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Une partie de la population polonaise considère aujourd'hui que le crash de l'avion présidentiel est lié à un attentat russe

Crash de l'avion présidentiel polonais : comment naissent les complots

14 min
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Le 10 avril 2010, un drame terrible s'abat sur la Pologne : l’avion qui transportait le président Lech Kaczyński et une grande partie des responsables politique du pays s’écrase à Smolensk, en Russie. Depuis, le mystère autour de l'accident n'a cessé d'alimenter les théories complotistes.

Une partie de la population polonaise considère aujourd'hui que le crash de l'avion présidentiel est lié à un attentat russe
Une partie de la population polonaise considère aujourd'hui que le crash de l'avion présidentiel est lié à un attentat russe Crédits : NATALIA KOLESNIKOVA - AFP

Le crash du Tupolev-154 qui a eu lieu le 10 avril 2010 est une histoire absolument incroyable. Une histoire qu’aucun scénariste n’aurait osé écrire : une grande partie des responsables politiques polonais disparaissent dans le crash d’un avion. Une tragédie qui mérite d’être expliquée puisque les pilotes de l’appareil étaient des pilotes militaires, choisis, on l’imagine, parce qu'ils étaient de grands professionnels. Mais superfail dans le superfail, ce crash de l’avion présidentiel polonais est une histoire qui alimente aujourd’hui la complosphère polonaise. 

Pour comprendre quelles sont les causes de cet accident tragique, nous nous sommes tournés vers Bertrand Vilmer, un ancien pilote aujourd’hui expert enquête accident du cabinet Icare aéronautique. Pour analyser  les répercussions dans la sphère politique polonaise d’un tel évènement, nous sommes allés interroger Florent Parmentier, il est enseignant à Sciences Po Paris, et secrétaire général du CEVIPOF. 

Les causes de l'accident : des pressions exercées sur l'équipage 

Pour comprendre les causes de l’accident tragique qui coûta la vie à 96 personnes, dont entre autres, le président polonais, sa femme et le chef d’état-major des armées ce 10 avril 2010, il faut selon Bertrand Vilmer, s’intéresser au contexte du vol. 

La dimension militaire du vol a en effet son importance. Les procédures d’atterrissage des avions militaires diffèrent de celles des avions commerciaux : les pilotes des vols dits « classiques » disposent d’une technologie avancée qui leur permet de minimiser drastiquement les risques d’erreurs lors de l’atterrissage. Pour les vols militaires, les pilotes obéissent à une procédure particulière : ils doivent suivre les directives d’un contrôleur aérien au sol pour atterrir. C’est ce qu’explique Bertrand Vilmer : 

Ils ont un moyen qu’on appelle le GCA le « Ground Controlled Approach » (…), qui est en complément des moyens automatiques. Le GCA c’est quoi ? C’est le contrôleur au sol qui a le radar de l’avion sur son scope radar et qui guide l’avion en disant : prenez plus à droite, prenez plus à gauche, arrêtez de descendre ou descendez plus vite. Bertrand Vilmer, ancien pilote

En plus de cette procédure particulière qui s’applique dans les bases aériennes militaires, des pressions peuvent être exercées sur les pilotes dans le cadre de ces vols transportant des hauts responsables politiques. Dans le Tupolev 154, le 10 avril 2010, des études de la commission d’enquête russe ont révélé que des passagers étaient présents dans le cockpit quelques minutes avant l’accident. Bertrand Vilmer évoque ces pressions : 

Le président de la République c’est le chef des armées, et si l’équipage est militaire, c’est lui le chef des équipages quelque part. Sur la pratique commerciale il n’y a pas de pression : ils ont une règlementation, ils ont une procédure, il y a les minimas, ils se posent, il n’y a pas les minimas ils remettent les gaz. Bertrand Vilmer, ancien pilote 

L'émergence de théories complotistes autour des causes de l'accident

L’enquête principale sur les causes de l’accident fut menée dès 2010 par les autorités russes : l’accident ayant eu lieu à Smolensk, sur leur territoire, les russes se sont référés à un article de l’OACI  (Organisation de l'aviation civile internationale), pour revendiquer une exploitation exclusive des éléments de l’enquête (les débris de l’avion et les boîtes noires). Pourtant, selon Bertrand Vilmer, ce texte n'est pas un outil de réglementation des vols militaires : les polonais auraient ainsi dû participer à la commission d’enquête. 

C’est cette annexe 13 de l’OACI qu’ont évoqué les russes pour pouvoir avoir la main sur l’enquête. (…) Or cet argument ne vaut pas, parce que l’ensemble des acteurs sont militaires. Bertrand Vilmer, ancien pilote 

En refusant de donner aux polonais un accès aux éléments de l’enquête, les russes ont fait naitre de fortes suspicions sur les causes réelles de l’accident. Certains évoquent une erreur du contrôleur aérien russe au sol, d'autres, plus radicaux, considèrent que c’est un missile russe qui a mené au crash de l’avion présidentiel. 

Le parti conservateur polonais Droit et Justice, dirigé aujourd’hui par le frère jumeau du président tué lors de l'accident d'avion en 2010, Jaroslaw Kaczynski, a habilement exploité ces suspicions à des fins électorales : 

Jaroslaw Kaczynski a su exploiter en quelque sorte ce sentiment, ce doute et a su l’exploiter à différentes fins mais notamment afin d’avoir un narratif commun, une manière de raconter cette histoire de la Pologne et en faisant de son frère Lech Kaczynski, un martyr. Florent Parmentier, enseignant à Sciences Po

Intervenants
  • enseignant à Sciences Po, secrétaire général du CEVIPOF, chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC.
  • expert enquête-accident du Cabinet Icare aéronautique.
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