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En quelques années, l'avocat s'est imposé dans les assiettes des européens : l'Europe importe aujourd'hui 440 000 d'avocats par an

Cartels mexicains, désastre écolo : le procès de l’avocat

12 min
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S’il est réputé pour ses bienfaits nutritionnels et cosmétiques, le bilan écologique et social de la culture de l'avocat est particulièrement négatif. Entre consommation excessive en eau, recours aux pesticides et crime organisé au Mexique, Superfail revient sur les méfaits de ce fruit à la mode.

En quelques années, l'avocat s'est imposé dans les assiettes des européens : l'Europe importe aujourd'hui 440 000 d'avocats par an
En quelques années, l'avocat s'est imposé dans les assiettes des européens : l'Europe importe aujourd'hui 440 000 d'avocats par an Crédits : Sergei Fadeichev - Getty

L’avocat est devenu en l’espace d’une dizaine d’années, un aliment incontournable en Europe : entre 2016 et 2018, la consommation européenne d’avocats a ainsi augmenté de 65%. Pourtant, derrière cet aliment médiatisé par les influenceurs et plébiscité par les végétariens pour ses apports nutritifs, se cache des conséquences dramatiques à la fois sur l’environnement et sur une partie de la population mexicaine. 

Pour en apprendre plus sur cet aliment, nous nous sommes tournés vers Bruno Parmentier, il est consultant spécialisé dans les questions agricoles et alimentaires. Ancien directeur de l’École d’Agronomie d’Angers, il anime aujourd’hui un blog et une chaîne YouTube intitulée Nourrir-Manger sur l’agriculture de demain. 

L’explosion de la demande et les conséquences sociales au Mexique 

L’avocatier est un arbre cultivé historiquement dans des régions aux climats tropicaux humides, comme au Mexique notamment, premier pays producteur mondial.  Or depuis une décennie, l’avocat est devenu un aliment particulièrement prisé dans des régions du monde bien éloignées du Mexique, l'Europe et l'Amérique du Nord notamment : 

Maintenant la demande est énorme, en particulier en France. Pour situer actuellement c’est 3 kilos par famille. Comme si l’avocat était comme la tomate et le concombre, qu'il poussait chez nous. » Bruno Parmentier, consultant spécialisé dans les questions agricoles et alimentaires

En constatant l’explosion de la demande occidentale, les pays producteurs se sont ainsi mis à produire des avocats en très grande quantité. Or au Mexique, l'intérêt soudain pour ce fruit originaire de la région l'a transformé en produit générateur de revenus, attirant des groupes criminels à la recherche de profit. 

Il y a des milliards de dollars à gagner (…). Les barons de la drogue préemptent des vallées et des montagnes entières – notamment dans la région du Michoacán au Mexique – et délogent les paysans qui sont là. Et les milliards c’est plutôt pour eux que pour les petits paysans. 

L’avocat : un désastre écologique 

L’explosion de la demande depuis une décennie - avec quelques 4,7 millions de tonnes d’avocats récoltées chaque année dans le monde - a un impact particulièrement négatif sur l’environnement. D’une part le recours aux pesticides dans les cultures d’avocatiers est courant au Mexique. D’autre part, l’avocat est particulièrement gourmand en eau : la production d’avocats nécessite 1000 litres d’eau pour un kilo d'avocats, soit sept fois plus que pour un kilo de salade. Dans les pays au climat plus sec comme l’Afrique du Sud ou l’Espagne, la culture d’avocatiers entraîne ainsi un assèchement inquiétant des nappes phréatiques. Enfin, le transport de l’avocat jusqu’aux pays consommateurs alourdit considérablement l’empreinte carbone de cet aliment : 

C’est un transport par bateau qui est très coûteux. Pendant les 25, 26, 30 jours de bateau, il faut maintenir l’avocat à 6 degrés, donc on le transporte en réfrigérateur. (…). Une fois qu’il est débarqué à Amsterdam, là il y a 8-10 jours dans des chambres, où on le fait passer progressivement de 6 degrés à 20 degrés et on balance de l’éthylène pour le faire murir. » 

En plus de cet impact écologique désastreux, l’avocat peut aussi devenir une catastrophe culinaire s'il est mal préparé. La cheffe de cuisine mexicaine, Mercedes Ahumada nous parle notamment de l'échec des guacamoles industriels : 

Si le guacamole est surgelé il perd le goût. Et si le guacamole est industriel, on sentira les conservateurs s’il n’est pas surgelé. Forcément, ce n’est plus du guacamole, c’est une pâte avec des produits, des conservateurs etc. » Mercedes Ahumada, cheffe, conférencière spécialiste de l'histoire et de la culture gastronomique mexicaine

Intervenants
  • Cheffe, conférencière spécialiste de l'histoire et de la culture gastronomique mexicaine
  • Ingénieur et économiste, ancien directeur de l’Ecole d’agronomie d’Angers, consultant spécialisé dans les questions agricoles et alimentaires
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
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