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Richard Nixon devant l'hélicoptère présidentiel après sa résignation en 1974 : le président républicain avait été contraint de démissionner pour éviter d'être soumis à la procédure d'impeachment dans le cadre du Watergate.

Comment devenir le pire président des États-Unis (à une exception près)

12 min
À retrouver dans l'émission

Le superfail de cette semaine s’intéresse à un échec historique, celui du président américain Richard Nixon. Comment un président, au bilan politique parfaitement honorable, a-t-il brutalement chuté au point d’être érigé aujourd’hui en véritable contre-modèle ?

Richard Nixon devant l'hélicoptère présidentiel après sa résignation en 1974 : le président républicain avait été contraint de démissionner pour éviter d'être soumis à la procédure d'impeachment dans le cadre du Watergate.
Richard Nixon devant l'hélicoptère présidentiel après sa résignation en 1974 : le président républicain avait été contraint de démissionner pour éviter d'être soumis à la procédure d'impeachment dans le cadre du Watergate. Crédits : Bettmann - Getty

C'est probablement l’un des présidents les plus détestés de l’histoire politique américaine… Non, ce n'est pas celui auquel vous pensez. Pourtant s’intéresser à l'histoire de Richard Nixon permet aussi de comprendre en partie la polarisation suscitée par la personnalité de Donald Trump : Nixon comme Trump était en effet formidablement clivant.

Une personnalité qui suscite des haines profondes 

Né dans une famille modeste et très religieuse, Richard Nixon évolue dans un environnement particulièrement austère : il perd ses deux frères en bas âge et doit se battre durement pour réussir. De cette enfance marquée par les difficultés, il gardera un sentiment de « revanche sur la vie » qui peut en partie expliquer la rigidité qui le caractérise. C’est ce qu’explique Georges Ayache, historien et auteur de l'ouvrage La Chute de Nixon

Il n’était pas forcément antipathique mais il était simplement en proie à des scrupules, en proie à des sentiments de revanche sur la vie. Par exemple il était admis à Yale et à Harvard, il n’a pas pu y aller parce qu’il n’avait pas d’argent. Et par la suite de sa vie politique, on va le prendre de haut justement parce qu’il n’aura pas fait les grandes universités. Tout ça rumine en lui, ça suscite une volonté de revanche sur le sort (…), ce qui explique un peu sa rudesse d’approche.  

Cette posture rigide et son appartenance au camp des Républicains, lui valent d’être très rapidement âprement combattu par les forces diplomates et libérales du pays. Dès son entrée en politique, Richard Nixon doit en effet faire face à une déferlante de critiques notamment dans le cadre de l’affaire Alger Hiss. En 1948, Alger Hiss, homme politique Rooseveltien à l’image policée, est accusé d’espionnage au profit des soviétiques. Richard Nixon n’hésitera pas à soutenir l’accusation malgré l’opposition d’une grande partie de la presse et du camp démocrate : cet engagement ne lui sera jamais pardonné. 

L’affaire du Watergate : une histoire de paranoïa 

L’histoire désormais célèbre du Watergate se déclenche en juin 1972 : cinq cambrioleurs sont appréhendés en pleine nuit dans les locaux du quartier général du parti démocrate. Cette affaire à l’apparence étonnamment banale va prendre des proportions immenses lorsque l’on découvre que les cambrioleurs sont en réalité liés à la Maison Blanche. Deux journalistes du Washington post s’emparent alors de l’affaire, et leurs révélations finiront pas pousser Nixon à la démission. Pour Georges Ayache, cette dérive autoritaire s'explique par un sentiment paranoïaque qui n'a jamais quitté le président Nixon : 

Il s’est toujours senti assiégé. Il avait des côtés paranoïaques qui se sont développés au fur et à mesure. Là effectivement, on ne peut pas accuser X ou Y, c’est lui, c’est sa personnalité qui l’a poussé à agir comme ça. (…). Effectivement, en tant que président, tout aurait dû s’apaiser - non pas s’arrêter - mais s’apaiser. Et lui ça a accentué sa volonté de revanche. C’était un homme à fleur de peau jusqu’au bout, et il est tombé pour ça d’ailleurs. » 

Pourtant le bilan présidentiel de Nixon en 1972 s'avère extrêmement positif. Sur le plan de la politique intérieure, il prend des mesures sociales qui permettent au pays de reprendre le chemin du plein emploi ; sur le plan international il engage un processus de paix avec le Vietnam et organise un voyage historique à Pékin, modifiant définitivement le paysage des relations internationales. 

Ainsi, Il y aura toujours une part de mystère dans le rapport des hommes de pouvoir au pouvoir : pourquoi Nixon a-t-il organisé cette opération d’espionnage qui l’a obligé à quitter la politique ? Une pulsion inconsciente pour en finir avec cette carrière politique si brillante, comme s’il se vivait toujours comme un imposteur ? Ou bien faut-il y voir la marque du control freak qui voulait tout contrôler, y compris et d’abord ses opposants ? Il paraît que seuls les paranoïaques survivent… Tous les paranoïaques, sauf Nixon. 

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