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Le concept de "biais cognitif" apparaît dans les années 70, il est théorisé initialement par des chercheurs en psychologie qui souhaitaient comprendre et analyser les décisions irrationnelles dans le secteur économique

Comment réussir à raisonner faux

14 min
À retrouver dans l'émission

Cette semaine Superfail vous donne des conseils pour apprendre à raisonner faux : comment les « biais cognitifs » peuvent-ils nous enfermer durablement dans l’erreur ? Et quels sont les biais les plus efficaces dans la poursuite de cet objectif ?

Le concept de "biais cognitif" apparaît dans les années 70, il est théorisé initialement par des chercheurs en psychologie qui souhaitaient comprendre et analyser les décisions irrationnelles dans le secteur économique
Le concept de "biais cognitif" apparaît dans les années 70, il est théorisé initialement par des chercheurs en psychologie qui souhaitaient comprendre et analyser les décisions irrationnelles dans le secteur économique Crédits : Tatsiana Volskaya - Getty

Pour apprendre à raisonner faux, il existe des recettes efficaces, et on vous les expose dans Superfail avec l’aide d’Olivier Sibony, professeur à HEC Paris et auteur d’un ouvrage intitulé « Vous allez commettre une terrible erreur » publié aux Éditions Flammarion. 

Les biais de confirmation 

Pour raisonner faux, rien n’est plus puissant et plus naturel que les « biais cognitifs », ces raccourcis de la pensée susceptibles de modifier notre perception de la réalité et de nous enfermer durablement dans l’erreur. Parmi ces biais, Olivier Sibony s’attarde dans son ouvrage, sur le très fréquent « biais de confirmation » qui nous pousse à accorder plus d’importance à ce qui conforte notre opinion initiale. 

Il s’intéresse ainsi à une étude menée par le chercheur Itiel Dror en 2004 auprès de la police scientifique, qui vise à illustrer la force de ces « biais de confirmation » :  le chercheur soumet les mêmes empreintes ADN aux experts de la police, une fois en affirmant que le suspect avait un alibi, une autre fois en prétendant que le suspect avait déjà avoué. Les conclusions de la police se sont révélées bien différentes en fonction de l’information donnée en amont. Olivier Sibony explique : 

L’idée que l’on nous a mise en tête, va non seulement changer la manière dont on interprète les choses mais va changer jusqu’à ce que l’on observe, jusqu’à la réalité sensible. 

Le même « biais de confirmation » peut mener à des erreurs plus spectaculaires encore, que l’auteur a notamment pu observer dans le secteur des affaires. Ron Johnson, créateur du concept des magasins Apple qui apparaît aujourd’hui encore comme un succès éclatant, est appelé à la direction d’une chaîne de magasin intitulé J.C Penney. Dès son arrivée dans cette nouvelle entreprise entreprise, il décide d’appliquer rigoureusement les mêmes recettes que pour les magasins Apple, mais les résultats sont cette fois catastrophiques : le chiffre d’affaire baisse de 25% en 18 mois. Malgré les signaux négatifs explicites et les alertes lancées par ses collaborateurs, Ron Johnson reste persuadé que cette stratégie donnera des résultats positifs à plus long terme : 

Que se dit quelqu’un comme lui dans une situation comme celle-ci ? Il se dit : Je suis en train de faire une transformation radicale. Or chacun sait que quand on fait une révolution, on doit s’attendre à de la résistance. Donc plus il y a de résistance, plus cela me dit que je suis sur la bonne voie. 

Les biais d’attribution 

Une autre erreur que l’on observe très fréquemment est celle que l’on appelle « erreur d’attribution fondamentale », qui consiste à penser que c’est l’action d’un individu spécifique ou sa personnalité qui déterminent les résultats. Dans le cas de Ron Johnson, les excellents chiffres de vente d’Apple ont été attribués au développement de son concept de magasin et donc à sa performance en tant que responsable stratégique. Or son arrivée dans l’entreprise concorde avec le lancement de l’Ipod par la firme, et Ron Johnson est encore en poste lorsqu’Apple met en vente l’Iphone et l’Ipad. La conjoncture semble ainsi avoir grandement participé au succès des magasins Apple. 

Un autre exemple révèle la force de ces biais d’attribution : l’histoire de Bill Miller, qui à la fin des années 2000, était considéré comme l’un des meilleurs gérants de fonds du monde. Il parvient en effet à dégager des résultats meilleurs que son indice de référence quinze années de suite, ce qui est considéré comme une réelle prouesse dans le secteur de l’investissement. Or si tout le monde considère que cette prestation ne peut être que le fruit d’une compétence hors norme de l’homme d’affaire, l’approche statisticienne, en élargissant la focale, arrive à une toute autre conclusion : 

La bonne manière de le prendre ce n’est pas : quelle était la probabilité que Bill Miller, sur ces années-là réussisse ce qu’il a réussi. C’est : quelle est la probabilité, qu’à un moment donné, depuis que les marchés financiers existent, sur une période de quinze ans, il y ait un gérant de fonds parmi les milliers de gérant de fonds qui s’y essayent, qui réussisse quinze années de suite à battre le marché. Et quand on le regarde comme ça, en fait la probabilité est très élevée. L’évènement qu’on observe qui se trouve tomber sur Bill Miller n’est pas particulièrement surprenant. » 

Si certains biais sont indispensables à l’homme, notamment les biais dits « d’excès de confiance » qui nous poussent à agir, d’autres peuvent ainsi enfermer durablement dans l’erreur. Pour les éviter, la première étape selon Olivier Sibony est d’avoir l’humilité de reconnaître l'existence de ces biais, la deuxième est de s’entourer d’individus aux points de vue différents, pour lutter contre cet enfermement cognitif. 

Extrait : L'Accelerando de Jean-Claude Risset

Intervenants
  • Professeur Affilié au sein du Département Stratégie d’HEC Paris et Associate Fellow de la Saïd Business School (Université d’Oxford).
L'équipe
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