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Justice: du Palais au parloir (2/4) - Les deux ADN

55 min
À retrouver dans l'émission

Un documentaire de Christophe Deleu et François Teste Le 26 décembre 2002, quartier ouvrier de la Cité à Mulhouse, dans un terrain vague, est retrouvé le corps dépecé de Sabine Darmoise, qu’on a enfoui dans deux sacs poubelles. Cette femme de 39 ans avait disparu un mois plus tôt. Plus d’un an après, son mari, Alex Strubel, est arrêté. Le procureur, Régis Delorme, lors d’un point presse, évoque des « charges précises et concordantes ». Alex Strubel est mis en examen pour meurtre. En raison « d’incohérences, d’évolution et de contradiction » dans ses déclarations, selon le procureur. Alex Strubel, de son côté, nie être le responsable de la mort de sa femme. Parmi les indices à charge, une ecchymose à l’œil : les séquelles d’une dispute conjugale pour les enquêteurs. Alex Strubel est incarcéré à Mulhouse. Mais c’est l’analyse génétique d’un cheveu retrouvé dans la main de la victime qui est la preuve la plus tangible: l’ADN qu’on y a découvert est celui d’Alex Strubel. Il va ainsi passer plusieurs mois en prison avant d’être remis en liberté en 2005. Il est néanmoins placé sous contrôle judiciaire. En avril 2009, il obtient un non-lieu. Les traces mitochondriales qu’on avait retrouvées sur le cheveu de la victime appartenaient à quelqu’un d’autre. En réalité, les traces d’ADN mitochondriales correspondaient à son empreinte génétique, mais l’expertise n’indiquait pas la possibilité qu’une autre personne puisse avoir la même. Une dépêche AFP précise: « La fiabilité d’un test dépend du type d’ADN utilisé, celui mitochondrial qui provient de la superficie de la cellule pouvant être partagé par deux personnes sans lien de parenté alors que le test d’ADN provenant du noyau d’une cellule semble très fiable. » C’est la consultation du fichier national des empreintes génétiques, en 2007, qui aurait permis d’identifier l’auteur du meurtre dont on accusait Alex Strubel. Comme il n’y a pas eu de procès, ce fait divers a eu peu de retentissement médiatique. Lors d’une audience, la découverte du véritable coupable, trahi par son ADN, selon un scénario digne de Fritz Lang, aurait été un rebondissement chargé d’émotions, et aurait sans doute marqué les journalistes autant que l’opinion publique. Mais un non-lieu, bien qu’inattendu lui aussi, n’a que peu de chance de s’inscrire dans la mémoire collective. Et pourtant, cette histoire mérite d’être racontée au même titre que d’autres faits divers qui ont « eu le temps » d’être des feuilletons médiatiques remarquables. Elle relance le débat sur la valeur des tests ADN, qui symbolisent aujourd’hui l’enquête policière moderne. La figure de l’expert scientifique qui se substitue à celle du fin limier. Ces tests sont souvent une preuve irréfutable, et on se gardera bien de les remettre en cause d’une manière trop radicale. Mais dans certains cas, force est de constater que leur fiabilité n’est pas absolue. On essaierait ainsi de savoir pourquoi la science ici a fait défaut. Paradoxe qui serait cocasse si la liberté d’un individu n’était pas en jeu: c’est une autre analyse scientifique qui a permis d’innocenter Alex Strubel. Le meurtrier, qui était lui aussi mulhousien, est mort en prison en 2007, il était incarcéré pour une autre affaire. On ne connaîtra probablement jamais les circonstances de la mort de Sabine Darmoise (des coupures de presse évoquent une femme infidèle et « fugueuse »). Mais on pourrait bien sûr s’interroger aussi sur ce deuxième test ADN dans la mesure où le suspect ne pourra jamais avouer. Le fait divers, quant à lui, peut revendiquer son statut d’énigme.A la réflexion, on ne sait pas s’il faut plaider pour le fichier des empreintes génétiques, militer pour son élargissement à davantage d’infractions, ou, au contraire, s’inquiéter des menaces potentielles pour les libertés individuelles, puisque deux analyses scientifiques ont tour à tour mis en cause, puis innocenté le même homme.Alex Strubel a passé plusieurs mois en prison, et, pour cela, il demande réparation à l’Etat.Productrice coordonnatrice: Irène Omélianenko Producteur délégué: Christophe Deleu Réalisateur: François Teste

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