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Bertrand Tillier

La IIIe République de Jules Adler

32 min
À retrouver dans l'émission

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Bertrand Tillier
Bertrand Tillier Crédits : DR - Radio France

« La philosophie, écrit Gille Deleuze s’inspirant de Nietzsche, a avec le temps un rapport essentiel : toujours contre son temps, critique du monde actuel, le philosophe forme des concepts qui ne sont ni éternels, ni historiques, mais intempestifs et inactuels. L’opposition dans laquelle la philosophie se réalise est celle de l’inactuel avec l’actuel, de l’intempestif avec notre temps. Et dans l'intempestif, il y a des vérités plus durables que les vérités historiques et éternelles réunies : les vérités du temps à venir. Penser activement, c’est, écrit Nietzsche : « agir d’une façon inactuelle, donc contre le temps, et par là même sur le temps, en faveur (je l’espère) d’un temps à venir ». 

Et quand ce sentiment surgit en découvrant une œuvre que l’on ne savait pas autant méconnaître, c’est un éblouissement ! Ce sont alors toutes les nuances de son temps qui surgissent et viennent redonner aux nôtres toutes les siennes. 

C’est la chance de cet enrichissement du regard et des perceptions, que nous offre le musée de Dole en proposant une exposition consacrée au peintre Jules Adler dont tout le monde, y compris les plus jeunes, connaît au moins un tableau sans le savoir ! 

Jules Adler
Jules Adler Crédits : Autoportrait - Radio France

Quand vous lisez des récits sur la grève dans les romans du XIXe siècle que ce soit chez Zola, Hector Malot ou d’autres, immédiatement surgit devant vos yeux cette image qui illustre de très nombreux manuels et sites pédagogiques d’histoire, d’histoire des arts et de littérature. Si vous faites l’expérience d’une recherche avec les mots clefs, « monde ouvrier », « XIXe siècle » et « peinture », c’est elle encore qui vous apparaîtra ! Et cette image c’est… « La grève au Creusot » de Jules Adler !

La grève au Creusot 1899
La grève au Creusot 1899 Crédits : Jules Adler - Radio France

Comme une icône de la lutte ouvrière et de la conquête des droits du travail, elle a pris place dans notre paysage mental. Comme toute icône elle court le danger de devenir un fragment de passé préservé en un instantané de réalité et on oublie la peinture. Ce tableau, peint en 1899 sous la troisième République, décrit une grève qui n’est pas celle du Second empire comme l’est celle du cycle des Rougon Macquart que j’ai évoqué et cela fait la différence.

Car cette Troisième République nous pensons bien la connaître. C’est La République, celle où s’enracinent la culture républicaine et les valeurs  de 1789. Les lois de Jules Ferry, l’école, laïque, gratuite et obligatoire, le Panthéon et « aux grands hommes la Patrie reconnaissante », 1905, la loi de séparation des Églises et de l’état, l’Union sacrée jusque dans la guerre. Les images sont édifiantes ! Mais nous donnent-elles toute la mesure des combats politiques et éthiques qui ont construit cette période et dont nous sommes aussi les héritiers ? Ce sont pourtant ces combats pour un progrès social et humain qui permettent à cette Troisième République de concrétiser par l’action politique l’humanisme et les valeurs de 89 qu’elle élève ainsi au plus haut !

En réaffirmant les droits civiques des juifs de France devenus, après des siècles sans statut et sans nom, des citoyens français, et malgré une opposition qui ne désarme pas - La France juive de Drumont paraît en 1886, il faut le rappeler - les hommes de la Troisième République leur donnent une traduction qui modifie en profondeur le pays, et lui offrent une orientation culturelle d’une grande portée.

Mais accéder par l‘école comme tout un chacun, le combat pour les femmes est encore à venir, aux plus hautes fonctions de l’état, militaires, politiques et culturelles interpelle aussi le judaïsme comme religion et comme identité, alors même que la dégradation du Capitaine Dreyfus en ce 5 janvier 1895 rappelle combien l’antisémitisme ne faiblit pas !

Quelle manière d’être français ces hommes et ces femmes ont-ils inventé ensemble? Et quelle manière d’être juif ? Que nous révèle le regard d’un peintre institutionnel, diplômé des beaux-arts et de l’Académie Jullian, parfait représentant d’un parcours typique d’une famille juive de cette époque. Prague, Worms, Francfort sur le main, Hirsingue, Durmenach, Montbéliard, Luxeuil-les-Bains, Paris ! Ou devrais-je dire Rabbin, marchand de bestiaux, instituteur, chantre, commerçant, rabbin encore, marchand de textile et peintre français !

