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Des bateaux de pêche et des bateaux de secours autour du Joola naufragé, le 27 septembre 2002 : sur les 1864 morts, seuls 500 corps ont été retrouvés.

Le Joola, un naufrage oublié

14 min
À retrouver dans l'émission

Cette semaine, nous revenons sur l’histoire d’un terrible naufrage, celui d'un ferry reliant Dakar à Ziguinchor au Sénégal, advenu le 26 septembre 2002. Cet évènement dramatique, bien que peu médiatisé, a causé la mort de plus de 1800 personnes, soit plus de victimes que le Titanic.

Des bateaux de pêche et des bateaux de secours autour du Joola naufragé, le 27 septembre 2002 : sur les 1864 morts, seuls 500 corps ont été retrouvés.
Des bateaux de pêche et des bateaux de secours autour du Joola naufragé, le 27 septembre 2002 : sur les 1864 morts, seuls 500 corps ont été retrouvés. Crédits : MARINE NATIONALE / AFP - AFP

Comme dans toutes les catastrophes, le naufrage du Joola est une somme de terribles circonstances : un bateau en mauvais état, des consignes de sécurité ignorées, un sauvetage en mer défaillant... Pour identifier les causes de ce drame, nous nous sommes tournés vers Adrien Absolu, auteur de l'ouvrage  Les disparus du Joola, publié aux éditions Lattès. 

Le Joola en 2002 : un bateau délabré et une conjonction de facteurs défavorables 

Le Joola est construit en Allemagne en 1990 et répond, lorsqu’il sort des chaînes de production, à tous les critères de sécurité et de navigabilité. En 1995, alors que la gestion du navire avait été confiée jusqu'alors au ministère des transports sénégalais, elle est transférée au ministère des armées dans un contexte de conflit intérieur entre la Casamance et le reste du Sénégal. 

Dès lors, l’état du bateau ne va cesser de se détériorer. Les travaux de maintenance sont suspendus et les recommandations émises par les instances de contrôle ne sont pas prises en compte. En 2000, le navire est déclassifié, mais ne cesse pas pour autant de naviguer entre Dakar et Ziguinchor.  

En 2001, il est tombé en panne au milieu de l’océan, il n’a plus donné de nouvelles, pendant près de 23 heures. A posteriori, on estime que ça aurait dû être un peu la sonnette d’alarme qui retentit. Il a été immobilisé pendant 13 mois, pour des travaux qui n’ont été en réalité que des travaux de façade. (…). Au niveau de ses structures il est resté dans un état relativement délabré.  

Le jour tragique du 26 septembre 2002, le navire est donc dans un état technique incertain. D’autres éléments de contexte défavorables viennent s’ajouter à la vétusté du Joola. Tout d’abord, une surcharge passagère rarement atteinte : de nombreux étudiants sénégalais embarquent pour Dakar à la veille de la rentrée universitaire. Ensuite, une météo difficile, avec des pluies tropicales et des vents forts. Enfin, une erreur de navigation : il aurait fallu que le capitaine ramène le bateau face au vent, mais il décide couper les moteurs lorsque la situation se dégrade. 

Cet enchaînement de circonstances, fait qu’en quelques minutes, à 23 heures, le bateau se retourne. (…). L’angle de gîte s’accentue et tous les passagers se réfugient du même côté tribord du bateau pour éviter les gouttes de pluie. Les véhicules dans les caves commencent à riper, ils n’avaient pas été amarrés. Tous ces transferts de poids renforcent l’inclinaison du bateau, qui chavire.   

Un sauvetage défaillant et des responsabilités diffuses 

Les secours mettent plus de douze heures à arriver : alors que le naufrage a lieu aux alentours de 23 heures, les premiers bateaux de la marine sénégalaise n’apparaissent qu’à 8 heures le lendemain matin. Seulement 64 personnes sur les quelques 1 800 passagers survivront à cette nuit passée en plein océan. 

La lenteur des secours s’explique d’une part par l’absence d’équipement de communication à bord du navire (radio VHF, fusées de détresse, liaison satellitaire), mais elle s’explique également par une forme d’apathie des responsables politiques : certains ministres auraient été alertés pendant la nuit mais n’auraient pas pris les dispositions nécessaires pour porter secours aux naufragés. 

Les responsabilités sont donc diffuses, mais le rôle de l’État dans le désastre est avéré : certaines familles de victimes décident ainsi de porter plainte contre l’État sénégalais pour « négligence ». 

Dans la survenue des faits il est assez difficile d’établir des responsabilités très précises, les responsabilités sont diffuses. Mais on a le sentiment qu’au fil des ans, l’état sénégalais a toujours considéré que d’une part l’entretien du Joola n’était pas sa priorité au regard des moyens budgétaires qu’il pouvait lui consacrer et d’autre part, que le Joola finirait toujours par arriver à bon port et qu’aucune catastrophe sérieuse ne devait survenir. 

Archives : Emission sur les Docks Souvenons-nous du Joola (septembre 2012) de Jean-Philippe Navarre et Alain Devalpo

Rediffusion de l'émission du 1er novembre 2020

Intervenants
  • Journaliste et écrivain / Spécialiste de l'Afrique
L'équipe
Production
Avec la collaboration de
Réalisation
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