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Une fois par mois, à la Baraka.

Sur la route… de la parole collective face aux attentats. A Roubaix.

49 min
À retrouver dans l'émission

Couper les chaînes d’information en continu et s’asseoir autour d’une table. S’éloigner du bavardage politique et parler à son voisin. S'autoriser une parole sans filtre...

Une fois par mois, à la Baraka.
Une fois par mois, à la Baraka. Crédits : Julie Gacon - Radio France

Couper les chaînes d’information en continu et s’asseoir autour d’une table. S’éloigner du bavardage politique et parler à son voisin. Après les attentats de Charlie Hebdo, une poignée d’hommes et de femmes se sont spontanément réunis au restaurant associatif La Baraka, à Roubaix - pour échanger, mettre des mots sur leurs émotions, exorciser la peur. S’autoriser une parole sans filtre.

Depuis lors, ce groupe à géométrie variable se réunit tous les mois. Composé en grande partie de militants associatifs, mais aussi de simples citoyens. Avec ou sans voile. Et pas uniquement « Charlie ».

En 2011, Fatima (elle ne souhaite pas que l'on donne son nom) écrit un poème pour dire son désarroi d'avoir vu deux de ses proches se faire embrigader dans une démarche sectaire, par un gourou se réclamant de l'islam. Nous souhaitions, avec son accord, le partager avec vous.

Quiétude

Connais-tu ce silence paisible, celui qui précède la bataille annoncée,

Entends-tu alors cette douce quiétude, celle du bruissement des hauts peupliers,

Celle du vent qui caresse ton visage, il te rappelle que tu es en vie

Et cela tu le défendras à nouveau ici

Comme ce silence est doux, je voudrais qu’il dure longtemps,

J’observe mon horizon, les êtres que j’aime

Ils ne se doutent guère de ce qui se prépare,

Ils dansent et rient à gorge déployée,

ils ignorent que bientôt ils auront la gorge serrée

Tout pourrait être différent, tellement différent

l’heure est venue pour moi de brandir mon épée et d’assener un coup

Au nom de moi, encore mais je n’ai plus peur, j’affronterai, au nom de la Liberté

Et si parmi ceux que j’aime, je m’apprête à en blesser certains

j’accepterai leur courroux sans jamais déposer mon bouclier

et userai de mon épée s’ils venaient à riposter

Car Entre les mains d’un être machiavélique et Toxique

J’ai vu des êtres chers se transformer, au nom du bien et du mal,

La haine défigurer leurs cœurs et aveugler leurs âmes ;

Et J’ai perdu ces êtres chers sans que je puisse les enterrer ;

Et pendant ce temps, pendant ce temps, les orateurs de notre République

Observent d’un œil distrait, trop préoccupés par leurs destinées

Et pendant ce temps, pendant ce temps, des voiles toxiques drapent nos libertés

Je ne prends ni le chemin de l’Orient ni celui de l’Occident,

Je ne suis ni l’une des vôtres ni l’une des leurs ;

Je poursuis mon propre eldorado, là où les êtres se rejoignent sans frontière autre

que leur humanité, leur miséricorde, leur sagesse, leurs cicatrices, leur respect de la

différence et leur Foi en l’unicité

Comme ce silence est doux, celui où le cœur ne saigne pas encore,

où les joues ne sont pas rougies de larmes

Je suis là à scruter mon horizon, entourée des êtres que j’aime

J’espère un miracle, et je suis prête car je n’ai plus de dilemme.

Mars 2011

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