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François Rancillac

Coup de théâtre au Paradis.

31 min
À retrouver dans l'émission

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François Rancillac
François Rancillac Crédits : DR - Radio France

L'invité de "Talmudiques" au Festival d'Avignon du 8 juillet au 24 juillet 2019

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. Crédits : . - Radio France

"Talmudiques" reçoit l'acteur et le metteur en scène François Rancillac,  directeur du Théâtre de l'Aquarium à propos de « Cherchez la faute », une pièce de théâtre d’après La divine origine de Marie Balmary. 

Une pièce qui ne raconte pas seulement l’intrigue, mais qui commente l’épisode où Adam et Eve rencontrent le serpent et consomment le fruit de l’arbre défendu dans le célèbre troisième chapitre de la Genèse. Une pièce où la lecture d’un texte et son exégèse sont mises en scène !

Nous sommes à la synagogue et l’heure de la lecture de la Tora est arrivée. Un homme de l’assemblée se lève pour ouvrir le rideau de l’Arche Sainte, puis un second ouvre les deux portes sculptées de cette armoire très spéciale qui contient les rouleaux de la Tora. Il se penche à l’intérieur pour prendre l’un des rouleaux qu’il donne à une seconde personne qui se tient à ses côtés, qui à son tour donne le rouleau à une troisième, et ensemble, selon une procession bien réglée, ils déambulent à travers les fidèles qui embrassent respectueusement le manteau qui enveloppe le rouleau.

Procession qui, après avoir fait le tour de la synagogue, s’arrête devant la Bima, la table de lecture à laquelle on accède par quelques marches. Une autre personne enlève le manteau du rouleau et une autre encore ouvre le rouleau, le déploie et le lève en un geste qui rendrait jaloux bien des haltérophiles, pour montrer à toute l’assemblée le texte qui sera lu dans la suite de la cérémonie.

Longtemps je fus frappé par cette chorégraphie dont je fus très tôt le témoin dans ma prime enfance. Mais ma plus grande surprise eut lieu le jour où avec l’école nous nous rendîmes au théâtre, théâtre Sébastopol à Lille, cette ville que j'ai déjà évoquée dans une précédente émission. C’était la première fois que j’allais au théâtre. Molière, Le malade imaginaire. Je m’en souviens encore comme si c’était hier !

Le noir se fit, le silence, les trois coups, le lever du rideau, puis la scène illuminée, qui pendant un instant, très fugace mais suffisamment profond, me donna l’impression d’être à la synagogue dans ce moment si singulier de l’ouverture de l’Arche Sainte.

Cette première émotion théâtrale de mon enfance, sans que j’en eu une réelle conscience, a irrigué et illuminé toutes les lectures ultérieures de la Tora auxquelles j’ai assisté à la synagogue, dans toutes les synagogues du monde. Ceci explique sans doute le plaisir intense et toujours renouvelé, que fut pour moi d’écouter, semaine après semaine, année après année l’histoire de la Création du monde, de l’homme et de la femme, de leurs aventures avec le serpent, le conflit entre Caïn et Abel, Noé et le Déluge, La tour de Babel, L’histoire d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Joseph et ses frères, Moïse et le pharaon, la sortie d’Égypte, l’errance guidée par une demeure fragile dans laquelle l’homme apprit comment avoir rendez-vous avec la Transcendance !

Plus tard il me fut aisé de comprendre la fascination de Kafka pour le théâtre yiddish et sa remarque dans La lettre au père où il parle des rouleaux de la Tora sortant d’une armoire de la synagogue comme des poupées sans têtes, image questionnant par là même le rapport complexe entre le théâtre et le judaïsme, le théâtre et l’univers biblique, comme le lui expliqua son ami, l’acteur du théâtre yiddish Itshaq Löwy. 

Plus tard aussi je compris pourquoi la première troupe de théâtre en langue hébraïque créée à Moscou en 1914 prit le nom de Habima, le nom même de la table de lecture des rouleaux de la Loi à la synagogue que j’ai évoquée, nom que le théâtre national d’Israël a gardé jusqu’à aujourd’hui, une façon de souligner la continuité entre la synagogue et le théâtre, ou plus précisément, une façon de comprendre le théâtre comme une continuité laïque de la synagogue !

Bien sûr la littérature, la peinture, la musique et le cinéma sont riches d’œuvres qui ont puisé leur inspiration dans le terreau des récits bibliques, mais le théâtre, en dehors des Pourimspiel, est resté très en retrait dans ce domaine. Est-ce le résultat d’une longue tradition qui semble l’avoir interdit malgré certains textes qui l'ont encouragé fortement ?

