y avait un conflit entre le Hezbollah et Israël, les Forces armées libanaises seraient contraintes, fut-ce contre leur gré, de s’engager aux côtés du Hezbollah. » Et le général libanais de conclure : « Malgré tout ce que je viens de dire, je ne crois pas qu’on ait d’autre option que d’aider les Forces armées libanaises. Leur commandant en chef, Joseph Aoun, s’attache à contrecarrer l’influence du Hezbollah. Il faut soutenir l’armée du pays. On n’a pas d’autre choix. »

11 % de femmes dans l’armée de terre aujourd’hui

Dans ce contexte difficile, que viennent faire les soldats français dans cet « orient compliqué » et ce que certains historiens ont baptisé « le bourbier libanais » ? La question reste entière. Pour y répondre, il faut revenir aux valeurs de l’armée française : « l’obéissance au politique », comme le répètent les militaires ; la fierté de servir son pays mais aussi l’ONU ; et un certain sens de l’aventure. 

« Je pense que cette aventure au Sud Liban, parce que c’est une aventure pour nos soldats, est vraiment enthousiasmante. Je constate chaque jour cet enthousiasme des soldats parce que porter le casque bleu, porter le béret bleu, c’est porter des valeurs. Il y a dans tout militaire une part d’idéalisme. Faire cette mission ici, c’est pour eux toucher directement à cet idéal », m’explique le colonel Sommerlat.

Avec lui ainsi qu’avec le capitaine Aurélien et le lieutenant Baudoin nous parlons de cette « part d’aventure » qui les motive. A les entendre, je repense à Malraux en Asie, Lawrence en Arabie, Jean Genet dans les camps palestiniens et Rimbaud en Abyssinie (il était fils de militaire). On parle aussi des Mémoires de guerre du général De Gaulle. Une certaine idée de la France… 

Dommage que la bibliothèque du camp soit limitée et isolée dans une petite salle – peu de soldats l’utilisent. Les romans d’A. J. Cronin et de Frank G. Slaughter y côtoient ceux d’Agatha Christie, comme si la littérature s’était arrêtée il y a cinquante ans. Peut-être qu’une association, une Bibliothèque sans frontière pour nos armées, pourrait fournir une sélection panoramique de 500 romans clés à nos troupes sur le terrain avec, plus personnalisée en fonction des théâtres d’opération, une sélection des meilleures analyses sur le Moyen Orient pour Deir Kifa (une centaine de livres de Gilles Kepel à Olivier Roy, en passant par les histoires du Liban et des casques bleus) ? Je promets aux officiers de leur faire parvenir les ouvrages dont nous avons parlés mais je trouve paradoxal que tant d’ONG diffusent des livres aux camps de réfugiés à travers le monde sans penser à le faire aussi pour les militaires français en mission.   

Les soldats de Daman, comme partout, sont jeunes (la moyenne d’âge des militaires du rang dans l’armée de terre française est de 27 ans) et je constate, en discutant avec eux, que nombre de sous-officiers sont d’anciens militaires du rang ce qui atteste, au moins au ministère des armées, que « l’ascenseur social » fonctionne encore par la promotion interne. Si les militaires « de père en fils » sont encore nombreux, notamment parmi les officiers – plusieurs exemples frappent à Daman –, d’autres parcours, d’autres « corniches » s’ouvrent. Les réservistes et les militaires sous contrat sont également nombreux (ils représentent 75 % de l’armée de terre quand les militaires de carrière ne comptent plus que pour 25 %). On me dit également que 13 000 postes sont à pourvoir en 2021 dans la seule armée de terre qui communique sur sa quête de futurs « soldats aguerris », au « caractère trempé et durs au mal », « résilients » et prêts à « encaisser les chocs ». L’aguerrissement et la résilience sont les nouveaux maîtres-mots de l’armée de terre.  

l'armée de terre compte aujourd'hui 10,7% de femmes et la mission Daman à son image compte celles-ci notamment aux rangs d'officiers et sous-officiers..
l'armée de terre compte aujourd'hui 10,7% de femmes et la mission Daman à son image compte celles-ci notamment aux rangs d'officiers et sous-officiers.. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

En cette nuit de juillet, sous une Lune bienveillante et une chaleur affolante, l’un des militaires aguerri et résilient qui va rester éveillé toute la nuit, après notre départ, dans cette tour silencieuse, avec une bonne ration de café, un gros ventilateur, un lourd gilet pare-balles et un casque bleu qui cache des cheveux longs, est une femme.