Jules Adler Autoportrait à l'âge de 64 ans
Jules Adler Autoportrait à l'âge de 64 ans Crédits : DR - Radio France

Marc-Alain Ouaknin reçoit aujourd’hui Bertrand Tillier pour nous faire découvrir le peintre Jules Adler à l’occasion de l’exposition Jules Adler, Peindre sous la troisième République qui a lieu en ce moment au Musée de Dole jusqu’au 11 février prochain. »

L'invité

Bertrand Tillier est Professeur d’histoire contemporaine à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. On lui doit de nombreux articles et de nombreux ouvrages dont L’affaire Dreyfus et les artistes chez Champ Vallon. Ses recherches concernent principalement les rapports entre les images, les arts, les discours et la politique (la Commune de 1871, l’affaire Dreyfus, le socialisme, etc.), avec un intérêt tout particulier pour la presse illustrée, et l’histoire de la caricature aux XIXe et XXe siècles. Ainsi que la critique d'art et l'historiographie de l'art (notamment autour la figure de l'historien d'art Léon Rosenthal). 

Avec Amélie Lavin, directrice du musée des Beaux-Arts de Dole et Vincent Chambarlhac, Maître de conférences à l’université de Bourgogne-Franche Comté, il est commissaire de l’exposition Jules Adler, peindre sous la troisième République.

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L'exposition

Au Musée des Beaux-Arts de Dole jusqu'au 11 février.

Au Musée d'Evian à partir du 3 mars.

Musée des Beaux-arts de Dole
Musée des Beaux-arts de Dole Crédits : Ville de Dole - Radio France

L'exposition rassemble la majorité des œuvres conservées en  collections publiques ainsi que plusieurs appartenant à des collections  privées - s’organise selon un parcours thématique qui rend compte de la  diversité et complexité de l’œuvre, fait écho, parfois, au-delà de  l'histoire et du patrimoine, à des réalités qui sont encore celles de  notre monde contemporain.

 Jules Adler Le chemineau
Jules Adler Le chemineau Crédits : 1902 - Radio France

Une incursion dans le champ de l’art contemporain
Fidèle à ses habitudes de croiser patrimoine et création contemporaine,  le musée de Dole a choisi d'inviter un artiste travaillant sur le son à  intervenir au cœur de l'exposition : Ben Farey, co-fondateur du  collectif « Tricyclique Dol » et actif au sein du hacklab bisontin «  3615 Señor », a déployé l'installation sonore Interjection,  conçue comme une réponse contemporaine aux thématiques ouvertes par  l’exposition, notamment le travail, le monde ouvrier, et plus largement  la question de l'espace urbain comme territoire social.                          
Cette  commande est portée en partenariat avec la Saline Royale d'Arc-et-Senans  et la Grande Saline-Musée du Sel de Salins-les-Bains, l'installation de  Ben Farey étant pensée comme un trait d'union entre ces trois  structures, qui se rejoignent, à partir de Jules Adler, autour de la  question de la cité ouvrière et du patrimoine industriel.

Le catalogue de l'exposition

Catalogue de l'Exposition
Catalogue de l'Exposition Crédits : Amélie Lavin - Radio France

Quatrième de couverture

Jules Adler 1865-1952    Peindre sous la Troisième République

Artiste d'origine franc-comtoise ayant fait carrière à Paris sous la  Troisième République, Jules Adler (1865-1952) fut avant tout le  « peintre des humbles », du petit peuple parisien, des mineurs de  Charleroi, des chemineaux...  

Son œuvre, bien plus que de déployer la simple palette d'un artiste  régionaliste, affirme une démarche singulière face à la société de son  temps, face à la guerre, aux questions posées à la peinture. Artiste  naturaliste, inspiré directement des conditions sociales de son temps et  attiré par les spectacles de la vie ardente, active et parfois  douloureuse, il incarne une voie alternative ouverte à la fin du  XIXe siècle entre les avant-gardes impressionnistes et l'art académique. 

Les textes de ce catalogue, richement illustré, s'attachent à éclairer  la production d'un peintre engagé et sensible, qui se fit le  porte-parole d'une époque et d'un milieu.

Fresques des thermes de Luxeuil-les-Bains
Fresques des thermes de Luxeuil-les-Bains Crédits : Jules Adler - Radio France

Le livre de l'invité

"L’affaire Dreyfus a favorisé l’avènement de la figure de l’intellectuel  et de ses modes d’intervention dans la vie politique. Assimilés à cette  catégorie, les peintres, sculpteurs, graveurs et autres producteurs  d’images ont joué un rôle décisif dans le cours de l’Affaire, où leur  magistère a été symétriquement revendiqué par les dreyfusards et les  antidreyfusards.

Ce livre propose d’interroger les rapports  spécifiques de la communauté des artistes et de leur œuvre avec cette  crise politique et morale majeure, qui avait jusqu’alors peu retenu  l’attention de l’historiographie. Les calculs de Rodin, la frilosité de  Maurice Denis, l’antisémitisme de Degas, la fébrilité d’Henry de Groux,  le militantisme du dreyfusard Émile Gallé ou l’activisme du sculpteur  nationaliste Jean Baffier sont quelques-uns des parcours d’artistes  documentés et étudiés par l’auteur. Mais, au fils des pages, se  dessinent aussi des portraits de Caran d’Ache, Forain, Monet, Carrière,  Vallotton, Pissarro, Vuillard, Vlaminck ou Cézanne qui furent des  acteurs importants de l’Affaire." [Quatrième de couverture]

Editions Champ Vallon
Editions Champ Vallon Crédits : Bertrand Tillier - Radio France
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