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Ouagadougou, Guantanamo, Sanaa (3/4) : "Guantanamo : Les mots du 839" (Rediffusion)

55 min
À retrouver dans l'émission

Un documentaire de François-Xavier Trégan et Rafik Zenine - Rediffusion de l’émission du 16 mars 2010

Le centre de détention de Guantanamo
Le centre de détention de Guantanamo

La famille Al Madoonee n’a plus revu Musab, le cinquième membre de la fratrie, depuis un vendredi de juillet 2001, le jour de son départ pour le Pakistan. Il y a été arrêté le 11 septembre 2002 après avoir effectué un séjour dans le camp d'entraînement d’Al Farouk, en Afghanistan. Le 28 octobre, aux côtés de 26 autres détenus, Musab a pris le vol RCH319Y de la CIA : direction Guantanamo. Depuis neuf ans, Musab est accusé d’appartenir à Al Qaida et d’avoir participé à des opérations contre les forces de la coalition. Pour sa défense, « l'internment serial number » 839 explique qu’il n’a jamais été impliqué dans des opérations terroristes visant les Etats-Unis. Et il insiste, « les Cheikhs promettaient l’enfer à ceux qui voulaient se soustraire aux fatwas et au jihad ». Son voyage en Afghanistan devait lui permettre de découvrir l’Islam selon les Talibans. Tout au long de ses interrogatoires, Musab soutiendra que les attentats du 11 septembre ont mis un terme à son projet tel qu’il l’avait initialement prévu. Bloqué en Afghanistan, il est pris dans les mailles des recruteurs qui avaient financé son départ du Yémen. Sans passeport ni argent, il se retrouve trimbalé par la guerre qui se déploie : Kabul, Khowst, Zurmat, Lahore, Karachi…Rien d'intentionnel dans ce parcours du combattant, juste de mauvaises circonstances, avancera le prisonnier. Depuis neuf ans, Musab Al Madoonee s'est montré coopératif avec ses geôliers. Il dit qu’il a renoncé au jihad et qu’il ne croit plus les « orateurs ». Chez les Madoonee, à Hodeida, sur la Mer rouge, on ne cultive pas l'absence. Deux minuscules photos d'identité sont placées dans les portefeuilles des frères, ils datent de 2001, juste avant le départ de la maison. Sur fond bleu, Musab a le visage juvénile d’un garçon de 21 ans, il fixe l‘objectif, impassible. Bilqis montre le portrait parvenu récemment. Musab a les traits d’un homme, le buste carré, un collier de barbe et une moustache taillée de près. Dans le mafraj de la modeste maison, rafraîchi par les pales du ventilateur, la famille a pris place sur les coussins ocre et marron alignés en rectangle. Amar est arrivé une enveloppe kraft sous le bras. Il en sort un paquet de lettres, au sigle de la Croix Rouge Internationale. C’est la correspondance de Musab, une centaine de lettres envoyées depuis septembre 2003. L’écriture à la bille noire est appliquée, les mots sont serrés pour utiliser au mieux l’espace réduit des feuilles lignées A4 pliées en deux. Le cérémonial n’a pas bougé depuis six ans. Le bureau de la Croix Rouge Internationale téléphone de Sanaa à la famille pour lui annoncer qu’un courrier est arrivé. L’enveloppe est transmise à un chauffeur de taxi collectif qui fait la navette entre la capitale et Hodeida. Lorsque la Peugeot break arrive à la gare routière, Ali enfourche une moto, l’immatriculation de la voiture en poche. L’envoi peut contenir plusieurs lettres, trois ou quatre. « Elles mettent des mois pour nous parvenir », précise Ali, celui qui se sent le plus proche du frère prisonnier. Ali dévore la lettre le temps du trajet retour. Le soir, il la lit mais seulement à sa mère. La mère est analphabète, elle ne veut écouter les mots de son fils qu’une seule fois, puis elle s’en va, à l’écart, pour pleurer. Parfois ses enfants la trouvent endormie, les feuilles pliées à ses côtés.Production : François-Xavier Trégan Réalisation : Rafik Zenine

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