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Ingénieur américain d’origine serbe, découvreur du courant alternatif, Nikola Tesla, mort en 1943, n’était, jusqu’à la fin des années 2000, une célébrité que pour les physiciens de l’électricité.

Nikola : les camions qui ne roulaient pas mais valaient des milliards

13 min
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L’histoire que nous allons vous raconter cette semaine est un condensé des folies de notre époque : comment la marque Nikola, start-up qui se voulait concurrente de Tesla, a-t-elle réussi à être valorisée plusieurs milliards de dollars en mentant sur sa capacité à produire des camions électriques ?

Ingénieur américain d’origine serbe, découvreur du courant alternatif, Nikola Tesla, mort en 1943, n’était, jusqu’à la fin des années 2000, une célébrité que pour les physiciens de l’électricité.
Ingénieur américain d’origine serbe, découvreur du courant alternatif, Nikola Tesla, mort en 1943, n’était, jusqu’à la fin des années 2000, une célébrité que pour les physiciens de l’électricité. Crédits : NIKOLA MOTOR - AFP

L’incroyable histoire de Nikola commence avec une vidéo publicitaire de 2018 mettant en scène un de leurs produits phares, le camion Nikola One, supposé rouler grâce à l’hydrogène. Sur la vidéo, pas de doute, le camion avance, mais comment ? Si l’on se fie au rapport du cabinet de recherche Hindenburg, le camion aurait en réalité été tracté en haut d’une colline puis poussé pour apparaître en mouvement sur la vidéo. Une toute autre technologie donc que celle de la pile à combustible et de l’hydrogène, la technologie dite de la « caisse à savon ». 

Nikola : une start-up spécialisée dans les véhicules propres, valorisée des milliards 

Nikola avec un K, c'était l'idée de Trevor Milton, PDG et fondateur de la marque.  Avant de désigner des camions à l'hydrogène, Nikola était le prénom de Monsieur Tesla, génial inventeur d'origine Serbe qui, au XIXe siècle, a inventé rien de moins que le courant alternatif. Nikola avait déjà donné son nom à Tesla, la fameuse marque d'automobile dirigé par Elon Musk. Et Trevor Milton, en fan inconditionnel d’Elon Musk, a pris la décision de donner à sa jeune entreprise le nom de Nikola. Mais celui-ci ne s'est pas contenté de s'inspirer du prénom de Tesla, il a également décidé d'assumer la part de dinguerie d'Elon Musk. Car, on le sait, Elon Musk ne fait rien comme les autres patrons : il tweete, braille, dénonce : et ça marche bien. Trevor Milton a donc décidé de faire exactement la même chose, multipliant les déclarations bravaches et les phrases à l'emporte-pièce. 

Trevor Milton est indéniablement un original, il n'est pas diplômé d'une école de commerce mais relève de ce que l'on appelle en France le modèle Amish – enfin plutôt  – du modèle Mormon. Preuve que l'on peut très bien appartenir à une église qui passe à nos yeux de français pour exotique, et se révéler un vrai requin dans le domaine des affaires... Et avec Nikola, Trevor Milton a admirablement réussi dans ce domaine… du moins au début. 

Nikola est en effet entré en bourse en juin 2020, et très vite l'on assiste à un véritable engouement des investisseurs : le cours de l’action Nikola ne fait que monter pour atteindre des niveaux, en termes de capitalisation boursière, comparables à ceux de l’entreprise Ford, qui réalise un chiffre d’affaire de 144 milliards de dollars environ. Et cela, alors même que Nikola n’a jamais vendu un seul de ses produits. Nathan Houtch, analyste à Zone Bourse explique cet engouement  : 

Je pense qu’il y a surtout un phénomène psychologique derrière tout ça : c’est ce qu’on appelle le FOMO le Fear Of Missing Out, en français c’est la peur de passer à côté. Les investisseurs particuliers, eux, ils ont peur de passer à côté du prochain Tesla et de passer à côté d’un gros investissement qui pourrait leur rapporter gros. Et après il y a les industriels, donc ces grandes industries automobiles qui veulent un peu la part du gâteau dans tout ce qui est marché du véhicule électrique, du véhicule propre. 

Le rapport Hindenburg : la supercherie découverte 

Quelques jours après le partenariat décisif de la start-up Nikola avec General Motors en septembre, le cabinet de recherche Hindenburg publie un rapport accusant le fondateur de Nikola d’avoir menti sur plusieurs éléments, et notamment sur la capacité de son entreprise à produire la technologie pour faire fonctionner ses véhicules. 

Trevor Milton avait promis par exemple de construire un réseau global de station à hydrogène, or l’on ne retrouve pas trace de ce réseau aujourd’hui. Il nomme par ailleurs à la direction de la production de l’hydrogène son frère, qui ne présente aucune expérience dans le domaine de l’hydrogène. Le fondateur de Nikola avait également indiqué que le siège social de l’entreprise disposait de panneaux solaires placés sur le toit du bâtiment, permettant à Nikola d’être indépendant en termes de production d’énergie. Or dans le rapport du cabinet Hindenburg, des photographies prises par Google Earth démentent cette affirmation. 

Enfin et c’est peut-être le plus important, Trevor Milton est accusé d’avoir organisé la promotion de ces véhicules en mentant sur leur fonctionnement : outre la vidéo publicitaire évoquée plus haut, les camions présentés lors des conférences étaient en réalité reliés à un câble électrique : 

Ce qu’ils appellent le Nikola World donc c’était une grosse conférence où ils mettaient en avant le camion Nikola One. Et en fait Trevor Milton disait qu’il était complètement fonctionnel et que ça allait révolutionner le transport de demain. Et donc il y a des journalistes qui rentrent dans la cabine du camion, ils peuvent jouer, tester les écrans. Finalement dans le rapport du cabinet de recherche spécialisé, on a une photo qui montre un câble qui passe par le sol et qui vient relier le camion. Et en fait cette photo-là montre que le camion est alimenté par un câble pour pouvoir alimenter les écrans. 

Les camions électriques fonctionnant à l’hydrogène : une utopie ? 

Mais peut-on vraiment espérer voir advenir un temps ou les camions électriques marchant à l’hydrogène seraient une réalité ? Pour répondre à cette question, nous sommes allés questionner Clément Le Roy, expert au sein du cabinet de conseil Wavestone. Selon lui, l’innovation nécessaire pour révolutionner la mobilité lourde est difficile à mettre en place : 

Alors dans les véhicules légers, c’est déjà quelque chose qui est relativement compliqué. Parce qu’il y a des sujets d’emplacement de la batterie, des réservoirs qu’il faut revoir. Pour la mobilité lourde comme un camion c’est un challenge également très important. Sachant que le monde de la mobilité lourde, et donc en particulier du transport et des semi-remorques, n’a pas connu de grandes révolutions tout au long de la deuxième partie du XXème siècle.  

Bref ce que prouve l’exemple de Nikola c’est qu’il n’y a pas que le moteur à explosion dans la vie : aujourd’hui la machine à buzz produit encore plus d’énergie ou plus exactement, elle peut faire énormément de bruit en bourse, surtout quand la bulle éclate. 

Rediffusion de l'émission du 27 septembre 2020

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