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Des femmes prisonnières travaillant dans le camp de concentration de Ravensbrück en janvier 1945

Des femmes et des bébés à Ravensbrück

52 min
À retrouver dans l'émission

Ravensbrück était le seul camp de concentration nazi réservé aux femmes et aux enfants. En six ans, 130 000 personnes sont passées par le camp. Voici les témoignages de femmes et d'enfants qui ont vécu dans un monde de désespoir, d'atrocité, d'amitié, d'empathie et de solidarité.

Des femmes prisonnières travaillant dans le camp de concentration de Ravensbrück en janvier 1945
Des femmes prisonnières travaillant dans le camp de concentration de Ravensbrück en janvier 1945 Crédits : ADN-ZENTRALBILD / dpa Picture-Alliance - AFP

Un documentaire basé sur des archives de l’INA où des témoins sont réunis pour évoquer leur condition de vie dans les camps, particulièrement celui de Ravensbrück. Se succèdent des témoignages parfois coupés brusquement dont nous avons respecté montage et chronologie.

Jean-Claude, né au camp le 13 Décembre 1944 évoque les souvenirs de sa mère, la solidarité des autres prisonniers envers elle.

Je suis né au camp le 13 décembre 1944. Jai vécu là bas jusqu'à fin mai 45. Maman a été aidée par beaucoup de ses camarades pour pouvoir me sauver la vie. J'ai été nourri surtout de choses immondes : de l'eau farineuse... [silence]  

Une femme témoigne sur sa grossesse au camp de Ravensbrück son retour à la vie dans un car de la Croix-Rouge sans plus aucun souvenir les soins prodigués par un médecin suédois.

J'ai commencé par ne pas cacher ma grossesse au camp. Cette grossesse m'a servi à ne pas partir travailler dans une usine de guerre. Ce que je ne voulais pas. Or restaient à Ravensbrück, les femmes enceintes, les malades et les vieillards [...] On ne faisait rien, pratiquement. C'était vraiment l'inaction la plus absolue. Il y avait la fameuse série des appels du travail le matin où l'on vous "piquait", c'était l'expression du camp pour un travail de terrassement, du bûcheronnage, du séchage des marais...  Il n'y avait pas de moyens d'échapper à ces travaux. Les faire nous était indifférent parce qu'ils étaient improductifs. Mais c'était dur et il fallait les supporter. Pendant les travaux, les SS faisaient marcher leurs schlagues et lâchaient le chien en même temps. Ils indiquaient aux chiens la personne sur laquelle il fallait qu'ils se précipitent. Il n'y manquait évidemment pas. Une de nos camarades dont j'ai oublié le nom. Ou tout au moins, il vaut mieux peut-être l'avoir oublié, a été littéralement dévorée par ce chien sous nos yeux. 

Harold Portnoy s'entretient avec Hélène Raynal déportée à Ravensbrück fin août 1944.

Nous avons constitué un petit groupe de 92 qui restaient constamment ensemble. 92 au départ... A l'arrivée à Ravensbrück, nous avons été fouillées, puis ils nous ont rasé les cheveux. Ensuite, notre groupe spécialement a eu droit à un soi-disant "examen médical" par une femme qui se disait médecin mais qui, à mon avis, ne l'était pas. Elle était chargée de faire des prélèvements, des prélèvements de sécrétions utérines destinées à donner des renseignements sur on ne sait trop quoi. Ces prélèvements ont été faits à l'aide d'une spatule en métal. Mais il se trouve que cette femme a utilisé la même spatule pour les 92 que nous étions, et sans stérilisation préalable, sans stérilisation.Je suis très sceptique quant aux résultats qu'ont pu donner ces examens. Le résultat dont je suis certaine, c'est qu'ils ont permis de nous contaminer entre nous. Cela a été d'autant plus pénible que nous n'avions absolument rien pour nous soigner. Pour ma part, j'ai été extrêmement malheureuse pendant très longtemps à la suite de cet examen.

Georgette Vallée arrive à Ravensbrück fin 1944 venant de Breslau après que son mari ait été fusillé au Mont Valérien le 6 Octobre 1944.

