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Le 5 novembre 2018, deux immeubles s'effondraient en plein coeur du premier arrondissement de Marseille : huit locataires seront retrouvés morts sous les décombres.

Les taudis marseillais : comment en est-on arrivé là ?

14 min
À retrouver dans l'émission

Le 5 novembre 2018, un drame survenait à Marseille : huit habitants mourraient dans l’effondrement de deux immeubles insalubres, situés rue d’Aubagne. Superfail revient cette semaine sur les raisons de cet effondrement et tente d’identifier les principaux acteurs mis en cause.

Le 5 novembre 2018, deux immeubles s'effondraient en plein coeur du premier arrondissement de Marseille : huit locataires seront retrouvés morts sous les décombres.
Le 5 novembre 2018, deux immeubles s'effondraient en plein coeur du premier arrondissement de Marseille : huit locataires seront retrouvés morts sous les décombres. Crédits : Loïc Aedo - AFP

Comment Marseille, deuxième commune de France en 2016 avec 862 211 habitants, a pu en arriver là et laisser à la dérive certains de ses quartiers ? C'est ce que nous allons tenter de comprendre grâce à l’économiste Etienne Tabbagh, qui a consacré une série à cet évènement dans son podcast Splash. 

La responsabilité des marchands de sommeil 

Définir ce que sont les « marchands de sommeil » n’est pas une tâche aisée, puisque cette notion n’est ni juridique, ni utilisée dans les travaux de recherche scientifiques. 

Employée surtout dans le langage commun, l’expression « marchands de sommeil » désigne des propriétaires qui louent des logements en mauvais état à des locataires qui n’ont pas les moyens de s’en plaindre. Mais derrière cette définition générale se cache une variété de situation de propriétaires : il peut s’agir de propriétaires qui ne sont pas au courant de l’insalubrité de leur logement ; il peut également s’agir de propriétaires qui ne disposent pas des ressources nécessaires pour entreprendre des rénovations. Enfin, et ce sont ces derniers qui posent problème, il peut s’agir de propriétaires qui connaissent la situation, et l’exploitent sciemment à leur profit : 

Eux, ce sont vraiment les marchands de sommeil qui posent problème, qui sont le cœur de cible des élus politiques lorsqu’ils ont dénoncé les marchands de sommeil après l’effondrement des deux immeubles rue d’Aubagne.  Etienne Tabbagh, économiste

Parmi ces derniers propriétaires, l’on retrouve une diversité de profession importante : des dentistes, des médecins, des avocats, des notaires… Pour ne pas être repérés par la puissance publique, ils opèrent selon des modalités spécifiques : 

Pour ne pas être repérés par les autorités publiques : mairies, état, ministère etc., ils récupèrent l’argent au noir et ils engagent des « gros bras » pour aller récupérer les loyers chaque fin de mois auprès des pauvres locataires. 

La responsabilité des autorités publiques 

Mais dans le cas où il s’agirait de propriétaires étant dans l’incapacité financière de remédier à l’insalubrité de leurs logements, un dispositif municipal existe dans de nombreuses métropoles et permet aux mairies de mener des travaux à la place des propriétaires. En signalant la situation d’un logement insalubre et en prouvant l’absence de ressources nécessaires à la conduite de travaux, la mairie est censée utilisée des fonds municipaux spécifiques pour rénover les logements et ainsi écarter le danger. Mais à Marseille, ces fonds n’ont été que peu utilisés : 

Ces fonds existent depuis très longtemps à Paris, à Lyon, à Bordeaux, ils sont très récents à Marseille – seulement depuis 2014 – et n’ont jamais ou quasiment jamais été utilisés par la mairie de Marseille. C’est pour ça que beaucoup d’analystes, d’enquêteurs, estiment que la mairie de Marseille est clairement responsable de la situation : elle aurait pu agir, mais elle n’a quasiment pas agi comme elle aurait pu le faire. 

Plusieurs éléments expliquent cette inaction : les responsables municipaux n’étaient pas correctement formés, n’avaient pas les équipements nécessaires pour mesurer l’insalubrité des habitations, et les équipes n’étaient pas suffisamment nombreuses. 

Un problème structurel à Marseille difficile à résoudre 

La paupérisation de la population marseillaise explique en partie la prolifération de « logements indignes » à Marseille : le taux de pauvreté est extrêmement haut et les logements sociaux restent insuffisants selon Etienne Tabbagh : 

Si l’on prend l’arrondissement central de Marseille, le 1er arrondissement, vous avez un taux de pauvreté de 41% et un taux de logements sociaux qui est seulement de 11%. Donc vous avez effectivement, de nombreux ménages, de nombreuses familles qui ont des faibles revenus, qui ne peuvent pas trouver de logements dans les logements sociaux, et qui se retrouvent à la merci de ces "marchands de sommeil".

Selon Etienne Tabbagh, il existe deux moyens principaux, bien que difficiles à mettre en oeuvre, pour remédier à cette situation : les pouvoirs publics pourraient soit construire plus de logements sociaux, soit débloquer des fonds – régionaux, étatiques ou même européens - pour rénover les logements représentant un danger. 

Intervenants
  • Economiste, créateur et co-animateur avec Laureen Melka du podcast Splash
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