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Aldo Naouri

Au fil des histoires 1/2 Des bouts de langues

33 min
À retrouver dans l'émission

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Aldo Naouri
Aldo Naouri Crédits : DR - Radio France

"Dimanche dernier je prenais le train pour Paris dans une petite gare de province. Dans la salle d’attente il y avait une petite machine que j’avais  déjà vue dans d’autres endroits publics mais dont je n’avais pas encore  testé l’usage.  

Pas une machine pour prendre un ticket pour faire la queue à tel ou  tel guichet. Pas une machine à café, à chips ou à bonbons, ou quelque  chose de comparable. Pas non plus une machines pour obtenir des  étiquettes à apposer sur ses bagages. Non ! Rien de tout cela. C’était  une machine à distribuer des histoires.  

Choisissez d’appuyer sur l’un des trois boutons et l’appareil vous  offre sous forme de rouleau, des contes, des poèmes et des nouvelles – à  lire d'un trait – en une, trois ou cinq minutes. Je tentais ma chance.  Un conte à lire en une minute. C’était parfait pour commencer.  L’histoire était très prenante et bien écrite.  

Je m’en offris une seconde puis une troisième et c’est comme cela que j’ai raté mon train ! 

Si je rapporte cette anecdote, c’est parce qu’elle m’a rappelé à quel  point les êtres humains en général sont fascinés par les histoires et  plus encore ont un besoin d’histoire. Et cela depuis la nuit des temps,  de jour en jour, de nuit en nuit, de l’enfance à l’adolescence, de  l‘adolescence à l’âge adulte.  

J’aime me souvenir de ce passage du livre de la création, le séfer yetsira, que je cite souvent : «  Le monde à été cré par le livre, les nombres et les histoires. »  

Certaines personnes savent non seulement les raconter mais les  écrire. Ce sont les écrivains. Des êtres particuliers qui sentent le  monde et les humains avec une acuité et une sensibilité particulière.  Qui savent rendre vivant des lieux, des situations, des sentiments, ceux  des autres mais aussi les leurs.  

Ils racontent, se racontent. Dans ce cas là leurs souvenirs sont leurs meilleurs compagnons.  

Mais il n’est pas facile de se souvenir. La boîte à souvenirs n’est  justement pas une machine où l’on peut appuyer sur un bouton.  

La boîte à souvenir est comme un petit animal qu’il faut apprivoiser, et cela demande de la patience et du temps. 

Un temps qu’il n’est pas toujours possible de prendre ou que l’on se  sait pas ou plus prendre, car très souvent c’est nous qui sommes pris  par le temps. Alors les souvenirs attendent et patientent mais je ne  crois pas me tromper en disant aussi qu’ils s’impatientent.  Alors un jour ils décident de ne plus rester dans la boîte et ils  viennent vous chercher, vous tirer par la manche et vous mettent un  crayon dans la main et vous commencer à écrire. Et vous découvrez que  s’il n’est pas facile d’écrire, c’est cependant un exercice joyeux et  jubilatoire, magique en quelque sorte.  

Et vous pensez à Proust qui décrit « ce jeu où les Japonais s’amusent  à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de  papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent,  se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs,  des maisons, des personnages consistants et reconnaissables ». 

Et en lisant certains livres on sait que les souvenirs sont heureux  d’avoir pu sortir de leur boîte parce que ce que l’on ressent en les  découvrant c’est une véritable joie, une danse de l’esprit, et aussi du  temps, farandole du présent qui donne la main au passé, celui de  l’écrivain mais aussi le nôtre, comme si par enchantement en ouvrant la  porte de ses souvenirs c’est un peu la porte des nôtres que l’écrivain  entre’ouvrait aussi." 

L'invité

Médecin, pédiatre de formation psychanalytique, Aldo Naouri est  l'auteur d'une œuvre très importante. Doué d'un formidable talent de  conteur, ses ouvrages sont éclairés par des récits de cas qui donne à la  théorie qu'il offre une saveur inégalable. Ce sont ces talents de  conteur qu'il met au service de son ouvrage le plus récent Des bouts d'existence aux éditions Odile Jacob où il raconte à la fois son parcours personnel et professionnel, un roman d'aventure passionnant! 

Archives sonores

Les voix de la mère et du frère d'Aldo Naouri chantant en judéo-lybien.

Synagogue de Tripoli Vieille de 900 ans
Synagogue de Tripoli Vieille de 900 ans Crédits : DR - Radio France
Rue d'Isly
Rue d'Isly Crédits : DR - Radio France

Le livre de l'invité

Des bouts d'existence chez Odile Jacob Quatrième de couverture 

« C’était ma mère, ma mère à moi, insaisissable, avec son côté   énigmatique qui rajoutait à sa force et à ce que je vivais comme son   pouvoir protecteur. Les choses étaient ainsi. Je devais m’y faire, je   devais les accepter. 

C’est ainsi que, soir après soir et tout au long de ces années, elle nous a raconté successivement toutes sortes d’histoires. C’est ce que j’ai voulu faire dans ces bribes de mémoire, raconter et transmettre. 

Je  n’ai la nostalgie d’aucun lieu. Je n’ai pas la nostalgie de la  Libye et  encore moins celle de l’Algérie. Je me suis intégré,  parfaitement même,  mais sans jamais me fondre dans la masse ni  m’assimiler. Même si rien  ne le laisse penser, j’ai été, je suis, je  reste en effet un migrant. 

J’espère que chacun tirera de cet écrit ce qu’il voudra ou ce qu’il pourra. Jusqu’à prendre acte que, de quelque manière qu’elle se déroule, la vie est toujours une belle aventure ! »

Editions Odile Jacob
Editions Odile Jacob Crédits : DR - Radio France
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