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Gérard Garouste et Rivon Krygier

La Haggada infinie 2/2 Dessine moi un agneau !

32 min
À retrouver dans l'émission

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Gérard Garouste et Rivon Krygier
Gérard Garouste et Rivon Krygier Crédits : DR - Radio France

Les invités

Rivon Krygier

est rabbin de la communauté Adath Shalom, , Paris XVe, et docteur en Science des religions. 

Il est l’auteur de divers articles et ouvrages : La Loi juive à l’aube du XXIe siècle, À la limite de Dieu, L’homme face à la Révélation, La Meguila d’Esther (commentaire) illustrée par Gérard Garouste.

Gérard Garouste 

est peintre,  graveur et sculpteur.

Il est exposé dans les plus prestigieux musées  dans le monde entier. 

De nombreux ouvrages sont consacrés à son œuvre.  Il a été élu en 2017 à l’Académie des beaux-arts. Il est aussi l’auteur  de : L’Intranquille. Autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou.

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Texte commenté de Franz Kafka : "Un croisement"

Je possède un curieux animal, moitié chaton, moitié agneau. Il fait partie des biens de mon père dont j’ai hérité. Mais c’est surtout auprès de moi qu’il s’est développé, jadis il était bien plus agneau que chaton. Maintenant il a autant de l’un que de l’autre. Du chat la tête et les griffes, de l’agneau la taille et la forme ; des deux, les yeux qui sont fuyants et sauvages, les poils qui sont doux et courts, les mouvements, autant des bonds que des pas furtifs. 

Au soleil, sur le rebord de la fenêtre, il se love et ronronne, dans les champs il court comme un fou et on a du mal à l’attraper. Il fuit devant les chats et il attaquerait bien les agneaux. 

Au clair de lune, la gouttière est sa voie de prédilection. Il ne sait pas miauler et il a horreur des rats. Il peut rester pendant des heures aux aguets devant le poulailler, mais il n’a encore jamais saisi une occasion pour tuer.
Je le nourris avec du lait sucré, c’est ce qui lui convient le mieux. Il le lape à grandes lampées en le faisant passer sur ses dents de carnassier. C’est naturellement un grand spectacle pour les enfants. 

Le dimanche matin, c’est l’heure de la visite. J’ai le petit animal sur les genoux et tous les enfants du voisinage sont regroupés autour de lui.                      
Ils posent les questions les plus merveilleuses, questions auxquelles aucun homme ne saurait répondre. Pourquoi n’y a-t-il qu’un seul animal de cette espèce ? Pourquoi est-ce justement moi qui le possède ? Un animal de cette espèce a-t-il existé avant lui et que se passera-t-il après sa mort ? Se sent-il seul ? Pourquoi n’a-t-il pas de petits ?

Je ne me donne pas la peine de répondre et me contente de montrer ce que j’ai, sans autre explication. Parfois, les enfants apportent des chats avec eux, une fois ils ont même amené deux agneaux. Mais, contrairement à ce qu’ils attendaient, il ne s’est produit aucune scène de reconnaissance. Les animaux se sont regardées calmement de leurs yeux d’animaux, considérant visiblement leur existence réciproque comme une donnée divine.

Sur mes genoux, l’animal ne connaît ni la peur ni l’envie d’attaquer. C’est quand il est serré contre moi qu’il se sent le plus à l’aise. Il se sent lié à la famille qui l’a élevé. Il ne s’agit pas là d’une fidélité extraordinaire, mais du véritable instinct d’un animal qui a certes sur terre des parents innombrables, mais n’a peut-être aucun semblable du même sang, et pour lequel, par conséquent, la protection qu’il a trouvée chez nous est sacrée.

Je ne peux m’empêcher de rire quand il me tourne autour en me flairant, quand il se faufile entre mes jambes et que je n’arrive pas à m’en séparer. 

Cela ne lui suffit pas d’être agneau et chat, on dirait qu’il veut être aussi un chien. – Un jour, alors que j’étais occupé par mes affaires commerciales et tout ce qui en dépend, et que je ne parvenais pas à trouver une solution – ce qui peut arriver à tout le monde – au point de vouloir tout laisser tomber, j’étais assis dans un rocking-chair avec l’animal sur les genoux, et je vis, en baissant les yeux par hasard, des larmes couler de ses gigantesques moustaches. – Etaient-ce les miennes, étaient-ce les siennes ? – Est-ce que le chat à l’âme d’agneau avait aussi une ambition humaine ? – De mon père je n’ai pas hérité grand-chose, mais ce dont j’ai hérité là, je puis en être fier.

