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Jean Baumgarten

La loi de la pluie : 1/2 Le retour des légendes

32 min
À retrouver dans l'émission

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Jean Baumgarten
Jean Baumgarten Crédits : DR - Radio France

Comme toutes les fêtes juives, soukkot, l’une des trois fêtes de pèlerinage, qui se terminera lundi soir ou mardi soir prochain selon les communautés, possède une double signification. Signification historique tout d’abord, qui commémore l’errance dans le désert pendant quarante ans et signification agricole ensuite : fête joyeuse qui marque la fin du cycle des récoltes de l’année qui vient de s’écouler et invocation pour la réussite des récoltes de l’année à venir.

Mais qui dit « récolte », dit eau et pluie, vents, nuages et soleil, sources et fleuves, tout un équilibre météorologique dynamique et complexe que l’homme ne maîtrise pas, si ce n’est dans la science de la gestion de l’eau : puits, barrages, canaux, et toute une technologie d’acheminement de l’eau nécessaire aux besoins de chacun. Les noces du ciel et de la terre.

On l’oublie parfois, la pluie est la condition même de l’existence humaine. « Et d’homme il n’y en avait point car Dieu n’avait pas encore fait pleuvoir sur la terre » dit le texte de la Genèse (2, 5). Ce n’est qu’après l’introduction du cycle de la pluie que le texte biblique fait le récit de la création de l’homme, formé à partir de la poussière de la terre, transformée en glaise par l’eau qui venait pour la première fois de tomber et d’abreuver le sol.

C’est l’absence de pluie, avec les famines qui s’ensuivirent, qui fut à l’origine de la descente en Égypte d’Abraham, d’Isaac et des enfants de Jacob, écrivant ainsi parmi les plus importants chapitres de l’histoire des hébreux de la Bible !

La fête de Soukkot, qui se situe précisément à la fin de l’été et au début de l’automne et de la saison des pluies acquit ainsi, avec le temps, une signification supplémentaire, ou peut-être faut-il dire corollaire. Soukkot devint « la fête du puisement de l’eau, simhat bèt hachoéva et le temps liturgique de la récitation de « la prière pour la pluie » : Tefilat haguéshem en hébreu.  Encore aujourd’hui, c’est l’occasion de véritables festivals où sont déployées des prouesses sportives accompagnées de musiques autour du thème de l’eau. Festivals doublés d’une liturgie synagogale pendant laquelle les fidèles tournent ensemble autour de la Bima, la table de lecture qui se trouve au centre de la synagogue, en agitant le bouquet du loulav, tout en disant en cœur Hoshana, « sauve-nous », rituel que l’on retrouve à Pâque dans le christianisme avec un sens différent le dimanche des rameaux ! 

Cependant prier n’est qu’un souhait, encore faut-il être exaucé ! Les maîtres de la tradition talmudique instaurèrent, dans les régions où la pluie tardait à venir, des jours de jeûne, de prières et de sonneries du shofar. Les régions voisines devant y participer par solidarité. 

En évoquant ces lois, le Talmud rapporte l’histoire d’un homme qui avait le don de faire tomber la pluie en cas de sécheresse. Il traçait un cercle sur le sol et y entrait en s’adressant à Dieu. Je n’en sortirai pas disait-il, tant que tu ne feras pas tomber la pluie. Et la pluie tombait ! Cet homme qui s’appelait Honi devint célèbre sous le nom de « Honi le traceur de cercle », Honi hame’aguèl, en hébreu. Ce personnage paradigmatique, que l’on rencontre aussi sous le nom de Onias dans la littérature savante, est au cœur de nombreuses légendes, des légendes internes au monde juif d’abord mais qui transpirèrent ensuite à l’extérieur dans le monde chrétien et le monde musulman.

Pour en parler, Marc-Alain Ouaknin reçoit ce matin Jean Baumgarten

L'invité

Auteur d'une œuvre importante, Jean Baumgarten  est Directeur de recherche émérite au CNRS, Jean  Baumgarten. Ses travaux portent sur la littérature yiddish et l'histoire  culturelle du monde ashkénaze. 

Il a publié chez Albin Michel Le Yiddish (2002), La Naissance du hassidisme (2006), Le Peuple des livres (2010), et, avec Yves Déloye, Les Désarrois d'un fou de l'État, Entretiens avec Pierre Birnbaum (2015).  et avec Céline Trautmann-Waller, Rabbins et savants au village : l'étude des traditions populaires juives : XIXe-XXe siècles, CNRS éditions, septembre 2014.

Transition sonore   

L'histoire racontées dans l'émission

Honi le traceur de cercle

-Talmud de Jérusalem, Traité ta'anit :

« Le petit-fils de ce Honi, « faiseur de cercles », également un Honi tracuer de cercle, vivait peu de temps avant la destruction du temple. Une fois il se rendit chez ses ouvriers dans la montagne. Surpris par la pluie, il trouva un abri dans une grotte. Il dormit pendant que le Temple fut détruit et dévasté et bâti de nouveau.

Réveillé après soixante-dix ans, il trouve le monde changé, les vignes d'autre fois sont plantées d’oliviers, les oliviers ont fait place aux terres de blé. Ceux qu'il rencontre s’étonnent de ce qu'il ne sache pas les grandes nouvelles qui courent le monde. 

On ne le croit pas quand il dit être Honi, jusqu’à ce, par sa présence, il remplisse le parvis du Temple de lumière. 

C’est alors qu’il s’applique à lui-même le verset des Psaumes, 126, 1 « Quand l’Eternel ramenait les captifs de Sion, nous étions comme des gens qui ont fait un rêve. »

Le livre de l'invité

Jean Baumgarten, Céline Trautmann-Waller, Rabbins et savants au village : l'étude des traditions populaires juives : XIXe-XXe siècles, CNRS éditions  septembre 2014.        

Editions du CNRS
Editions du CNRS Crédits : . - Radio France

Livre en lien avec l'émission 

             ,                           

Hayyim-Nahman Bialik, Halakha et Aggada, Éditions de l'éclat, 2017.

Editions de l'éclat
Editions de l'éclat Crédits : . - Radio France
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