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Walser forte, Walser piano (1/5)

1h15
À retrouver dans l'émission

Par Alain Veinstein Réalisation: Mehdi El Hadj Le 25 décembre 1956, non loin de l'asile de Herisau, en Suisse, où il était interné depuis 1933, des enfants retrouvaient le corps de Robert Walser, enfoui dans la neige. Il était mort pendant une promenade solitaire. Cinquante ans plus tard, Surpris par la nuit consacre une série de cinq émissions à cet écrivain qui se disait lui-même « si joliment à l'écart ». Né à Bienne en 1878, « avant-dernier d'une famille de huit enfants, précise-t-il dans une notice biographique, il fréquenta l'école jusqu'à l'âge de quatorze ans et se prépara à la profession d'employé de banque ». Sa mère mourra folle deux ans plus tard. L'un de ses frères connaîtra le même destin. A dix-sept ans, il quitte sa famille pour une vie errante. « Convaincu que l'art est quelque chose de grand », pour s'y consacrer (il songe d'abord au théâtre), il change sans cesse d'emploi et de domicile, passant de Bâle à Zürich et à Stuttgart, où il est accueilli par son frère Karl, peintre et décorateur de théâtre apprécié. Il exerce une multitude de petits métiers, domestique, employé, ouvrier dans une fabrique de tissus... En 1925, après avoir suivi une formation dans une école de valets, il est engagé pour quelques mois dans un château de Haute Silésie. L'année suivante, il rejoint Karl à Berlin. Il y restera sept années qui se solderont à ses yeux par un échec total. Déjà « malade à l'intérieur », il se brouille avec tous ceux qui peuvent l'aider et s'enfonce dans la dépression. « Après quoi - selon ses propres termes - il rentre chez lui et s'installe à Bienne pour parachever autant que possible l'oeuvre commencée et, si l'on peut dire, l'arrondir aussi généreusement que possible. » A Bienne, où il veut « passer aussi inaperçu qu'il se peut », il écrit des proses, esquisses, chroniques ou récits de petite dimension. Il considère désormais le roman (il en a écrit quatre - Les Enfants Tanner, Le Commis, L'Institut Benjamenta, et sans doute d'autres qu'il a détruits) comme « une forme beaucoup trop vaste pour son talent ». Un point de vue que ne partagent pas quelques lecteurs qui se nomment notamment Robert Musil, Hermann Hesse, Walter Benjamin, Stefan Zweig ou Franz Kafka. En 1920, dans un complet dénuement, Robert Walser prend une place de second bibliothécaire à Berne. Il n'y tiendra que six mois avant de retrouver sa solitude. Son dernier livre, La Rose, paraît à Berlin en 1925. Après plusieurs tentatives de suicide, Walser accepte d'être conduit par sa soeur Lisa à l'asile de Waldau. Il vient d'avoir cinquante ans. L'écriture l'occupe encore. Il compose des textes selon un procédé qu'il a mis au point, les fameux « microgrammes », une écriture minuscule abrégée selon un code personnel et tracée au crayon que des chercheurs mettront vingt ans à déchiffrer (ils découvriront notamment un quatrième roman, Le Brigand). Mais en 1933, il est transféré contre son gré à l'asile de Herisau où il passera les vingt-trois dernières années de sa vie sans écrire une ligne. « A quoi bon ? a-t-il confié à Carl Seelig, qui fut alors son seul visiteur, mon monde fut mis en pièces par le nazisme. » Dans cette série de Surpris par la nuit, ce n'est pas l'image de Walser dominée par le « pittoresque » qui sera privilégiée. Nous nous attacherons plutôt à rendre compte de son exceptionnelle liberté d'écriture et de ses élans d'imagination qui conduisent les lecteurs dans des régions toujours inattendues. C'est sa voix que nous voudrions faire entendre en nous mettant à l'écoute de ceux qui ont accepté de nous introduire dans l'intimité de leur lecture et de nous offrir de partager leur sympathie pour une oeuvre troublante, rebelle à toutes les classifications. 1ère émission: Une vie de poète Avec Gilles Mora, Philippe Lacadée, Catherine Sauvat, Marion Graf, Marlyse Piétri, Peter Utz, Dominik Muller Lectures: Valérie Lang

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