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Le compositeur Hélios Azoulay

Jeanne d'Arc : une polyphonie 1/2

32 min
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Le compositeur Hélios Azoulay
Le compositeur Hélios Azoulay Crédits : DR

Ce soir, 23 avril et demain toute la journée, les communautés juives du monde entier commémorerons la destruction des juifs d’Europe par les nazis et leurs alliés. Dans la prière juive El malé rahamim qui sera récitée comme un des moments forts de ce yom hashoa, surgissent, au milieu de mots hébreux le nom des camps de concentration et d’extermination d’Auschwitz, Majdanek, et Treblinka ….

Parmi tous les camps, il y en eut un tout à fait singulier : celui de Terezin ou Theresienstadt en allemand. Un camp situé non loin de Prague dont la vocation fut de devenir une vitrine de propagande nazie dont le but était de montrer au monde à quel point les déportés juifs du IIIe Reich étaient bien traités.

Un camp ? Non ! Plutôt une ville autogérée par un comité de citoyens, avec ses écoles, son théâtre, sa salle de concert et de sport, avec la possibilité pour les peintres de peindre, les musiciens de composer, les acteurs de jouer. Avec des citoyens bien habillés, même à la mode, si on regardait de près !

Sauf que tout cela était faux ! Pire ! Que tout cela était à la fois vrai et faux !

Formidable mise en scène pour tromper les visiteurs de la Croix-Rouge soucieux du bon traitement des prisonniers militaires et civils de cette guerre pendant laquelle les allemands avaient décidé d’exterminer tous ceux qui ne correspondaient pas aux définitions de leur idéologie.

Mise en scène qui eut aussi dès la fin 1943 la vocation de réaliser un film montrant des enfants, des femmes et des hommes heureux. Jouant au football après le travail, fréquentant la bibliothèque ou allant au concert.

Formidable perversion du nazisme capable de maquiller le mal et la destruction et de les faire passer pour le bien. Mascarade, illusion, prestidigitation ! Regardez bien par ici pour ne pas regardez là où vous pourriez voir l’inimaginable, l’insupportable et l’inadmissible.

Perversion de l’image et perversion de la fiction que les nazis réussirent à faire passer pour la réalité, et par là-même destruction de la fiction. Propagande et manipulation des images dont seuls quelques-uns, mais trop peu, comprirent assez vite le fonctionnement pour entrer en Résistance d’une manière ou d’une autre. Comme cette femme, accompagnée de sa petite fille, qui en Hollande lors d’une distribution de pain par l’armée allemande s’aperçut que la scène était filmée et que le but de cette distribution était tout sauf humanitaire.

C’est dans ce camp de Terezin que, pour peupler leur vitrine, les nazis internèrent des intellectuels, des artistes, et tout un ensemble de personnes dont la notoriété ne permettait pas aux allemands de les faire disparaître immédiatement. Certains de ces artistes, lucides de ce mensonge généralisé, décidèrent d’en témoigner par les œuvres qu’on leur permettait encore de créer, une façon de survivre, de résister et de garder espoir. C’est le cas du compositeur Viktor Ullman déporté à Terezin en 1942. Il y composera de nombreuses œuvres dont un Opéra inachevé. Opéra intitulé Le 30 Mai 1431. Il en composa le livret, II actes et 6 scènes, mais n’eut pas le temps d’en finir la musique qu’il ébaucha à peine car, entre-temps il fut, comme de milliers d’autres prisonniers déporté Auschwitz où il fut gazé le 17 octobre 1944.

Le sujet de cet opéra ne peut que nous étonner, car il s’agit de l’arrestation et du procès de Jeanne D’arc qui mourut sur le bûcher le 30 mai 1431.

Marc-Alain Ouaknin reçoit le compositeur Hélios Azoulay

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L'invité

Né en 1975, Helios Azoulay est inventeur, compositeur et clarinettiste éclectique.Il a étudié au Conservatoire National de Région et à l’Université de Musicologie de Nice. Il a créé et dirige l'Ensemble de musique Incidentale.

Auteur de plusieurs ouvrages sur la musique, il s'est intéressé particulièrement ces dernières années à la musique composée et jouée dans les camps de concentration et d’extermination. Il est l'auteur avec Pierre-Emmanuel Dauzat de L'enfer aussi a son orchestre, La musique dans les camps, Vuibert, 2015.

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Programmation musicale

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Disque de l'invité

Sauvée des cendres

Hélios Azoulay
Hélios Azoulay Crédits : DR

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Le livret de l'opéra de Viktor Ullmann

Le livret de l'opéra de Viktor Ullmann se trouve dans le livre L'enfer aussi a son orchestre, Vuibert 2015.

Hélios Azoulay et Pierre-Emmanuel Dauzat
Hélios Azoulay et Pierre-Emmanuel Dauzat Crédits : DR

"Un aspect méconnu de l'histoire des camps mis en lumière dans un ouvrage sensible et percutant.

Ce livre est l’histoire inimaginable des musiques nées dans l’enfer des camps nazis.

On y rencontre des femmes, des hommes et des enfants au bord d’un abîme d’où la musique a surgi, leur donnant parfois la force de vivre ou de résister.

À l’opposé, il y a les SS trahissant la musique et l’utilisant pour anéantir plus encore.

Ce récit sensible et émouvant ressuscite pour la première fois un aspect méconnu de l’histoire de la Shoah. Et comme la musique est le chemin le plus pur de l’âme au cœur, on ressort bouleversé de cette lecture.

Un CD de l’Ensemble de musique incidentale accompagne cet ouvrage. Avec, un chef-d’œuvre inédit de Viktor Ullmann écrit en déportation." (Présentation de l'éditeur".

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