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Le journal La Repubblica titrait "le massacre de la cupidité" : c'est pour éviter des pertes financières que les exploitants auraient décidé de désactiver le frein d'urgence

Chute du téléphérique à Stresa : un drame exceptionnel, une faute classique

13 min
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La cabine d’un téléphérique s’est décrochée le 23 mai à Stresa en Italie, entraînant la mort de 14 personnes. Si la rupture d’un câble est à l’origine de l'accident, un autre facteur plus compromettant a été identifié : le frein d’urgence aurait été sciemment désactivé par les exploitants.

Le journal La Repubblica titrait "le massacre de la cupidité" : c'est pour éviter des pertes financières que les exploitants auraient décidé de désactiver le frein d'urgence
Le journal La Repubblica titrait "le massacre de la cupidité" : c'est pour éviter des pertes financières que les exploitants auraient décidé de désactiver le frein d'urgence Crédits : Daniele Butera Photography - Getty

Le drame du téléphérique de Stresa en Italie qui a fait 14 morts le 23 mai 2021, nous touche et réactive certaines peurs que nous éprouvons tous lorsque l’on monte dans une cabine de téléphérique ou sur un télésiège. En effet, si l'on sait que les accidents dans ces modes de transport sont extrêmement rares, cela ne nous empêche pas d’éprouver des sensations mitigées à bord de ces infrastructures…  

Pour comprendre comment et pourquoi cet accident tragique a eu lieu, nous sommes allés interroger Daniel Pfeiffer, il est ingénieur en chef des Ponts et Chaussées et directeur du Service Technique des Remontées Mécaniques et des Transports Guidés (STRMTG), un service à compétence nationale chargé de la sécurité des transports de voyageurs par remontée mécanique et par transport guidé. 

Les causes de l’accident 

Selon les premiers éléments de l’enquête, une décision humaine serait à l’origine du drame de Stresa : les responsables de la télécabine auraient pris la décision de désactiver le système de freinage d’urgence, car celui-ci provoquait des dysfonctionnements entraînant l'arrêt intempestif de la cabine. Daniel Pfeiffer nous explique à quoi sert ce mécanisme de sécurité essentiel : 

Si le câble tracteur casse, le frein permet d’éviter que la cabine ne tombe. Ce qui a dû se passer, c’est que ce frein a dû se déclencher de manière intempestive et donc l’exploitant, au lieu de résoudre le problème comme il aurait dû le faire, a préféré neutraliser cette sécurité.  Daniel Pfeiffer, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées

Mais cette technologie s’appuyant sur un frein d’urgence est de plus en plus rare dans les réseaux de téléphériques, elle tend en effet à disparaître pour être remplacée progressivement par une autre technologie, plus fiable et moins contraignante : 

Nous avons une technologie plus moderne, et c’est celle qui se développe depuis maintenant une quarantaine d’années, sur laquelle le câble tracteur est sécurisé : c’est une boucle qui est fermée, qui est surveillée, qui est contrôlée beaucoup plus souvent. (…) Dans ce cas on peut se passer du dispositif de frein, qui est un dispositif qui est plus contraignant, c’est un dispositif qui est lourd et qui nécessite beaucoup de maintenance.

La négligence des exploitants : un facteur mis en cause dans plusieurs accidents 

Plusieurs accidents en France s’expliquent par une forme de négligence de certains exploitants : face aux dysfonctionnements des mécanismes de sécurité, la tentation est grande de les désactiver plutôt que d’engager des travaux de réparation onéreux. Deux drames de même nature ont marqué la conscience collective : l’accident de téléphérique du pic de Bur en 1999, qui avait causé la mort de 21 personnes et l’accident du tapis roulant dans une station de ski en 2004, qui avait entraîné la mort d’une fillette. Dans ces deux cas, les mécanismes de sécurité avaient été délibérément désactivés par les responsables des infrastructures. Mais alors pourquoi laisser aux exploitants la possibilité de désactiver ces mécanismes de sécurité ? Daniel Pfeiffer nous explique : 

C’est normal de pouvoir désactiver une sécurité en règle générale, parce que parfois, une sécurité peut vous bloquer complètement un appareil. Mais par contre dès qu’on désactive une sécurité, cela nécessite d’avoir des mesures compensatoires très fortes. 

Si ces accidents ont toujours des bilans dramatiques, leur caractère exceptionnel est à souligner : les moyens de transport en montagne restent en effet particulièrement sécurisés, c'est ce qu'explique Daniel Pfeiffer : 

Sur environ 600 000 000 passagers par an, on a eu entre 20 et 30 blessés graves qui sont principalement liés à des chutes de télésiège ou de téléski. (…) On est sur des chiffres très faibles.

Intervenants
  • Ingénieur en chef des Ponts et Chaussées ; directeur de la STRMTG
L'équipe
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