Il a les deux espèces de nervosité en lui, celle du chat et celle de l’agneau, si différentes soient-elles. C’est pourquoi il se trouve à l’étroit dans sa peau. – Il saute parfois à côté de moi sur le fauteuil, s’appuie avec ses pattes de devant contre mes épaules, et colle son museau contre mon oreille. 

On dirait alors qu’il me parle, et en effet il se penche ensuite vers moi et me regarde dans les yeux pour observer l’impression que son message a faite sur moi. Et moi, pour être aimable, je fais comme si j’avais compris quelque chose et je hoche la tête. – Alors il saute par terre et sautille de ci, de là.

Peut-être le couteau du boucher serait-il une délivrance pour l’animal, mais puisqu’il s’agit d’un héritage je dois lui refuser. Il lui faut donc attendre le moment où il cessera lui-même de respirer, même s’il me regarde parfois avec des yeux humains doués de raison qui m’exhortent à agir de manière raisonnable.

Robert, Marthe

Le livre des invités

La Haggada aux quatre visages

Traduite et commentée par  Rivon Krygier, oeuvres originales de  Gérard Garouste, éditions In Press. 

Gérard Garouste & Rivone Krygier
Gérard Garouste & Rivone Krygier Crédits : In Press éditions - Radio France

Mémorial vivant de la libération d’Égypte du peuple  hébreu, la Haggada est à la fois une pièce maîtresse de la tradition  juive et une œuvre de pensée dont la portée est universelle.

Cette  traduction moderne, présentée et commentée, est ornée d’œuvres  originales de Gérard Garouste. Au soir de la Pâque, la lecture de la Haggada constitue le  grand moment de la transmission de la conscience juive, d’une  génération à l’autre. 

Des questions majeures sur l’étrange destinée  d’Israël y sont abordées. Comble du paradoxe : le propos peut  déconcerter le lecteur qui y rencontre des enseignements énigmatiques et  ne dispose pas nécessairement des codes pour en déchiffrer le sens. La Haggada aux quatre visages vise à relever l’immense défi de ce récit, en l’abordant sous ses diverses facettes : 

  • Présenter  le texte traditionnel avec ses variantes, ashkénaze et sépharade, doté  d’une nouvelle traduction et d’explications quant à la signification et  l’origine des rites.
  • Guider pas à pas les lecteurs  dans les diverses étapes du banquet, en introduisant chaque séquence et  en mettant au jour le fil conducteur qui ordonne les différents  enseignements.
  • Éveiller la curiosité du lecteur en attirant son attention sur les propos insolites.
  • Nourrir la discussion grâce à un commentaire élargi qui comporte des sources, des analyses et des pistes de réflexion.

C’est enfin un livre d’art, grâce aux planches  éblouissantes de l’artiste peintre Gérard Garouste qui les a  spécialement réalisées pour cet ouvrage.

Chad Gadya d’Israel Zangwill

Editions de l’éclat

Editions de l"éclat
Editions de l"éclat Crédits : . - Radio France

«Chad Gadya joua le rôle d’un cristal dans un liquide sursaturé. Sur les plus sensibles, il agit à la manière d’une conversion : bouleversement intérieur, crise de larmes, vie soudainement changée » écrit André Spire. 

Et à relire aujourd’hui ce récit, qui eut, en France, une influence considérable au début du XXe siècle, l’émotion est intacte, comme est intacte la puissance des mots que choisit sa ­traductrice pour témoigner de ce judaïsme qui, dans un double mouvement, revient à lui-même et, y revenant, s’y révèle comme autoémancipation, dont les contours apparaissent à la manière d’une photographie sortant du bain.

Israel Zangwill (1864-1926) est l’auteur d’une œuvre littéraire foisonnante décrivant la vie des ghettos, ses enfants, ses rêveurs. Il fut membre de l’Organisation sioniste mondiale, avant de prendre fait et cause pour la lutte des femmes anglaises pour leur émancipation.

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