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Depuis la liquidation judiciaire des centres en 2017, 1500 plaintes ont été déposées par les anciens patients de Dentexia

Dentexia : cauchemar chez le dentiste

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Dentexia, ce sont des centres dentaires low cost créés en janvier 2012 et fermés en 2015 pour cause de mauvaise gestion. Ce sont surtout des centaines de patients lésés et mutilés, qui ont été poussés à contracter des emprunts pour des traitements dentaires mal réalisés ou pas terminés.

Depuis la liquidation judiciaire des centres en 2017, 1500 plaintes ont été déposées par les anciens patients de Dentexia
Depuis la liquidation judiciaire des centres en 2017, 1500 plaintes ont été déposées par les anciens patients de Dentexia Crédits : PHILIPPE DESMAZES - AFP

Ce scandale est probablement l’un de ceux qui frappent le plus les esprits parce qu’il puise dans la symbolique des dents. Et oui, les dents depuis la Fantine des Misérables chère à Hugo à qui l’on proposait deux napoléons pour ces dents, jusqu’à un ancien Président à qui l’on a prêté l’expression terrible pour désigner les pauvres de « sans dents », les dents, c’est quelque chose qui compte. 

Dentexia, ce sont des centres dentaires low cost ouverts en 2012 et fermés en 2015 qui ont laissé à l’abandon des milliers de patients endettés et meurtris dans leur chair. Pour comprendre comment ce scandale sanitaire de grande ampleur a pu avoir lieu, nous avons interrogé Abdel Aouacheria, il est fondateur du Collectif contre Dentexia et représentant de l’association La Dent Bleue, créée en 2018 pour venir en aide à tous les patients du secteur dentaire. Nous sommes également allés interroger un journaliste qui a consacré un ouvrage à la question des inégalités dans l’accès aux soins dentaires, Olivier Cyran, il publie Sur les dents, ce qu’elles disent de nous et de la guerre sociale aux éditions la Découverte. 

Le scandale Dentexia 

En janvier 2012, un homme d’affaire, Pascal Steichen, lance une franchise de médecine dentaire low cost du nom de Dentexia. L’objectif affiché par ces centres paraît alors particulièrement vertueux : il s’agit de rendre accessibles aux classes modestes des opérations de dentisterie onéreuses, notamment la pose d’implants et de prothèses. Cette organisation, enregistrée sous statut d’association loi 1901 est ainsi ouverte sans être contrôlée par les autorités sanitaires. Cette absence de contrôle est le résultat d’une loi promulguée en juillet 2009, la loi Bachelot :  

Cette loi, au motif de moderniser, de faire des économies et de rationnaliser l’offre de soins, met au monde un tout nouveau paysage sanitaire en France avec la possibilité d’ouvrir sans agrément, des centres de santé créés sous la forme d’association loi de 1901 à but non lucratif. Abdel Aouacheria, fondateur du Collectif contre Dentexia

La loi Bachelot de 2009 poursuivait un double objectif : assouplir les modalités de création de centres de santé tout en évitant la dérive de la marchandisation du secteur grâce au statut d’association à but non lucratif. Seulement Pascal Steichen, entrepreneur condamné par le passé à 12 ans d’interdiction de gestion, parvint aisément à utiliser cette loi à son avantage : il se rémunérait par le biais d’une multitude de sociétés écrans qui facturaient des prestations plus ou moins fictives à l'association Dentexia. Pour cela, il assurait le maintien d’une trésorerie élevée aux centres dentaires en encourageant les assistants cliniques à proposer des traitements onéreux aux patients, et en poussant les dentistes à réaliser le plus d’opérations possibles quotidiennement. En 2015, lorsque les centres sont fermés pour cause de mauvaise gestion, des milliers de patients sont laissés à l’abandon : 

Au plan sanitaire, on a des victimes qui ont été mutilées, qui ont eu des dents extraites qui n’auraient pas dû l’être, qui ont eu des sur-traitements (…). On a encore aujourd’hui des victimes, qui parce qu’elles avaient contracté des crédits personnels, ont continué à les payer. 

L’inégalité d’accès aux soins dentaires

Alors que les problèmes dentaires sont surreprésentés au sein des classes sociales défavorisées, l’inégalité est encore plus marquée dans l’accès aux soins dentaires. Pour Olivier Cyran, cette inégalité d’accès aux soins révèle une organisation du secteur de la dentisterie à deux vitesses : d’un côté les soins de base remboursés par la sécurité sociale, de l’autre les opérations non remboursées, sur lesquelles les dentistes libéraux ont la possibilité de mieux se rémunérer. Plusieurs études révèlent ainsi que de nombreux dentistes refusent aujourd'hui de délivrer des soins de la première catégorie : 

On sait (…) qu’il y a une proportion élevée de cabinets dentaires libéraux qui refusent carrément de soigner les patients allocataires de la Couverture Maladie Universelle (CMU). Donc ces patients-là sont de fait, obligés d’aller vers les centres de soins dentaires pour espérer se soigner. Olivier Cyran, journaliste 

Cette organisation à deux vitesses explique le succès des centres dentaires low-cost, eux-mêmes conçus pour générer du profit sur les opérations non remboursées. À ce jour, et malgré les nombreuses requêtes émises par les victimes de Dentexia, l’appareil législatif n’a pas été réformé pour empêcher l’ouverture de centres similaires à ceux de Dentexia, un scandale du même type pourrait ainsi toujours advenir. 

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