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Vivre, survivre et jouer au foot (4/4) : "Pologne, Euro 2012 : foot, bière et châtiment"

55 min
À retrouver dans l'émission

Un documentaire de Dominique Prusak et François Teste

Graffiti dans les rues de Lodz
Graffiti dans les rues de Lodz Crédits : D. Prusak - Radio France

« Kurwa » (prononcez kourva), une version peu châtiée de péripatéticienne, c’est le mot lancé, sans modération, toutes les dix secondes, sur chaque stade polonais qui se respecte ! En effet, comme disent les supporters de football du pays, « le sport national en Pologne, c’est d’être supporter ». Une expression et une vérité qui datent de l’ère communiste. Dans les années 80, affronter la milice (la police de l’époque) à l’occasion d’un match de foot, c’est défier l’autorité et exprimer une certaine liberté. Avec le passage au libéralisme de 1989, les stades deviennent des espaces totalement libres, le miroir d’une société où le pire côtoie le meilleur. Le hooliganisme est né. A l’égal des années 70 en Angleterre.

A Lodz, le Manchester polonais (120 kms de Varsovie), la cité des 4 cultures (polonaise, russe, juive, allemande) respire depuis plus d’un siècle au rythme des 2 équipes locales de football, LKS et (RTS) Widzew créées respectivement en 1908 et 1922. LKS est réputée très rustique et (RTS) Widzew plus raffinée. Suivant le quartier où il vient au monde, le jeune lodzien porte toujours aujourd’hui le maillot de l’une où l’autre des 2 équipes. C’est organique. 20 000 supporters pour LKS, 60 000 pour (RTS) Widzew. Jusque là, tout va bien ! Par contre, tout se gâte quand, sur le stade, après quelques bières, les « kibice » (supporters) de chaque équipe se traitent réciproquement de juifs pour s’insulter. L’ordinaire, pourtant, pour la plupart des accros au foot à Lodz. Une conséquence historique, paraît-il ! Car l’équipe de LKS a été montée, jadis, par un industriel juif. Une curieuse explication, quand même, pour la ville qui possède le plus grand cimetière juif d’Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale. On ne compte plus les graffitis ciglés de l’étoile de David sur les murs et les façades malgré l’obligation des propriétaires d’immeuble de les effacer. Côté évolution économique, la fermeture, il y a vingt ans, de la totalité des manufactures de la ville a plongé la population dans une crise noire, entrainant chômage et délinquance. Un véritable terreau pour les gangs formés par les fans les plus radicaux qui flirtent avec l’extrême droite. Ces « kibols » (mot polonais de hooligans) constituent le gros des maffias et de ses trafics (drogue, prostitution, vente d’armes). Souvent adeptes des clubs de karaté, ils déambulent à travers la ville, les soirs de derby. Ils « cassent du noir » si, par hasard, des africains ont le malheur de croiser leur chemin. Surveillés et fichés par la police, ces « ultras » sont interdits de stade et s’affrontent à mains nues, parfois à mort dans les parcs et forêts. Avec les caméras omniprésentes dans les tribunes et désormais en Pologne, l’identité obligatoire pour acheter un billet, le hooliganisme a changé de lieu et sa violence avec. Mais en passant, les autorités ont aussi jeté l’éthique avec l’eau de la douche froide ! Quant à l’Euro 2012 qui se déroule tout le mois de juin en partie en Pologne (l’autre partie se disputant en Ukraine), la majorité des supporters de Lodz ne le suivra pas. Peu concernés par une compétition où les places sont chères, les « kibice » n’iront pas à Varsovie ou dans les 3 autres villes polonaises (Wroclaw, Gdansk, Poznan) aux stades flambant neufs. Car à Lodz, troisième ville polonaise, on reste patriote, fier de sortir le drapeau pour fêter la nation, fier d’aller à la bataille pour encourager onze joueurs slaves, mais avant tout, au niveau local. Bref, avec nous, chez nous !Avec :Adam Slonski , Kamil et Konrad Gorzkiewicz , jeunes supporters des citésDaniel Zaborowski , supporter sans alcoolAgnieszka Biesiadecka , guide du monde sportifDamian Babol , journaliste sportifLionel Ndjomou , étudiant africainMarcin Piotrowski , éthnologueAlexandre Dayet , scénariste et traducteurWojciech Wozniak , sociologue des sportsWiktor Skok , musicien et écrivainJonathan Fowler , journaliste anglais en Pologne.

Remerciements à l'Alliance Française de Lodz , et à Paul , Yannick et Lionel pour leur témoignage.

Production : Dominique Prusak Réalisation : François Teste

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