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Le 20 avril 2021, un gérant d'entreprise à Puget-sur-Argens a été arrêté, il est soupçonné d'avoir stocké illégalement 150 000 tonnes de déchets de chantier

L'enfer des décharges sauvages

13 min
À retrouver dans l'émission

Quand on pense aux paysages du sud de la France, on imagine une vue sur la mer, des pins et des oliviers à perte de vue. On imagine moins des terrains recouverts de déchets du BTP, atteignant parfois des dizaines de mètres de haut. Et pourtant, le phénomène des « décharges sauvages » est bien réel.

Le 20 avril 2021, un gérant d'entreprise à Puget-sur-Argens a été arrêté, il est soupçonné d'avoir stocké illégalement 150 000 tonnes de déchets de chantier
Le 20 avril 2021, un gérant d'entreprise à Puget-sur-Argens a été arrêté, il est soupçonné d'avoir stocké illégalement 150 000 tonnes de déchets de chantier Crédits : Kypros - Getty

C’est un scandale inouï, il est presque partout et on en parle peu : celui des décharges sauvages. Pourtant ce phénomène avait été à l’origine d’un drame, vous vous en souvenez peut-être, la mort du maire de Signes, commune de 2 600 habitants, située dans le Var, c’était le 5 août 2019. Jean-Mathieu Michel avait été renversé par une camionnette dont il voulait verbaliser les occupants. 

Pour comprendre quelles sont les causes et les conséquences concrètes d’un tel phénomène, nous nous sommes rapprochés de Jacques Duplessy, il est journaliste indépendant et a signé une enquête dans le Journal La Croix sur le sujet : Les décharges sauvages, un scandale à ciel ouvert. 

Un phénomène ancré dans le sud de la France

Si c’est un phénomène peu médiatisé, les décharges illégales émaillent le territoire du Midi : en 2019, une association recensait plus de 80 décharges illégales dans le seul département du Var. Un fait d’actualité datant de ce mardi 20 avril 2021 a d’ailleurs rappelé la persistance du problème : un gérant d’entreprise à Puget-sur-Argens a été arrêté, soupçonné d'avoir stocké illégalement plus de 150 000 tonnes de déchets de chantier, créant une décharge de plus de 15 mètres de hauteur en pleine nature. 

Pour comprendre pourquoi ces décharges illégales existent, il faut notamment s’intéresser au secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) en France, et à la réglementation autour de la gestion des déchets de chantier. Jacques Duplessy explique : 

Aujourd’hui, une entreprise doit déposer ses déchets dans des décharges légales. Et ça, ça un coût : ça leur coûte 10 à 12 euros la tonne. Par contre, si l’on trouve un particulier, des gens qui ont un terrain (…) qui acceptent de prendre les déchets illégalement, ils vont les payer 2 à 4 euros la tonne. Donc c’est une énorme économie pour les entreprises. Jacques Duplessy, journaliste indépendant 

L’État estime ainsi que 2,2 millions de tonnes de déchets du BTP sont illégalement déposées chaque année en région Provence-Alpes Côte d’Azur pour 14 millions de tonnes de produits. Des chiffres spectaculaires pour la région, qui s’explique notamment par la proximité de métropoles à l'origine de nombreux travaux, comme Nice, Marseille et Monaco.  

Les décharges sauvages et ses conséquences 

L’une des affaires les symptomatiques de cette pratique illégale, éclata en juin 2020, lorsque six entreprises du BTP furent interpellées par la gendarmerie, soupçonnées d’avoir mis en place une filière parallèle de gestion des déchets. 

L’opération « Terres Brûlées » enclenchée par le parquet de Draguignan avait ainsi mis à jour une organisation « quasi-mafieuse », à l’origine d’immenses bénéfices pour les entrepreneurs : ces entreprises locales de BTP obtenaient des marchés d’évacuation de gravats et facturaient une prestation au prix prévu avec un traitement réglementaire. Mais au lieu de placer les gravats dans des décharges légales, ce qui aurait engendré des dépenses supplémentaires, elles déversaient les déchets sur des terrains privés ou publics, en trompant ou en menaçant les propriétaires. La fédération du BTP du Var s’est constituée partie civile dans cette affaire. Son président, Jean-Jacques Castillon, déplore les effets de cette pratique sur la profession : 

Les prix qui sont pratiqués par ces personnes sont loin d’être les mêmes que ceux qui sont pratiqués par des décharges (…) déclarées en préfecture. Bien évidemment c’est de la concurrence déloyale. » Jean-Jacques Castillon, président de la fédération du BTP du Var 

Les conséquences sur la nature de ces décharges sauvages sont dramatiques : des dizaines de sites sont défigurés et pollués dans le sud de la France. Plus problématique encore, certains domaines agricoles et viticoles sont installés sur des terrains pollués par les déchets du BTP, c’est ce qu’explique Jacques Duplessy : 

J’ai constaté au cours de mes enquêtes, qu’il y a de nombreux domaines viticoles qui prennent des déchets du BTP pour faire un bénéfice et en même temps pour aménager la plantation de nouvelles vignes.  (…) on en a même trouvé qui étaient en AOC et même un ou deux qui étaient en bio. 

Le 1er juillet 2021, de nouvelles dispositions issues de la loi « anti-gaspillage pour une économie circulaire » entrent en vigueur et devraient permettre d’endiguer ce phénomène.  A compter de cette date, un bordereau de dépôt sera obligatoire pour tous les déchets ; et les devis de travaux devront détailler le poste « déchets » (quantité estimée produite, tri effectué sur le chantier, installation de collecte et des coûts associés). 

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