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Prostitution (4/4) : "Abolition de la prostitution : osez le débat"

54 min
À retrouver dans l'émission

Un documentaire de Meta Tshiteya et Nathalie Salles

Manifestation STRASS
Manifestation STRASS Crédits : Radio France

Le 6 décembre 2011, l'Assemblée Nationale votait à l'unanimité une résolution en faveur de « l'abolition de la prostitution », officialisant ainsi une tendance marquée depuis le milieu du XXème siècle à rendre aussi difficile que possible la pratique d'une activité prostitutionnelle.

Neuf ans après la Loi de Sécurité Intérieure du ministre Nicolas Sarkozy qui créait en 2003 un délit de racolage passif, notion floue qui a permis aux municipalités de repousser les prostitué-e-s des rues dans les zones périurbaines, la France doit faire face à ses contradictions.

Le mouvement « abolitionniste » initié par des associations d'aide aux prostitué-e-s et bientôt rejoint par une partie des associations féministes a trouvé, dans le gouvernement formé au printemps dernier par Jean-Marc Ayrault, un soutien politique indispensable à la réalisation de son projet de société et se surprend à rêver d'une France sans prostitution.

Mais il y a un mais. Parmi les féministes « historiques », des voix s'élèvent, rejoignant les associations de prostitué-e-s et les associations de prévention contre les infections sexuellement transmissibles, tantôt contre le principe d'une « abolition », tantôt contre la perspective d'une possible pénalisation des clients.

Le débat n'a pas eu le temps de commencer, il a tourné à l'invective, à l'accusation, aux procès d'intention. On s'envoie à la tête des modèles suédois, des systèmes allemands, des « abolos » et des « prostitueurs ».

Le courant dominant, « abolitionniste » donc, entend, au nom de la dignité des femmes, lutter contre cette violence que représenterait la prostitution en soi et qui serait le fait d'une construction patriarcale millénaire.

Mais comment l’État peut-il abolir un système qui ne repose pas sur sa propre loi ? Pour abolir l'esclavage ou la peine de mort, la République a dû abroger un ensemble de lois qui les autorisaient explicitement.

Quid du droit à disposer de son corps ? N'est-ce pas un aveuglement coupable que de nier la dimension « marchande » de la sexualité de tout un chacun, y compris dans les ménages les plus légitimes ? Comment se nourrir, se loger, sauvegarder ses enfants lorsque les derniers expédients sont refusés à celles et ceux que la misère menace ?

Pour autant, un discours de ni (abolition) ni (réglementation) est-il réaliste ? Ne défend-il pas la liberté de quelques unes aux dépens de la sécurité d'une multitude d'autres ? Un tel débat touche autant à la santé publique qu'à une « politique de l'intime » voire à un idéal de système économique. Toutes ces questions nous les avons posées aux grandes voix qui ne parviennent plus à s'entendre.

Les arguments se perdent dans la violence du conflit mais révèlent quelques unes des laideurs de notre pays et de notre époque : cela parle de la domination du fort sur le faible, du symbole politique de la sexualité, des relations entre les hommes et les femmes, entre les femmes entre elles, entre les riches et les pauvres, entre le gouvernant et le gouverné, ce débat contient à lui seul la vie tout entière et chacun de ses arguments mérite d'être écouté. Nous avons posé toutes ces questions et voulu les restituer, dans toute leur complexité, dans leurs nuances aussi.

Avec :

Najat Vallaud-Belkacem , Ministre des droits des femmes ;

Janine Mossuz-Lavau, politologue chercheur au CNRS ;

Claire Quidet et Claudine Legardinier du Nid ;

Morgane Merteuil du STRASS ;

Patric Jean et Frédéric Robert de Zeromacho ;

Fred Bladou d'Aides ;

Carine Favier du Planning Familial.

Production : Meta Tshiteya

Réalisation : Nathalie Salles

Prise de son : Raymond Albouy

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