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 Andrés Manuel López Obrador devant l'avion présidentiel à Mexico, en juillet 2020 : pour tenir sa promesse de campagne, le nouveau président a pris différentes initiatives insolites, dont la mise en loterie de l'avion.

Comment vendre un avion présidentiel ?

13 min
À retrouver dans l'émission

Le superfail de cette semaine a pour objet principal un avion, et pas n’importe lequel : l’avion présidentiel mexicain, un Boeing 787 au luxe insolent, que le nouveau chef d’état Andrés Manuel López Obrador tente de vendre sans succès depuis son élection en 2018.

 Andrés Manuel López Obrador devant l'avion présidentiel à Mexico, en juillet 2020 : pour tenir sa promesse de campagne, le nouveau président a pris différentes initiatives insolites, dont la mise en loterie de l'avion.
Andrés Manuel López Obrador devant l'avion présidentiel à Mexico, en juillet 2020 : pour tenir sa promesse de campagne, le nouveau président a pris différentes initiatives insolites, dont la mise en loterie de l'avion. Crédits : ALFREDO ESTRELLA - AFP

Le président mexicain actuel, s’était insurgé lors de sa campagne contre le train de vie luxueux de la classe politique mexicaine et avait promis à cette occasion que s’il arrivait au pouvoir, il se chargerait de vendre l’avion présidentiel. Cette vente - qui devait rapporter 117 millions d'euros - aurait permis d’une part de renflouer les caisses de l’état et d’autre part, de montrer que la parenthèse d’une classe politique dispendieuse dans un pays pauvre se fermait. C’est ce qu’explique la spécialiste du Mexique, chercheuse au CNRS Hélène Combes : 

La proposition de vendre l’avion présidentiel est à recontextualiser dans une des postures phares de López Obrador dès sa campagne électorale qui est celle de l’austérité républicaine. Donc il met en cause un fonctionnement extrêmement dispendieux de l’état mexicain et promet à son arrivée au pouvoir d’avoir une gestion austère, comme il a eu quand il était maire de Mexico dans les années 2000. 

Et cette posture semble rompre en effet radicalement avec les pratiques habituelles de la classe politique mexicaine : les salaires de certains hauts fonctionnaires mexicains atteignent parfois des sommes équivalentes à 60 salaires minimum et le précédent chef d’état Enrique Peña Nieto a été à plusieurs reprises épinglé pour son train de vie jugé trop luxueux. 

Une initiative politique qui tourne au fiasco 

Dès son arrivée au pouvoir, López Obrador décide donc de ne pas utiliser l’avion présidentiel, mais il est rapidement confronté à un problème : l’avion, stocké dans un hangar en Californie coûte aussi cher à l’État que s’il était utilisé par le président. Une seule solution donc pour mettre un terme à ses dépenses, vendre l’avion. Pour cela, il décide de lancer une loterie nationale, permettant à chaque citoyen de participer pour potentiellement devenir l’heureux propriétaire d’un Boeing 787. 

Mais la conjoncture s'y oppose, l’émission des billets de la loterie coïncide avec le début du confinement au Mexique et une grande partie de la population mexicaine souffre d’une baisse non négligeable de ses revenus. C’est pourquoi le président décidera finalement de faire disparaître l’avion, remplaçant le lot unique par 100 lots de 20 millions de pesos (1 million de dollars) chacun, distribués à l’issue de la loterie. 

Cette fois, les billets sont émis mais ne se vendent pas, Andrés Manuel López Obrador décide alors de faire appel à des entrepreneurs établis, dévoyant ainsi  le principe initial du projet : 

Il invite 100 entrepreneurs à dîner pour leur demander d’appuyer cette loterie présidentielle. En fait les entrepreneurs les plus riches du Mexique achètent la moitié des billets de la loterie. C’est assez singulier parce que c’est un président de gauche, les milieux d’affaire n’étaient pas du tout favorables à son arrivée au pouvoir. Donc voilà un effet extrêmement étonnant de cette initiative. 

Il incite également les hôpitaux à acheter des billets pour pallier les insuffisances du système de santé. Certains dénoncent même une forme de pression exercée à l’encontre des fonctionnaires pour qu'ils achètent des billets, et soutiennent l’initiative présidentielle. Malgré tous ces efforts, 30% des billets de la loterie nationale resteront invendus. 

Les résultats sont finalement tombés, le 15 septembre jour de la fête nationale, et l’on constate que l’objectif de redistribution à l’origine du projet présidentiel ne semble pas avoir été tout à fait atteint : sur les 100 lots, 16 seulement ont été distribués à des citoyens mexicains ordinaires. 

Rediffusion du 4 octobre 2020

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