L'invité

François Rancillac
François Rancillac Crédits : Avignon 2019 - Radio France

Né en 1963, François Rancillac fonde sa compagnie en 1983 (avec Danielle  Chinsky), le Théâtre du Binôme, et met en scène des auteurs aussi divers que Jean Racine (Britannicus), Christian Rullier (Le Fils, qui  obtient le prix 1987 du Printemps du Théâtre à Paris), Jakob Michael  Reinhold Lenz (Le nouveau Menoza), Pierre Corneille (Polyeucte),  Molière  (Amphitryon, George Dandin), Olivier Py (La Nuit au cirque),  Edmond Rostand (L’Aiglon), Jean-François Caron (Saganash), Jean  Giraudoux (Ondine, La Folle de Chaillot), Jean-Luc Lagarce (Retour à la  Citadelle, Les Prétendants, Le Pays lointain, Music Hall, Nous, les  héros), Marie Balmary (Cherchez la faute !), Jonathan Swift (Modeste  proposition concernant les enfants des classes pauvres), Rémi de Vos  (Projection privée), Max Frisch (Biedermann et les incendiaires),  Jean-Paul Wenzel (Cinq clés), Michel Marc Bouchard (Papillons de nuit),  Gilles Granouillet (Zoom),… 

Il aborde le lyrique avec Bastien,  Bastienne… suite et fin d’après Mozart, Athalia de Haendel, et collabore  aux spectacles électro-acoustiques de Serge de Laubier (Les Sargasses  de Babylone, La Belle porte le voile). 

Il dirige en juin 2006 en version  concert l'opéra-jazz de Laurent Cugny, La Tectonique des  nuages (librement adapté de Cloud Tectonics de José Rivera d’après la  traduction française d’Isabelle Famchon – Editions Théâtrales). 

Après  avoir été artiste associé au Théâtre de Rungis, à la Scène nationale de  Bar-Le-Duc, au Théâtre du Campagnol/CDN de la banlieue sud de Paris, et  directeur artistique du Théâtre du Peuple de Bussang (de 1991 à 1994),  François Rancillac est, à partir de 2002, co-directeur (avec Jean-Claude  Berutti) de La Comédie de Saint-Étienne / CDN. 

En mars 2009, il prend  la direction artistique du Théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie où il présente actuellement "Cherchez la faute d'après la divine origine de Marie Balmary.

"Cherchez la faute..." La scène avant l'entrée du public et des acteurs
"Cherchez la faute..." La scène avant l'entrée du public et des acteurs Crédits : Julie Le Lagadec - Radio France

Musique et transition sonore.

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Au Festival d'Avignon du 8 au 24 juillet 2019

"Cherchez la faute !

Au Festival d'Avignon, à La Manufacture du 8 au 24 juillet à 10 h 45 (relâche les jeudis 11 et 18 juillet).

D'après "La divine origine" de Marie Balmary

Adaptation et mise en scène François Rancillac.

François Rancillac
François Rancillac Crédits : Avignon 2019 - Radio France

La divine origine 

Un livre de Marie Balmary

Le livre de poche
Le livre de poche Crédits : Marie Balmary

François Rancillac et l'éducation artistique et culturelle

"C’est le plus souvent grâce à l’école  que les « jeunes » rencontrent le théâtre pour la première fois ; c’est  aussi souvent à cet âge qu’ils s’en font la pire idée, celle d’une chose  ennuyeuse, inutile, où l’on parle encore comme au XVIIème siècle de préoccupations moyenâgeuses…

Ce premier rendez-vous avec le théâtre  est pourtant déterminant, voire irrémédiable ! Si le théâtre est amené,  non pas comme pur objet littéraire, mais au contraire comme un art  vivant et sensible, s’adressant directement et passionnément aux  publics, il a de grandes chances de susciter émotion, plaisir et  intelligence chez nos jeunes spectateurs.

Pendant le spectacle "Cherchez la faute"...
Pendant le spectacle "Cherchez la faute"... Crédits : DR

Pour cela, il est de notre  responsabilité, nous qui avons fait du théâtre notre pain quotidien, de  travailler aux côtés des professeurs à ce que cette rencontre avec la  représentation théâtrale soit une joie et non un rendez-vous manqué : en  essayant de transmettre le goût du théâtre via les rencontres avec les  artistes ou les ateliers de pratique artistique ; mais aussi en  accompagnant les professeurs dans leur propre apprentissage ; et surtout  en ouvrant grand les portes de nos salles de spectacles aux jeunes et à  leurs professeurs tout au long du processus de création, des  répétitions jusqu’aux représentations.

C’est grâce à l’éducation artistique que nous pourrons œuvrer,  à construire pour les générations à venir une démocratie digne de ce  nom, où l’épanouissement intellectuel et sensible des citoyens serait  vraiment compris comme la condition indispensable à un « vivre  ensemble » harmonieux et dynamique.

"Cherchez la faute..." Le théâtre comme un Beth-Hamidrach (Maison d'étude)
"Cherchez la faute..." Le théâtre comme un Beth-Hamidrach (Maison d'étude) Crédits : Photo: Françoise-Anne Ménager - Radio France

Qu’on parle d’"éducation artistique",  d’"école du spectateur" ou d’"actions de sensibilisation", il ne s’agit  en fait que de ça : donner le goût du théâtre, donner l’envie d’y aller,  d’y retourner, et de partager à son tour cette passion." [François Rancillac]

affiche du Festival
affiche du Festival Crédits : 2019 - Radio France
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