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Alain Juppé en mars 2019, alors qu'il s'apprête à prêter serment à l'Elysée suite à sa nomination au Conseil Constitutionnel : cette nomination l'avait contraint à abandonner ses fonctions de maire de Bordeaux

Comment Juppé a-t-il réussi à faire élire un écologiste à la mairie de Bordeaux ?

13 min
À retrouver dans l'émission

Le superfail de cette semaine est dédié à un incroyable échec politique : comment Alain Juppé, maire de Bordeaux depuis 25 ans, a-t-il réussi à rater sa succession à la mairie, faisant élire l’un de ses opposants politiques les plus anciens, l’écologiste Pierre Hurmic ?

Alain Juppé en mars 2019, alors qu'il s'apprête à prêter serment à l'Elysée suite à sa nomination au Conseil Constitutionnel : cette nomination l'avait contraint à abandonner ses fonctions de maire de Bordeaux
Alain Juppé en mars 2019, alors qu'il s'apprête à prêter serment à l'Elysée suite à sa nomination au Conseil Constitutionnel : cette nomination l'avait contraint à abandonner ses fonctions de maire de Bordeaux Crédits : Bertrand Guay - AFP

Alors que beaucoup s’attendait à ce que le jeune successeur d’Alain Juppé, Nicolas Florian, sorte gagnant des élections municipales à Bordeaux, Pierre Hurmic s’est finalement imposé avec 46% des voix contre 44% pour le maire sortant. Une issue pour le moins surprenante, aux causes multiples, listées par le journaliste Jefferson Desport dans son livre, La Chute de la maison Juppé. Voici donc quelques leçons pour bien réussir à rater sa succession : 

Désigner son successeur dans la précipitation et rechigner à choisir entre deux camps

A l’origine, la personne supposée succéder à Alain Juppé était Virginie Calmels, mais celle-ci peine à s’imposer à Bordeaux, entretient des relations tendues avec les proches du maire et décide finalement de se retirer de la vie publique au moment où Juppé annonce son départ pour le Conseil Constitutionnel : 

Il adoube Nicolas Florian dans l’urgence, dans la précipitation. Nicolas Florian c’est son adjoint aux finances, c’est un fidèle, il est un membre du premier cercle mais qui lui non plus n’était pas au courant de ce départ d’Alain Juppé. Il y avait un choix c’était ou lui, ou Virginie Calmels et quelques jours avant que Alain Juppé ne quitte la mairie de Bordeaux, elle l’informe de son souhait de repartir dans le privé.  

Autre élément qui va peser sur les résultats de l’élection quelques mois plus tard, Alain Juppé décide de ne pas verrouiller officiellement Bordeaux auprès des membres du groupe LREM. Les marcheurs sont alors nombreux à regarder avec envie et détermination la municipalité bordelaise et c’est finalement Thomas Cazenave, proche d’Emmanuel Macron, qui obtient l’autorisation pour représenter le parti aux municipales. Alain Juppé s’entretient d'ailleurs avec ce dernier à de multiples reprises, sans jamais émettre d’objection quant à sa candidature face à son successeur Nicolas Florian.  

Tarder à faire alliance et laisser la place libre à un opposant historique

Avec le retrait du parti socialiste d’une part et l’union de la gauche radicale d’autre part, incarnée par Loïc Prud’homme de la France Insoumise et Philippe Poutou du NPA, l’écologiste Pierre Hurmic apparaît comme le seul représentant de la gauche modérée. Nicolas Florian et Thomas Cazenave décident quant à eux trop tardivement de faire alliance, à la veille du second tour, alors que la stratégie politique de l'écologiste semble déjà avoir porté ses fruits.  

Pierre Hurmic est un avocat bordelais. C’est quelqu’un qui est élu depuis 25 ans au conseil municipal, c’est l’opposant historique à Alain Juppé. Sa grande force c’est qu’il est apparu comme nouveau alors que c’est tout le contraire. Pierre Hurmic est élu depuis 1995, il fait partie des meubles à la mairie de Bordeaux. Et pourtant il avance et il se montre un redoutable stratège. 

Des causes plus structurelles 

Au-delà des causes spécifiques à la ville de Bordeaux et à la gestion de la succession d’Alain Juppé, d’autres causes peuvent expliquer l’élection de Pierre Hurmic. Pour Brice Teinturier, directeur général d’Ipsos, l’élection d’écologistes dans plusieurs grandes villes françaises au cours des dernières élections municipales s’explique de plusieurs manières. D’une part le désir de changement de gouvernance de la part des populations locales, et d’autre part les préoccupations environnementales qui s’imposent de plus en plus dans le débat public. 

Ainsi l’on pourra s’interroger longuement sur ces vieux routards de la politique qui ont lutté année après année pour réussir leur carrière en oubliant de lutter pour leur succession. Mais peut-être n’y a-t-il finalement pas de meilleure manière pour se croire irremplaçable que de laisser la mairie à l’autre camp...  

Bibliographie

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La Chute de la maison JuppéEditions Le Bord de l'eau

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