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En avril 2018, une partie de la route reliant Sospel aux bourgs de Sainte Sabine et Beroulf s'est effondrée : les habitants ont été privés de leur seul accès routier pendant plus de 18 mois.

Alpes-Maritimes : pourquoi la route est-elle tombée ?

13 min
À retrouver dans l'émission

L’histoire qui nous intéresse cette semaine est hélas, une histoire cyclique : celle des pluies diluviennes qui s’abattent sur la belle région des Alpes-Maritimes. En 2018 déjà, un pan de route s’était effondré à Sospel, contraignant une cinquantaine d’habitants à randonner pendant presque deux ans.

En avril 2018, une partie de la route reliant Sospel aux bourgs de Sainte Sabine et Beroulf s'est effondrée : les habitants ont été privés de leur seul accès routier pendant plus de 18 mois.
En avril 2018, une partie de la route reliant Sospel aux bourgs de Sainte Sabine et Beroulf s'est effondrée : les habitants ont été privés de leur seul accès routier pendant plus de 18 mois. Crédits : Valery Hache - AFP

Il était une fois l’un des plus beaux villages de France, Sospel, une commune d’environ trois mille cinq cents habitants dans le sud de la France. Célèbre pour son patrimoine historique, la commune a en effet connu une période extrêmement faste lorsqu’elle appartenait aux comtes de Savoie. Mais depuis plusieurs décennies, les habitants de Sospel sont inquiets : la route principale qui dessert leur village est sujette à de nombreux éboulements. 

L’effondrement de la route de Sospel : des facteurs géologiques   

Et c‘est ainsi qu’un beau matin d’avril 2018, un bout de route est littéralement tombé, celui qui menait aux hameaux de Beroulf et de Sainte Sabine. A l’origine de ces catastrophes il y a bien sûr les épisodes méditerranéens, l’expression exacerbée du réchauffement climatique… Mais est-ce seulement cela ? Pourquoi ce phénomène général touche-t-il particulièrement cette région ? Pour avoir la réponse, nous sommes allés interroger un spécialiste en géologie, professeur chercheur à l’université de Nice Sophia Antipolis, Thomas Lebourg : 

« La terre est poreuse et quand il pleut et bien cette porosité se vide dans le sol, qui se remplit d’eau et donc ça augmente le poids. En plus de ça, ça a un effet cisaillant, c’est-à-dire que l’eau ne va offrir aucune résistance au cisaillement, et la terre va se mettre à glisser. Tout simplement par sa propre gravité. Et donc plus les terrains sont saturés, plus les glissements sont faciles à se mettre en œuvre. » 

Cette fragilité s’explique par la nature des sols de la région : les sous-sols de la zone sont en effet composés majoritairement de formations gypseuses, formations très meubles qui se dissolvent rapidement, provoquant ainsi des effondrements, des affaissements et des glissements de terrain. 

Des effets majeurs sur le quotidien des habitants 

Mais alors que faites-vous lorsque l’unique route qui mène à votre lieu d’habitation disparaît du jour au lendemain ? Jacques Denaix, président de l’association, les déroutés de Sospel, nous explique comment les habitants des hameaux se sont organisés : 

« Tous autant qu’on était il n’était pas question que l’on quitte notre territoire. On avait pas du tout l’intention d’en partir, on est très attachés à cet endroit et, on était plutôt prêts à accepter les inconvénients. Une demi-heure de marche le matin, une demi-heure de marche le soir, les courses à monter sur le dos. De temps en temps on a fait quelques héliportages pour le matériel trop lourd. » 

Mais la chute de cette route ne peut être imputée aux pouvoirs publics locaux, qui n’ont en réalité qu’une marge de manœuvre réduite pour atténuer les risques liés aux caractéristiques géologiques de la région. En effet selon Thomas Lebourg, les coûts engendrés par des travaux de stabilisation dans les zones à risque représentent des sommes beaucoup trop importantes pour pouvoir être prises en charge par les collectivités locales. Il serait néanmoins préférable selon lui de ne pas accroître la vulnérabilité géologique de la région en densifiant le territoire de manière excessive :  

« On a construit dans des zones où l’on ne savait pas, c’est par ignorance que ça a été fait dans les zones de montagne (…). Dans les zones de montagne, avant les gens avaient des habitats beaucoup plus petits, il y avait beaucoup moins de transports. A cause du foncier de la côte d’Azur, les gens vont vers l’intérieur des terres. Et l’intérieur des terres n’est pas fait pour recevoir des habitations, une population aussi importante, avec des moyens de transport, des routes, des camions. La on transfère une vulnérabilité vers une zone où l’aléa est assez élevé. » 

En effet, les routes qui conduisent à ces lieux magiques sont des routes sinon précaires du moins construites sur du gypse, voilà pourquoi elles sont et seront toujours vulnérables. Un peu comme si la beauté avait un prix, si celle ci se méritait. Mais cela veut dire qu'aucun chantier, aucune technique ne pourra vaincre la gravité : les routes qui montent pourront toujours finir par tomber.

Extraits : Les pieds sur terre  - Des catastrophes pas naturelles (14/10/2019) 

Intervenants
  • Professeur chercheur en Géologie à l'Université de Nice Sophia Antipolis
  • Président de l'Association les Déroutés de Sospel
L'équipe
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