Je suis surpris par le nombre de femmes qui, sans être élevé (on compte environ 10,7 % de « soldates » dans l’armée de terre aujourd’hui), est significatif au sein de la mission Daman – y compris les sous-officiers et les officiers. On dit que l’armée est misogyne, que les femmes y font l’objet de blagues graveleuses. Ce n’est pas ce qu’elles me disent ; elles sont au contraire fières de servir la France au Liban, au même titre – et avec (presque) les mêmes grades ­– que les hommes. La féminisation des armées est en marche. Elle est inexorable et les officiers avec lesquels j’en ai parlée considèrent cette évolution très positivement.  

Au sein de Daman 40, il y a également des soldats français d’origine antillaise, africaine ou arabe (dont plusieurs soldats bilingues qui font office, officiellement ou officieusement, de traducteurs). On dit l’armée « raciste » mais les soldats « noirs » que j’ai rencontrés contestent cette lecture surtout lorsque, revenus de l’opération Barkhane au Mali, ils sont montrés en exemple par le reste de la troupe et – de fait– impressionnent tout le monde. 

Ainsi du caporal Jean-Elie, né en Martinique, et ancien de l’opération Barkhane, avec lequel je partage en patrouille sur la « blue line » une « ration de combat individuelle réchauffable » ou RCIR (au menu : Paella ou Saucisses de Strasbourg). Jean-Elie ouvre cette boite qui fait tant fantasmer les civils mais parait plus banale aux soldats, et me montre tout ce qu’elle contient : « C’est la ration qu’on mange sur le terrain ou, comme là, en OPEX – les opérations extérieures. Il y a dans cette boite de quoi survivre pendant 48 heures : deux petits déjeuners avec du chocolat chaud, des biscuits de combat avec beaucoup de calories et de protéines, des pruneaux, des barres de céréales, de la soupe – que personne ne mange – et puis des nougats, du chocolat noir etc. » Les rations françaises font partie, elles aussi, du Soft Power français. « Elles sont considérées comme parmi les meilleures au monde par les autres armées qui nous les envient », me dit un capitaine. Il semble même que les soldats Américains nous les jalousent, eux qui survivent avec des produits déshydratés dans des sachets scellés… A quand un classement des rations au guide Michelin ? 

Le reste du temps, quand ils ne sont pas sur le terrain, les soldats français de Daman 40 mangent « à l’ordinaire » ou au « village gaulois ». La cantine de l’armée, aménagée dans une tente climatisée, est étonnamment bonne. On y sert 1 600 repas par jour. Tout le monde s’y retrouve, par vague, pour le petit-déjeuner, le déjeuner ou le diner et c’est là que je mangeais également. Il faut simplement se laver les mains assidument en entrant et apporter, Covid oblige, son couteau « CAC » – on m’en offre un. C’est le nouveau couteau polyvalent des armées, fourni aux soldats en dotation : une arme de combat, brise-vitre et coupe sangle, qui se déplie également en fourchette, cuillère et tire-bouchon pour les repas – un véritable couteau suisse. 

La cantine de l’armée, aménagée dans une tente climatisée et où sont chaque jour servis près de 1 600 repas.
La cantine de l’armée, aménagée dans une tente climatisée et où sont chaque jour servis près de 1 600 repas. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

Si on est épris d’un peu plus de liberté ou de fantaisie, car nul n’est autorisé à sortir du camp et aucune permission n’est accordée durant la mission – les soldats ne voient ni Beyrouth ni la mer –, on peut manger au « village gaulois », une succession d’une dizaine de petits commerces et restaurants tenus par des Libanais à l’entrée du camp. On y vend des objets de première nécessité, des habits et des souvenirs fabriqués en Chine. De petites échoppes proposent une nourriture simple, à payer en Euros. C’est cher au taux actuel de la livre libanaise et de son inflation galopante (23.000 livres libanaises pour un Euro lorsque j’y étais) et la nourriture fort médiocre. Je teste les pâtes Carbonara qui n’ont de pâtes que le nom et de Carbonara que la couleur – insipide. Paradoxalement, mieux vaut manger à la popote où « l’ordinaire » est moins coloré mais la cuisine plus loyale. 

Le "village gaulois", succession d’une dizaine de commerces et restaurants tenus par des Libanais à l’entrée du camp.
Le "village gaulois", succession d’une dizaine de commerces et restaurants tenus par des Libanais à l’entrée du camp. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

A Noël dernier, les militaires de Daman 38 espéraient la venue du président de la République, Emmanuel Macron, à Deir Kifa pour le réveillon. Le bruit avait circulé, de plus en plus précis. Le président était annoncé et avec lui, peut-être, un bon repas de Noël. Finalement, Emmanuel Macron n’est pas venu. Échaudés les soldats de Daman 40 ont revu leurs ambitions à la baisse : ils espèrent désormais la venue de la ministre aux Armées, Florence Parly. Le colonel a déjà prévu de prêter sa chambre si la ministre le souhaite. 

