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Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo sur le tournage des Parapluies de Cherbourg (1964).

Le Cherbourg des Parapluies

53 min
À retrouver dans l'émission

En 1964, Cherbourg devient la seule ville de France palmée d'or à Cannes. Les Parapluies s'envolent, le film fait le tour du monde et voyage dans le temps, jusqu'à aujourd'hui. Il s'agit ici de se souvenir de ce que Demy a apporté à Cherbourg, et Cherbourg à Demy.

Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo sur le tournage des Parapluies de Cherbourg (1964).
Catherine Deneuve et Nino Castelnuovo sur le tournage des Parapluies de Cherbourg (1964). Crédits : Silver Screen Collection - Getty

Demy est à Cherbourg ce que Lelouch est à Deauville. À l’instar de Un homme, une femme réalisé trois ans plus tard, Les Parapluies sont avant tout la rencontre d’un artiste et d’une ville à un moment donné. Dans le cas des Parapluies, c'est le début des années 1960, entre la fin de l’âge d’or, celui de l’épopée transatlantique, et le début des grands chantiers.

"Cherbourg était un soulier de verre à la pointure exacte de mes rêves" disait Jacques Demy. En adoptant cette ville, le cinéaste l'a embellie, mis la population a contribution, peint la grisaille en couleurs vives. Féerie, nostalgie, amertume, oubli : que reste-t-il de cette parenthèse "en-chantée" dans la mémoire des Cherbourgeois ?

Sur les Docks leur donne la parole. Boulangère, garçon de café, anciens figurants, journalistes, entrepreneurs... La plupart des témoins ont aujourd’hui entre 70 et 90 ans. Ils ont assisté ou participé au tournage. Aujourd’hui, ils racontent cette parenthèse dans une vie et leurs témoignages soulignent l’ambivalence de la relation qu’ils entretiennent avec ce film, son réalisateur mais aussi avec leur ville. 

Quand Jacques Demy arrive à Cherbourg, c'est une ville sale, pauvre, et vieille. Aujourd'hui, les couleurs sombres que l'on peut voir sur certains plans du film ont disparu. La ville a été transformée par cette expérience, mais l'histoire, comme dans le film, s'est mal terminée : les acteurs, réalisateurs et techniciens sont repartis sans mot dire, et ne sont jamais revenus. Ce départ a laissé un vide dans Cherbourg, alors que les habitants s'étaient habitués au décor et à l'atmosphère de tournage. Lorsque l'équipe repart pour Paris, c'est aussi la fantaisie qu'elle avait amenée qui s'en va avec elle.

Un rapport conflictuel, entre affection et rancœur, s'est donc noué entre Cherbourg et les Parapluies, ce qui explique aussi que la mémoire du film n'ait pas été entretenue. Cherbourg est devenue une ville amnésique, au sein de laquelle se lit et se ressent un désenchantement : selon le mot d'un ancien figurant et instituteur, Christian Pasturel, elle n'est plus qu'une "vieille maîtresse abandonnée".

Un documentaire d'Olivia Gesbert, Alexis Salatko et Guillaume Baldy.

Avec : 

  • François Simon, journaliste à Ouest-France
  • Hubert Lemonnier, journaliste à La Presse de la Manche
  • Christian Pasturel, ancien figurant, peintre et instituteur à la retraite
  • Jean-Pierre Yvon, inventeur du « Véritable Cherbourg »
  • Bernard Gentil, serveur à la retraite au Café de Paris
  • Marcelle Groult  et Léonie Lanet, commerçantes à la retraite
  • les frères Luis et Nemesio Bustamante
  • Yves Baréda, professeur de musique
  • Jocelyn Leclerc, médecin retraité, figurant sur les Parapluies de Cherbourg
  • Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, ancien maire de Cherbourg

Remerciements à Mona Guichard, directrice du Trident-Scène Nationale de Cherbourg.

À écouter aussi :

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  • En 1964, le "Masque et la Plume" débat à propos des "Parapluies de Cherbourg" :
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Production : Olivia Gesbert  et Alexis Salatko

Réalisation : Guillaume Baldy

Prise de son : François Rivalan  et Thomas Robine

Mixage : Kevin Lebars

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