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Depuis les années 2000, de nombreux chercheurs en sciences sociales se sont intéressés au phénomène de la procrastination et ont mis au point des modèles explicatifs

Pourquoi vous n'avez toujours pas rempli votre déclaration d'impôts

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La procrastination est une tendance qui touche de nombreux individus, et qui porte souvent sur des tâches administratives peu gratifiantes comme la déclaration d'impôts. Pourtant, la procrastination, ou le fait de remettre systématiquement au lendemain, peut entraîner de superbes superfails...

Depuis les années 2000, de nombreux chercheurs en sciences sociales se sont intéressés au phénomène de la procrastination et ont mis au point des modèles explicatifs
Depuis les années 2000, de nombreux chercheurs en sciences sociales se sont intéressés au phénomène de la procrastination et ont mis au point des modèles explicatifs Crédits : Michael Blann - Getty

Nous ne voudrions pas vous gâcher la fin de votre journée, mais nous aimerions quand même savoir si vous avez rempli votre déclaration d’impôts…. Il se pourrait très bien que non, et ce, malgré l’échéance qui se rapproche (le 26 mai 2021 pour les contribuables de la première zone). 

Peut-être avez-vous procrastiné, tendance qui touche de nombreux individus, notamment lorsqu’il s’agit de tâches administratives peu gratifiantes comme la déclaration d’impôts. Mais pourquoi procrastine-t-on ? Pour le savoir, nous sommes allés interroger un docteur en neurosciences et psychologue, Albert Moukheiber, qui nous explique ce phénomène étrange, capable de nous faire louper les échéances les plus importantes. 

La procrastination : un comportement modélisé en sciences sociales

La procrastination se définit comme étant une « tendance à ajourner, à remettre systématiquement au lendemain », selon le dictionnaire Larousse. De nombreux chercheurs en sciences sociales se sont intéressés à ce phénomène et ont mis au point différents modèles pour tenter de le décrypter. Selon les chercheurs, la procrastination reposerait ainsi sur ce que l’on nomme en anglais l‘« l’intention-action gap » que l'on pourrait traduire par « trou intention-action » en français :

Le "trou intention-action", c’est le temps qu’il y a entre le moment où j’ai l’intention de faire quelque chose et le moment où je le matérialise en action. Et la procrastination est une forme de ce que l’on appelle en anglais l'« intention-action gap ». Albert Moukheiber, docteur en neurosciences 

Mais si l’on remarque que les tâches remises à plus tard sont souvent peu gratifiantes, il serait trop facile de réduire le phénomène de la procrastination à une simple question d’envie. Plusieurs facteurs ont en effet un impact sur notre capacité à ne pas remettre les choses à plus tard, c’est ce qu’explique Albert Moukheiber : 

On peut parler de trois piliers qui sont importants : le premier c’est ce qu’on appelle le coût de l’initiation de l’action : à quel point est-ce dur de démarrer une action. Le deuxième c’est le coût du maintien d’une action : à quel point est-ce facile de maintenir une fois que c’est démarré. Et le troisième c’est la récompense : est-ce que la récompense que j’ai du fait de faire mon action va être rapide ou va prendre du temps.  

Vivre avec cette tendance : accepter notre irrationalité  

Cette tendance révèle les aspects les moins rationnels de la nature humaine : alors même que nous savons que délayer une action aussi importante que la déclaration d’impôts engendrera probablement un coût dans le futur, la propension à procrastiner reste la même. 

C’est ce principe de base : de se dire que nous sommes des êtres rationnels, que l’on a besoin de revoir pour mieux comprendre la procrastination. 

Ainsi pour atténuer cette tendance - dans le cas où la procrastination entraînerait des conséquences trop négatives sur notre quotidien -  la première des étapes selon le docteur en neurosciences Albert Moukheiber est de se rappeler qu’il ne s’agit pas uniquement d’une question de volonté. Par la suite, plusieurs éléments peuvent être modulés pour enrayer cette tendance, par exemple en s’engageant à l’extérieur pour multiplier les chances de rendre un travail à temps. 

Enfin, la procrastination n’est pas entièrement dénuée de vertus : elle peut être un moyen efficace de lutter contre certains de nos comportements négatifs.  

Je suis thérapeute et avec les personnes qui viennent me consulter, souvent, je leur demande pourquoi ils ne pourraient pas, par exemple, procrastiner leur stress. (…). On pourrait procrastiner aussi des choses qui ne sont pas nécessairement urgentes et qu’on a tendance à faire de manière compulsive. 

Intervenants
  • Docteur en neurosciences cognitives, psychologue clinicien et chargé de cours à l’université de Paris 8 Saint-Denis.
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