Que l’armée vote à droite, et quelquefois à l’extrême droite, c’est un fait qui a été évoqué. Mais je suis frappé, en échangeant avec des soldats du rang comme avec des officiers, et à rebours de ce qu’on lit dans la presse en France, de leur amour pour les institutions de la République et le respect qu’ils témoignent aux « responsables politiques ». Sur chaque sujet à traiter, sur chaque débat à trancher, mes interlocuteurs considèrent que la décision revient « au politique » et ils acceptent cette règle sans sourciller. C’est leur métier. Leur respect pour le président de la République, surtout, me frappe, qu’ils aient voté ou non pour Emmanuel Macron. Je suis décontenancé par cette subordination qui n’est pas feinte.  

Durant mon séjour à Deir Kifa, les militaires ont été accueillants, disponibles, et bienveillants à mon égard. Les discussions ont été libres, permanentes, parfois « cash ». La « grande muette » a décidé de parler : elle a pris le risque d’accueillir, « embedded », un journaliste de France Culture dans son camp pour son 14 juillet et pendant quatre jours, lui ouvrant les portes et lui donnant accès à ses soldats. Pourquoi prendre un tel risque ? « Ce serait un risque, si nous avions quelque chose à cacher. Un risque si nous n’étions pas sûrs de notre mission », souligne, habile, le colonel Sommerlat lors du dîner avec l’état-major.  

Les soldats de Daman 40 avec les forces armées libanaises
Les soldats de Daman 40 avec les forces armées libanaises Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

Le jour même de mon départ de Deir Kifa, on m’annonce un drame. J’apprends la mort de l’adjudant-chef Ludovic Logez, décédé accidentellement en opération au Sud Liban, dans le cadre de la mission Daman 40. Le nom de ce soldat que j’ai sans doute croisé pendant mon séjour, sans le connaître, s’ajoute à la longue liste des casques bleus français tombés ici. Ils étaient déjà 155. Ils sont maintenant 156 soldats français morts au Liban. Morts pour la France.

Frédéric Martel

Les commémorations du 4 août, évènement encore vivement douloureux dans les esprits des militaires et sapeurs-pompiers sur place.
Les commémorations du 4 août, évènement encore vivement douloureux dans les esprits des militaires et sapeurs-pompiers sur place. Crédits : État-major des armées. © Tous droits réservés.

Reportage photo

Toutes les photos de cet article illustrent la Force Commander Reserve/Daman 40. Elles ont été fournies par l’armée française (nous n’avions pas été autorisé par la FINUL ni par l’armée libanaise à prendre des photos). Copyright : État-major des armées. © Tous droits réservés. 

Remerciements

Ce programme spécial de France Culture a été réalisé au Sud Liban du 14 au 17 juillet 2021. Production : Frédéric Martel. Réalisation et montage : Peire Legras et Alexandra Malka. Régie et son : Florent Bujon (avec l’aide de Jean-Guislain Maige). Édition de l’article web : Léane Le Coant, David Pata, David Lavaud, Jean-Baptiste Dagorn et Aziz Ridouan. Nos remerciements à Hector Calderon, Tilak Pokharel et Andrea Tenenti de l’ONU à New York et au quartier général de la FINUL à Naqoura au Liban ; à l’État-major des armées française à Paris ; au colonel Ludovic Sommerlat (chef de mission Daman 40, Force Commander Reserve) ; au capitaine Alexandre Mulliez (ConsCom, Daman 40) ; ainsi qu’aux militaires du 3ème régiment de hussards (cavalerie, armée de terre) et à l’ensemble des casques bleus français de la mission Daman 40, actuellement en mission au Sud Liban. 

Musiques diffusées au cours de l’émission

  • En générique : la version instrumentale de Everything I Wanted de Billie Eilish
  • U2, One (One Love)
  • Iron Maiden, Wasted Years (cette musique était celle écoutée par les soldats finlandais dans leur salle de sport)
  • Vianney, Je m’en vais (le chanteur soutient les soldats français en « Opex » et a donné des interviews dans le magazine de l’armée)
  • Anson Seabra, Welcome to Wonderland (en hommage à l’adjudant-chef Ludovic Logez)
  • Les musiques militaires diffusées durant l’émission ont été interprétées par les militaires musiciens de la mission Daman 40, FCR, à Deir Kifa au Sud Liban le 14 juillet 2021. 

Pour aller plus loin

Voici quelques livres qui ont servi à l'écriture de cet article et à la préparation de cette émission :

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