Je suis arrivée à Ravensbrück fin 44, arrivant de Breslau où j'étais en forteresse depuis huit mois. Mon mari lui avait été fusillé au mont Valérien le 6 octobre. Il y avait quelques jours que j'étais à Ravensbrück lorsque j'ai remarqué un jeune garçon qui me regardait. Il avait à peu près 12 ans, l'âge de mon fils. Je me suis approchée, et il m'a demandé si j'étais française. Je lui ai dit oui. Et lui m'a répondu : "Moi aussi, je suis même Parisien. J'habite du côté de la gare de l'Est". Alors je lui ai dit : "Nous sommes presque voisins". Nous avons souri. Nous entamons une conversation et je lui pose la question : "Mais que fais tu là ?" "Je suis dans le bloc des enfants" me répond-il. "Mais tu es tout seul ?" Il me dit oui, ses parents sont partis en transport. En le regardant, je compris tout de suite que ses parents étaient morts, parce que il portait l'étoile juive. J'ai continué à voir ce jeune garçon pendant plusieurs jours. Nous avons même pris quelques repas ensemble. Si l'on peut appeler ça un repas. J'essayais de partager avec lui la rondelle de saucisson que nous avions ou un peu de margarine, regrettant d'ailleurs de ne pas pouvoir lui en donner plus. Et cela a duré peut-être quinze jours. Un matin, ne le voyant pas, je suis allé dans le bloc pour le trouver. Et là, j'ai appris que tout le bloc des enfants avaient été exterminé. 

Sylvie Aylmer naît à Ravensbrück le 21 Mars 1945. Elle témoigne au micro de'Harold Portnoy de sa venue au monde au camp de Ravensbrück le 21 mars 1945.

Je suis née au camp de concentration de Ravensbrück le 21 mars 1945. Je n'ai pas été marquée par cette naissance véritablement. Dans mon enfance, on m'avait bien raconté que j'étais née dans un camp de concentration, mais je ne savais pas ce que c'était. Jen ai pris conscience quand j'avais 14 ans, quand maman m'a amené à une exposition sur Ravensbrück. Ça m'avait énormément bouleversée. Du reste, j'en ai rêvé pendant près d'un mois. C'était terrible. C'était vraiment mon premier contact avec l'horreur des camps. Depuis, j'ai lu des livres sur les camps de concentration. Et puis j'ai lu La Vingt-cinquième heure de Virgil Gheorghiu. Terrible, parce que... [silence]

Un documentaire d'Irène Omélianenko et François Teste 

En contrepoint la romancière Valentine Goby éclaire ces archives à la fois inconnues d’elle et étrangement familières. « Sur ce lieu de destruction (Ravensbrück) se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. » Extrait de Kinderzimmer de Valentine Goby aux éditions Actes Sud.

Avec :

Des Archives de l’INA du 01/04/1965 avec Jean-Claude Passerat, Marie-José Chombart de Lauwe, Madeleine Roubenne (mère de Sylvie Aylmer )

*Valentine Goby * en 2015

En avril 2011, Laure Adler recevait Marie-José Chombart de Lauwe dans Hors-Champs.
Le 70ème anniversaire de la libération des camps
►►► D'autres documentaires dans Sur Les Docks : *Lundi 26 janvier : * Collection Témoignages : 1945-1946 en France, le retour des camps à travers des archives de l’INA *Mardi 27 janvier : * Collection Sur les lieux : Auschwitz-Birkenau, conserver les camps de la mort ? Mercredi 28 janvier : Collection Enquêtes : Juifs dans la Résistance
►►► Dans *La Fabrique de l’histoire : Lundi 26 janvier : 70 ans de la libération des camps 1/4 - Lundi actualité : Michel Agier et Fabrice Virgili* _* _Mardi 27 janvier : * *Retour au Struthof – un documentaire d’Anaïs Kien, réalisé par Françoise Camar* * * ** Mercredi 28 janvier : Après les camps, quelle réparation ?

Jeudi 29 janvier : Regard soviétique sur la libération des camps

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